Carole Martinez – Les roses fauves

Rentrée Littéraire 2020

 

Carole Martinez – Les roses fauves

@vagabondageautourdesoi

Lola a toujours su contenir ses émotions comme ses cheveux rassemblés par son élastique. Ce goût de l’ordre et de la maîtrise lui vient de son père, du moins c’est ce qu’elle pense. Mais, un mot, prononcé par celui-ci l’a éteinte, arrêtée comme tétanisée, car repris par tant d’autres dans les vallons alentours. Elle a développé tant de rituels pour arriver à survivre : aligner les paires de chaussures, orienter une statuette.. Néanmoins, dans son jardin, à côté du mur du cimetière, Lola a laissé un coin de ronces. Comme ça ! Pour rien de précis. Mais un peu comme une invitation pour la suite…

Elle rencontre l’auteure venue là pour écrire son nouveau roman, celui d’une boiteuse avec des cœurs brodés. Lors d’une séance de signature sur son précédent roman, Les cœurs cousus, une lectrice vient expliquer à Carole Martinez la tradition espagnole des femmes qui, avant de mourir, brodent et remplissent du récit de leur vie un cœur de tissu. Elles le dédiaient à leur fille aînée pour le garder sans jamais l’ouvrir sous peine de malédiction. Ainsi les secrets de famille vivaient soulageant l’intéressée sans jamais alléger le fardeau de la lignée.

Dans Les roses fauves, Carole Martinez partage son expérience d’auteure au fil de la construction de son roman et lie avec son lecteur une relation particulière pour l’entraîner dans son univers de magie où le merveilleux prend des allures de réalité et où une malédiction pourrait être brisée. Car Carole Martinez incorpore, comme on malaxe une terre, ses doutes d’écrivaine et l’associe à l’histoire de la résilience de Lola qui s’ouvre à la sensualité.

Du coup, où se situe la fiction et la réalité ? Le talent de Carole Martinez brouille les pistes dans le récit de sa boiteuse, première sédentaire d’une lignée de marcheuse exilée, tordue par celui qu’elle appelle son père !

Qu’importe puisque ici, il s’agit de célébrer la jouissance féminine avec la découverte de la fougue du désir, métaphore à l’envoutement d’une nature débridée. Du parfum qui enivre. Des bocaux vides qu’on ouvre pour que l’imaginaire se déplie. Des vieilles qui racontent ce que d’autres ne veulent plus savoir. Et ce coin de ronces, abri de souvenirs en héritage qu’il faut dénouer.

L’écriture de Carole Martinez opère un charme singulier comme un enchantement vers un monde de sortilèges où les femmes, prises au piège de leur destinée, s’en libèrent pour vivre leur féminité. Ses roses fauves  décousent le fil de la transmission pour que le secret libère les filles tant aimées.

Véritable hymne à la renaissance, Carole Martinez crée avec « Les roses fauves » une dynastie de femmes où la plus vieille permet de découvrir l’appétit du désir. Uniquement pour ceux qui croient en la poésie du monde ! 

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C’est un lieu commun , les Bretonnes bougent. Oui, c’est bien connu, même immobiles, même mortes depuis cent ans, elles boitent.

Nous faisons nos choix en lisant, Lola sera un bouquet composé à partir de quelques mots écrits et de vos propres souvenirs, de vos matériaux intimes. Elle sera notre œuvre commune. Notre enfant, conçue dans le mitan du livre où nous dormons ensemble et, lecteur et auteure, mêlés dans un nid de ronces.

– Un roman n’est pas un mensonge, puisqu’il ne se présente pas comme la vérité, même s’il s’en donne les apparences. Il peut pourtant contenir plus de réalité qu’un témoignage, permettre de toucher l’intime, de dire ce qui ne saurait être dit autrement.

C’est compliqué de désirer qui que ce soit quand on ne se désire pas soi-même.

– Non, mais lâcher un livre, décider qu’il est fini et le faire lire, c’est très inquiétant. Le doute est comme une fièvre. Les romans ne mettent pas plus à l’abri que les autobiographies, ils exposent. A tout, même à l’indifférence.

Les roses fauves poussent de nouveau quelque part, leur parfum de chair tiède me monte à la tête.

Si cet homme-là ne s’était pas contenté de m’épouser, s’il m’avait fait l’amour, peut-être me serais-je enracinée dans son jardin.

…je lui réponds que je suis pleine d’histoires, que c’est ça qui m’emplit. Des histoires effrayantes ou merveilleuses qui me suivent le sang, des histoires que je sème, que je récolte, des histoires qui m’apaisent.

Est-il possible que chaque instant porte de nouveau en germe mon rêve d’amour éternel ? Comment recouvrer une certitude d’enfant qu’on a un jour perdue ?

Leur parfum est un outil de séduction. Les fleurs sont là pour attirer les insectes, elles sont le sexe des plantes.

Mais, Pascale, l’amour, c’est comme la vie, que cela ne dure pas ne doit pas nous empêcher d’y croire et d’y tenir. Il faut savoir goûter l’éphémère, la beauté de l’instant !

Miguel déteste l’Espagne féodale d’hier, qui ne s’est jamais souciée de nourrir son peuple, autant que les violences d’aujourd’hui, il déteste les multiples chefaillons blancs, rouges, noirs, tous ces êtres qui, pour s’emparer du pouvoir, s’affublent d’une idée magnifique ou odieuse et l’agitent comme un habit de lumière en oubliant que dessous ils sont nus, qu’ils ne sont pas l’idée, qu’ils l’ont même souvent perdue en route et ne sont plus qu’une ambition démesurée poussant les hommes à s’entre-tuer. Au lieu de calmer le monde, ils l’embrassent. Pourquoi ? Par amour du feu ? Par goût du pouvoir ? Parce qu’ils sont convaincus de détenir la vérité ? Ou incapables de céder la place? Quand le feu a pris, on n’entend plus que les incendiaires, et tout est ravagé.

Depuis toujours, je débroussaille le monde en traduisant la vie en fables. Ma rêverie tord le réel, ce bricolage m’est une sorte de système immunitaire contre la vacuité et l’angoisse.

Je suis seule avec mes personnages, seule à broder un monde second à petits points, un texte que les nuits démaillent.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi
Extrait 2

 

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Extrait 3

 

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Extrait 1

Carole Martinez  – Les roses fauves

Éditeur : Gallimard

Parution : 20 août 2020

EAN : 9782072788918

Lecture : Septembre 2020

Littérature contemporaine 2020

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Sens critique

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19 commentaires

  1. j’ai lu 2 romans de Carole Martinez « Du domaine des murmures » et « La terre qui penche » qui m’ont bien plu donc j’ai prévu de lire celui-ci dans quelques temps car ça se bouscule en ce moment (j’ai aussi « Le cœur cousu » à lire…. mais un petit coup de mou ces derniers jours 🙂

  2. coucou
    J’ai souvrnt entendu parler de cette auteure et ce livre me fait très envie, je le lirai quand je pourrai lui faire une place dans ma trop lo9ngue PAL.
    Bon dimanche

    • Son univers est très particulier et je comprends les lecteurs qui ne sont pas attirés par lui. Néanmoins, c’est un vrai plaisir que de la lire! Bonne soirée 😉

    • C’est un conte moderne où on retrouve l’univers de l’écrivaine. Je serai ravie de lire ta chronique !😉

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