
Est-ce qu’une application de rencontres permet de retrouver le plaisir ? Caroline Dorka-Fenech crée un portrait de femme, Maya Marta, qui reconquiert son désir avec le plaisir d’habiter son corps. Dans Maya-fantôme, elle dénonce la dévalorisation de soi, l’extinction du désir avec un corps qui ne satisfait pas. Mais, en mettant en scène sa reconquête, l’écrivaine affirme l’importance de la puissance féminine.
Une relation fantasmée avec une application de rencontres et la narratrice âgée de 49 ans, mère d’une petite Thérèse de sept ans, tente de se relier à sa vie, ses envies, son désir. Elle semble l’avoir abandonnée depuis trop longtemps. Ce corps, elle le rejette, et avec lui, sa grosseur qui la blesse. Entre Maya-Nouvelle et Maya-Marta-fantôme, la même femme qui, au fil des années, a oublié ce qui la rendait heureuse, négligeant son désir, aussi, par la même occasion.
À partir du portrait de cette femme qui cherche la présence chaleureuse et attentive d’un homme, Caroline Dorka-Fenech aborde la grossophobie qui atteint en premier la personne qui subit cette maladie. Dévalorisée par son corps, elle la montre subissant les excès de sucre, façon boulimique, sans qu’elle puisse s’arrêter.
Se réconcilier avec son corps
Dans cette vie de contraintes, l’ordinateur, avec ses rencontres virtuelles, est un espace fantasmé que Caroline Dorka-Fenech raconte avec précision. Sa relation avec celui qui se fait appeler L’Amiral l’absorbe dans l’irréalité d’un univers où malgré tout, elle trouve moyen d’accueillir son désir en le satisfaisant. « De cet Amiral on ne voyait que le corps émacié dans ses habits noirs, un corps gravé d’une telle sensualité qu’il était certain que cette photo avait été prise juste avant son étreinte (….). »
Caroline Dorka-Fenech évite tout sensationnalisme en limitant sa fiction aux conséquences de la dévalorisation et de sa solitude et non à une fin sordide. Pourtant, devant tant de vulnérabilité, le lecteur s’inquiète et elle entretient la tension.
La reconquête du désir
La solitude est aussi le grand sujet de ce roman. La satisfaction dans cette relation au long cours enferme la personne, l’isole de son entourage et l’empêche de vivre pleinement sa vie. Caroline Dorka-Fenech dénonce avec intelligence l’enfermement dans lequel nous entraîne toutes les applications de rencontres et plus largement l’intelligence artificielle.
Mais, surtout, Caroline Dorka-Fenech parle du désir féminin. Avec sa découverte, sa narratrice montre combien sa connaissance est souvent méconnue, du moins pour une femme de sa génération. « Dans la méconnaissance de toute jouissance ne continuerait-elle pas à inspirer, à expirer ? Puisque la jouissance n’est pas de l’oxygène. Puisque la jouissance n’est pas de l’eau. À quoi servait-elle, au fond ? » De plus, elle dénonce une sexualité tournée vers la satisfaction masculine, sans qu’il puisse y avoir dialogue.
Dans ce roman très court (un peu plus de cent cinquante pages), Maya-fantôme, Caroline Dorka-Fenech raconte, dans son style abouti, le désir d’une femme qui apprend à reconquérir son apparence grâce au regard, même virtuel d’un homme. Avec cette réappropriation apparaît la satisfaction de son désir. Avec ce troisième roman, l’écrivaine continue d’explorer les blessures subies par les femmes et elle le fait toujours avec brio, justesse et sororité.
Pourquoi le lire ?
Parce que Maya-fantôme est un roman sur le désir, mais surtout sur la reconquête de soi. Caroline Dorka-Fenech y interroge avec finesse le rapport au corps, la grossophobie, la solitude et cette difficulté à reconnaître ce qui nous rend véritablement vivants. À travers Maya, elle raconte une femme qui réapprend à habiter son corps et à écouter ses propres envies. Un roman bref, sensible et puissant sur la liberté de désirer et de se réconcilier avec soi-même.
Remerciements
Aux éditions de la Martinière et à @Babelio avec sa Masse critique privilégiée
Son second roman ici
Tempêtes et brouillards
Puis quelques extraits

L’autre n’avait pas encore de voix, n’avait pas encore de visage, pourtant la texture de ses écrits avait pénétré Maya Marta à la façon d’un blizzard brûlant.
Depuis combien de temps était-elle devenue fantôme. Elle ne comptait plus les jours désincarnés, à avoir cette impression de flotter au-dessus de son existence, à observer le monde en oblique comme à travers un épais drap de cendres.
Par-delà cette nuit, son corps, dans ses laideurs ridicules telles qu’elle les jugeait, ce corps-là parviendrait-il à la hauteur de ce désir dont le temps d’exploration promettait d’accaparer des jours – de mer en mer- de courant en courant- et au-delà, au-delà – la durée d’une vie ? Il fallait y croire, beaucoup.
Que peux-tu entreprendre pour que ça change pour toi, dis, Fantôme, que faire pour te délester de ce drap de cendres qui rédige ta vie fausse depuis tant de siècles, pour accepter, enfin, ton corps-ton seul corps ?
Dans la méconnaissance de toute jouissance ne continuerait-elle pas à inspirer, à expirer ? Puisque la jouissance n’est pas de l’oxygène. Puisque la jouissance n’est pas de l’eau. À quoi servait-elle, au fond ?
Ici en bref




Questions pratiques

Maya-fantôme de Caroline Dorka-Fenech
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : La Martinière – X : @ed_LaMartiniere Instagram : @lamartiniere.litterature – Facebook
Parution : 21 août 2026 – EAN : 9791040127680 – Lecture en juillet 2026


Bonjour Matatoune. J’ai testé il y a près de 20 ans les sites de rencontres pendant quelques mois et c’était déprimant. Ce livre, même court, ne me tente pas. Bon dimanche
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