
Le roman le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler ressuscite le parcours d’une femme, Caroline Remy (1855-1929), qui se fait appeler Séverine, figure du journalisme féminin, aujourd’hui largement oubliée.
Après la Commune. Jules Vallès s’investit dans un journal Le Cri du Peuple. Il le fonde juste au-dessus des locaux de L’Intransigeant. En 1883, elle commence sa carrière de journaliste que Jules Vallès appelle amicalement Line. Elle devient son associée à la direction. Reprenant le journal à sa mort, elle vécut avec le Dr Adrien Guébhard, savant pluridisciplinaire à la trajectoire remarquable en physique et médecine, et en géologie, préhistoire et photographie.
Ambiance de la seconde moitié du XIXᵉ siècle
Mélanie Sadler ressuscite l’ambiance en racontant la vie de cette époque. La misogynie ambiante, les idées socialistes qui s’affûtent, le colonialisme, les envies de guerre pour retrouver l’Alsace-Lorraine. Ne nous trompons pas, Séverine fait partie de la haute bourgeoisie et a bénéficié d’une éducation dite de qualité, qui ne l’a pourtant pas préparée à ce parcours si particulier.
Complètement à l’abri du besoin, y compris après sa séparation d’avec son mari, Séverine se dit socialiste et devient libertaire et féministe. Au départ, ses engagements ont des limites : « Tu t’affranchis du pouvoir masculin, c’est une quête, farouche et obstinée, mais tu ne renonces pas au rapport genré, encore moins dans l’amour.«
Son compagnonnage amical avec Marguerite Durand, comédienne et journaliste au Figaro, va devenir au fur et à mesure de plus en plus important puisqu’elles vont créer le premier journal entièrement féminin, La Fronde, en 1897. « Elles n’ont pas seulement écrit l’Histoire : elles ont exigé d’en posséder l’encre et la presse. »
Combattante et indépendante
Séverine s’engage et dénonce les conditions de travail des ouvriers. Elle devient écrivaine à part entière. Elle participe à la création du prix Vie Heureuse en 1904, ancêtre du Fémina. Engagée au côté de Zola pour le soutien lors de l’affaire Dreyfus, elle défend l’avortement, le droit de vote des femmes. Pacifique durant la Première Guerre mondiale, elle adhère à la SFIO puis au parti communisme.
Il fallait bien cette biographie romancée pour faire connaître cette figure oubliée de l’engagement féminin.
En reproduisant des articles de Séverine, Mélanie Sadler immerge son lecteur au cœur de sa prose. Ils montrent son évolution, ses prises de conscience et ses difficultés à faire reconnaître les thèmes de ses différents engagements.
Pourtant, Mélanie Sadler pêche en mesurant son enthousiasme. Voulant conserver une certaine neutralité documentaire, qui n’aurait cependant pas lieu d’être ici puisque le bureau des audacieuses est un roman, elle cache son admiration et son attrait pour son héroïne. Par ailleurs, l’écrivaine choisit de laisser dans l’ombre des questions plus précises qu’un essai aurait dû documenter.
Ainsi, c’est cette difficulté à situer son écrit qui met le lecteur en réserve par rapport à sa lecture. Bien sûr, le travail documentaire de Mélanie Sadler est fouillé, précis et conséquent. Pour les besoins de son roman, elle a recourt à la fiction. Néanmoins, il m’a manqué un petit quelque chose pour être pleinement satisfaite de ma lecture.
En quelques mots
Le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler ressuscite Séverine, journaliste engagée et figure oubliée de la fin du XIXᵉ siècle. Socialiste, libertaire, féministe et pacifiste, elle défend les ouvriers, les femmes et les grandes causes de son temps. Une biographie romancée solidement documentée, qui permet de découvrir son parcours, malgré quelques réserves sur le choix romanesque.
Puis quelques extraits

Depuis la révolution du quotidien à « un sou » dans les années 1860, l’accès à la presse s’est démocratisé. Il y a tout un marché de lecteurs à conquérir. Le Cri tourne autour de vingt mille exemplaires par jour, ce n’est pas si mal, (…).
Comment renouer ? Elle I’ignore, elle tâtonne, mais ce besoin s’est converti en une nécessité qui dépasse la personne même de ses fils : elle doit parler à ses enfants, leur dire les choses importantes. Elle veut leur montrer la primauté de la douceur sur la force, leur dire qu’une relation n’est belle que si l’on y consent. Plus le temps passe, plus Séverine en est convaincue: il est urgent d’éduquer les fils tant il est à craindre qu’ils ne deviennent pis que les pères.
Cela m’intrigue moi aussi, que tu te places ainsi sous la protection d’un homme. N’as-tu pas voulu, ta vie durant, t’arracher à leur domination ? Mais il ne s’agit pas de cela je crois.
Ceux qui tuent journellement, lentement des travailleurs, par économie sur le matériel ou le salaire, le font du moins, il faut en convenir, dans des enceintes adhoc et privées, loin des beaux quartiers, sans scandale et sans bruit… d’une façon comme il faut. Le sang ne coule que par accident… Tandis que les explosions indignent, effrayent — tout le monde eut pu y être…
Marguerite avait pu administrer ses biens, choisir d’exercer une profession, sans dépendre d’aucune tutelle masculine : un luxe dans une société régie par le Code civil napoléonien qui définit les femmes comme des mineures juridiques.
À ne regarder que le mauvais côté de l’humanité, on deviendrait sinon féroce, du moins parfaitement indifférent aux maux qu’il lui plaît de subir. Mais le secret, sinon du bonheur, du moins de la souriante acceptation de vivre, c’est de relever toujours les miettes de beauté, les parcelles de bonté qui consolent du reste. Métier de chercheur d’or, évidemment, mais où la récolte est autrement précieuse !
Ici en bref




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Informations pratiques

le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Editions La Tribu – Instagram : @latribu_editions
Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782487858701 – Lecture en septembre 2026

Il est dans ma liste d’envie aussi je suis sur liste d’attente à la médiathèque!
Alors bonne lecture. Je lirai avec plaisir ton avis !
Celui-ci je l’avais déjà noté. 😀
J’attendais certainement trop, une légère déception… J’attends ton retour avec hâte !