
Explorer l’univers des cartes touristiques, quelle façon ringarde de parler d’espace à l’heure du GPS ! À travers l’essai La France à la carte, Jean-Claude Raspiengeas raconte ce que fut cette révolution du début du siècle dernier et ses différentes manières de voyager.
Après Routiers et Une vie sur l’eau, Jean-Claude Raspiengeas, journaliste et critique littéraire, continue son exploration des modes de transports. Ici, il s’intéresse exclusivement au domaine des cartes routières.
Depuis plusieurs années, nous avons perdu l’usage des cartes dites Michelin qui ont quadrillé tout le territoire, et même plus loin. Même notre génération habituée à lire son chemin sur une carte routière ne jure que par les GPS.
En analysant son histoire, son usage et maintenant son absence, Jean-Claude Raspiengeas propose un essai pétillant, regorgeant de détails démontrant ce que fut cette révolution. Elles ont permit à des millions de personnes de découvrir notre pays, mais également l’Europe. L’entreprise Michelin a joué un rôle indéniable par son côté précurseur et son sens de l’innovation. De plus, il renseigne sur les formes de déplacements les plus courants, notamment pendant les vacances estivales.
Au-delà des cartes routières
De la nationale 7 à l’IGN, Jean-Claude Raspiengeas nous entraîne dans cet univers de cartographes. À l’époque, ils étaient considérés comme de véritables artistes. Ces outils sont devenus démocratiques au point d’être un élément indispensable de la boîte à gants.
Avec les cartes routières, les conseils pour visiter, manger et dormir confortablement se sont aussi installés dans notre univers. Jean-Claude Raspiengeas retrace l’histoire des différents guides. Celui du Michelin et du Gault et Millau permette de classer par étoiles la gastronomie et les hôtels. Il élucide leurs moyens d’attribution et même la désaffection des chefs par rapport aux diktats du Michelin. Chaque guide a dû se réinventer, le journaliste nous explique comment.
Reste une question : avec l’arrêt de l’utilisation des cartes, est-ce que notre appréhension de la notion d’espace en sera bouleversée. Jean-Claude Raspiengeas ne se risque pas à en envisager les conséquences.
Cet essai est passionnant, accessible et très varié. Son ton agréable et même ironique par moment convie à connaître cet élément sociologique et historique à part entière.
En quelques mots
Jean-Claude Raspiengeas explore l’histoire des cartes routières dans La France à la carte. Des cartes Michelin aux guides touristiques, il retrace l’évolution des pratiques de voyage qui ont façonné la découverte de la France et de l’Europe. Entre histoire, sociologie et anecdotes, cet essai accessible interroge aussi notre rapport contemporain à l’espace à l’heure où les GPS ont largement remplacé les cartes papier.
Puis quelques extraits

