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Zones à défendre de Bénédicte Dupré La Tour, un conte cruel sur notre époque

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Zones à défendre de Bénédicte Dupré La Tour est un conte cruel sur notre époque contemporaine, parfaitement réussi. D’une multinationale à une forêt préservée, d’une cabane dans les arbres à un lit médical, d’une romance qui se termine mal, voilà quelques aperçus de ce que raconte ce second roman qui embarque son lecteur dans une histoire des temps modernes.

« Ils nous chassent, mais nous reviendrons. Et nous serons plus nombreux. On n’arrête pas à l’avenir »

Trois personnalités, trois façons d’habiter le monde et de façons diamétralement opposées. Clémence revient en métropole après cinq ans d’absence. Envoyée par l’industrie Bigfarma qui l’emploie dans sa ville natale, de province pour y implanter une usine, elle doit se coltiner de nouveau sa mère et son frère cadet.

Sylvie, surnommée Bavmorda par ses enfants, a viré complotiste pendant la covid. Tristan, vivant en marge, tente de rédiger sa « grande œuvre » . C’est dans une « famille fragmentée par des romances opposées autant qu’absurdes » que Bénédicte Dupré La Tour choisit d’implanter son héroïne. « Ils étaient comme rigidifiés de l’intérieur. Et lorsqu’elle voyait sa mère et son frère fossilisés dans des avis définitifs, elle sentait qu’elle parlait à des morts.« 
C’est peu dire que Clémence a de graves problèmes avec sa famille. 

Bigfarma était une « multinationale experte en solutions environnementales pour l’énergie et les déchets. » L’industrie décide de répondre à un appel d’offres pour implanter une usine de déchets sur la commune où vit sa mère. « Sans le savoir, elle venait de tisser le premier fil d’une toile dans laquelle elle serait à  la fois l’araignée tricotant ses mensonges, et la mouche s’engluant dans ses secrets. »

Évidemment, cette zone humide va devenir « Zones à défendre » où des hommes et des femmes vont oublier leurs problèmes pour ensemble protéger ce bout de nature. Charb, comme charbonnier, et Mig, « petit oiseau migrateur », y vont soigner leur malaise.

Zone à défendre parle de la gestion des déchets en décrivant le fonctionnement de ces industries qui ont bâti un empire sur nos déchets. Bénédicte Dupré La Tour n’élude aucun des problèmes que pose leurs implantations sur le territoire : pollution des eaux et du sol, probables maladies comme le cancer, dévalorisation du foncier, etc.

« ZAD pour tous,
Utopiste debout !
On est là nature qui se défend ! »


Ce second roman est exigeant. Il ne se laisse pas découvrir facilement et petit à petit je me suis attachée à ces personnages fantasques. 

Le propos de Bénédicte Dupré La Tour est simple, l’organisation de son récit est complexe. Son intrigue se complique au fur et à mesure. Son sujet principal est bien la gestion des déchets. Mais, elle aborde aussi les relations mère-fille, le complotisme, la foi, le rejet de la société, l’écriture comme refuge, etc.

Ça foisonne et lorsque tout est en place, ça devient drôle, presque jubilatoire. J’ai reconnu l’humour de son premier roman, ce regard décalé frise l’ironie qui ne cède absolument pas à la facilité. 
« Ça ne peut pas finir comme ça. » Et, pourtant …

Pourquoi le lire

Zones à défendre est un roman foisonnant qui mêle satire sociale, humour et réflexion sur notre rapport aux déchets, à l’environnement et au monde qui nous entoure. Bénédicte Dupré La Tour construit des personnages décalés et attachants, pris dans des conflits familiaux et collectifs. Une fiction contemporaine originale, exigeante, mais qui devient peu à peu jubilatoire.

Puis quelques extraits

On pouvait quitter les lieux et les gens, mais la vie d’avant rester toujours collée aux basques, prête à ressurgir. Tout s’empilait sans s’évacuer. Et ça pourrissait lentement au fond des caveaux intérieurs.