Sur les pneus, point d’horizon, point d’aventures, de grands chemins.
Sur les 36 000 communes de France, 30000 seront équipées de panneaux envoyés gratuitement par Michelin. Au recto, le numéro de la route, le nom du village et un mot d’ordre de prudence, à une époque où le partage de la voie publique, au passage de voitures capricieuses, ne va pas de soi. « Veuillez ralentir. Attention aux enfants. «
Le Guide Vert arrive aussi sur le marché dix ans après l’instauration par Hachette du Guide Bleu, qui a pris la suite des Guides Joanne. Il s’est appelé tour à tour le Guide régional Michelin, à partir de 1934 le Guide régional du Pneu Michelin, et en 1977 le Guide Vert. Depuis 2024, il paraît sous une nouvelle casaque, Guide Michelin Voyage et cultures.
Personnage sautillant et gonflé de la Belle Époque, Bibendum est né en avril 1898. Première mascotte publicitaire de l’Histoire, ses formes rebondies, son allant souriant, ses métamorphoses et ses déclinaisons l’ont rendu immensément populaire. Bibendum, le doudou des automobilistes.
Et, encore
Avec I’ardeur du néo-converti, Émile Zola, qui se flatte d’appartenir sur le tard à « l’immense famille des pédaleurs », apporte son écot à la cause. Il finance la souscription de deux poteaux indicateurs, assortis de la mention : « Don d’Emile Zola ».
Le Guide Rouge cesse d’être gratuit en l920. Décision stratégique. Payant, il bannit toute publicité pour conforter sa crédibilité.
Les Alliés s’y réfèrent. Pour préparer le D-Day, le Débarquement, les services secrets de l’armée américaine photographient I’une après l’autre les 1 107 pages de l’édition 1939, les adresses de bonnes tables, les bons vins, les hôtels isolés. Ils prennent aussi en photo les cartes Michelin mais en noir et blanc, ce qui les rend moins lisibles, moins aisément opérationnelles.
Pour mieux repérer les bâtiments publics stratégiques à bombarder, le War Office américain reproduit pour les aviateurs les plans des villes du Guide Michelin, en complément des vues aériennes militaires. Ils ont aussi reproduit la carte de France Michelin au 1/200 000 sur de larges feuilles, avec de grandes marges pour y reporter observations et indications.
À noter qu’en 1942 Michelin avait publié un simili- Guide, limité à l’Auvergne et aux gorges du Tarn, pour occuper ses ouvriers et les empêcher de partir au STO (Service du travail obligatoire), la réquisition des hommes valides pour les industries allemandes, rappelle Pierre-Gabriel Gonzalez.
Et, encore, encore
Débordé par la vague des influenceurs, autoproclamés experts en gastronomie, qui inondent les réseaux sociaux de leurs avis intempestifs, le Guide Rouge, imperturbable et bien ancré dans le paysage, affichant la sérénité inoxydable des vieux sages, traverse les tempêtes sans sombrer.
Il est insubmersible.
Depuis 1900.
En ce temps-la, pour résoudre l’effet de la crise du logement, la banquette arrière de la voiture des parents sert souvent de lieu d’initiation pour des privautés assez poussées que la morale d’alors réprouvait.
Auto, boulot, dodo, trilogie des Trente Glorieuses. Le nombre de voitures particulières explose en un quart de siècle. Il quintuple. On compte près de seize millions de véhicules en 1975. Avec leurs cartes routières, leurs guides routiers, gastronomiques, touristiques, les frères Michelin avaient anticipé les attentes de ce grand déplacement de voyageurs réclamant qu’on leur tienne la main pour tracer le parcours, prévoir où s’arrêter pour manger, visiter, dormir, où remplir le réservoir, réparer les petits bobos de l’auto.
Michelin invente aussi, et surtout, le pliage en accordéon.
Plusieurs bases de données, aujourd’hui accessibles et gratuites, offrent à chacun de mesurer les multiples évolutions de la France par affichage sur les écrans. Cartes historiques, photos anciennes, prises de vues aériennes superposées aux informations les plus récentes. Ouvrant ses portes et ses archives, l’IGN s’éloigne de son passé militaire, confidentiel, pour entrer résolument dans l’ère de l’open data.
Ici en bref




Du côté des critiques : France Inter
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Questions pratiques

La France à la carte de Jean-Claude Raspiengeas
Éditions de l’Équateur – Instagram : @editionsdesequateurs – X : @Equateurs – Facebook
Parution : 29 mai 2026 – EAN : 9782382848456 – Lecture en juillet 2026

C’est vrai qu’on n’utilise plus de cartes. Je voyage peu donc je n’en ai pas besoin. Bon dimanche
Oui, une habitude qu’on a perdu ! Mais le GPS, c’est bien, ça sauve la vie , surtout en ville ! Excellente semaine !
Ça peut être intéressant, mais ce n’est pas mon genre de lecture.
Non, mais c’est vrai intéressant de savoir qu’il existe pour un futur cadeau peut-être ?
Je suis de l’ancienne génération, et il y a toujours des cartes Michelin dans la voiture !
Et j’aime la géographie…
Personnellement, je constate qu’on a une meilleure vision d’ensemble quand on prépare un voyage par exemple.
Sur l’écran du GPS, on ne voit pas sur une très grande distance, pas les détails !
C’est bien pour chercher un resto, un parking ou traverser une ville qu’on ne connait pas… et puis le GPS n’est pas fiable à 100 pour 100 !
Oui, c’est une machine qui a ses limites. Je n’ai plus de cartes dans ma voiture même si j’ai besoin de visualiser un voyage sur une carte pour repérer les endroits à découvrir.
Mais, je trouve que c’est en ville que le GPS fait la différence surtout s’il intègre un variateur de trafic pour éviter les bouchons. Indispensable en Île de France !
Est-ce que ceux qui n’auront connu que le GPS auront une représentation mentale comme la nôtre ? Certainement pas, mais le cerveau saura s’adapter à ce progrès ! Bref, comme toute machine, il faut l’utiliser avec justesse 😀
Bonsoir Matatoune. Le sujet de cet ouvrage est original, mais il y a déjà tant de livres qui m’attendent. Bonne soirée
Ah, ça c’est sûr ! Surtout avant la future rentrée littéraire qui s’annonce encore très riche et avec de nombreux romans . Bon week-end 🌊 🕶
Noté pour mon compagnon ! Merci pour la découverte.
Merci à toi de ta fidélité !
Avec plaisir 🙂
Je suis allée voir l’expo Lee Miller et j’ai été transporté comme vous, pourtant, des photos noirs et blancs, mais quelle femme, quel parcours et quelles belles photos !
Je suis ravie ! Oui, un parcours cabossé et sublime !
étonnant sujet mais qui effectivement s’avère passionnant. Je note.
Oui, c’est vraiment une façon de parcourir l’histoire et la géographie !