Une cabane perchée pour habiter la résistance, loger au cœur de la lutte. Une cabane magique.

Ce temps de concertation permettait aux riverains de s’exprimer sur un projet déjà ficelé sans qu’aucune modification substantielle ne puisse être possible. La réunion publique donnait l’illusion d’un dialogue, alors que cette séquence n’avait qu’un but unique et non avoué : encadrer les supputations du mécontentement.

Ces gens, autour de la table, ces gens qui raillaient sa mère, ne faisaient pas partie de son clan, un clan, se rappelait-elle soudain. où il fallait broyer les os des siens pour conjurer le sort. Son corps se raidit. Les excréments s’entassaient au fond de son rectum comme les pierres qu’on retrouve dans les poches des noyés.

Elle comprenait désormais ce qui poussait les gens au suicide. Ça n’était pas le désir de mourir. Ils ne cherchaient qu’une chose : que tout ça s’arrête enfin.

Faire rempart en faisant de la fragilité des corps une arme de dissuasion.

Et, encore,

Un mensonge n’était qu’une variation des possibles sur les cordes de la réalité. Un mensonge, ça n était que du réel avorté.

Ce que la mère avait donné, nul ne pouvait le lui rendre. Et les enfants allaient dans le vaste monde, lestés dès la naissance de l’enclume maternelle. L’image des terroristes masculinistes lui revint à l’esprit. Les hommes enrageaient que les femmes leur échappent. Ils préféraient les voir mortes qu’affranchies. Quitte à ce qu’elles disparaissent de leur vie, ils préféraient les tuer. Peut-être en allait-il de même des mères, fulminant de voir leurs enfants s’enfuir loin de leurs appétits. Peut-être préféraient-elles les voir morts, ces traîtres à leur sang, ces ingrats devenus si distants. Plutôt morts qu’absents.

Vous m’avez dit un jour que l’entreprise était une famille. Et vous aviez raison. Rien n’est plus aliénant que les liens du sang. L’entreprise en mime le fonctionnement pour mieux nous retenir. Grandir, paraît-il, c’est apprendre à désobéir. On quitte sa famille pour vivre selon sa propre loi, sans plus jamais ployer sous des ordres imbéciles. On se croit Indochine. (…)

Les problèmes n’étaient que des solutions en sommeil. Elle était fatiguée de se comporter comme une enfant, fatiguée d’éviter les conflits, fatiguée de toujours dire oui pour obtenir la paix. Fatiguée de se taire. De fuir dans les non-dits. La solution était là, entre ses mains depuis le début, il ne tenait qu’à elle de bouger pour que tout bouge. Changer pour que tout change.

«Debout, les vrais-vivants. Debout, les cabossés, les hutte-taupistes, les militerre, les rêvilleros, les va-t-en- paix, les têtes cramées, les va-nu-cœur. Debout, les insurgés des marges, les fouisseurs d’espoir. Debout, et ventre à terre, faire flotter les bannières, tirer les haubans, debout. Debout, debout, les vrais-vivants.»

Ici en bref

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Du côté des critiques : Le Monde

Son premier roman et précédent

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Terres Promises

Informations pratiques

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Zones à défendre de Bénédicte Dupré la Tour

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Flammarion – X : @Ed_Flammarion  – Instagram : @flammarionlivres Facebook

Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782080493286 – Lecture en septembre 2026

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2 commentaires

  1. J’avoue que le thème du tri des déchets m’a laissée dubitative et je n’ai pas choisi ce titre pour ma rentrée littéraire alors que j’avais beaucoup aimé le premier roman de cette autrice. Je vais peut-être réviser mon jugement …

    • Il est passé un peu sous les radars en cette rentrée littéraire. Il était acheté et je repoussais le moment de le découvrir. Mais, il m’a pris par la main dès que je l’ai ouvert et je ne regrette absolument pas sa découverte.

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