Degas à l’opéra

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L’opéra à Paris, créé par Louis XIV, va fêter ses 350 ans d’existence en 2020. Le Musée d’Orsay et l’Orangerie se sont associés au National Gallery of Art de Washington pour présenter à Paris cet automne une ode à cette institution. Et, qui convoquer pour nous en parler le mieux ?  Degas, bien sûr ! L’éternel abonné de l’opéra Pelletier qui à partir du milieu des danseuses a fait un champ d’étude presque exclusif de sa technique picturale. C’est du moins ainsi que Henri Loyette, commissaire général, présente la naissance de cette exposition.

La collaboration avec le musée de Washington permet la venue d’œuvres nombreuses jamais exposées. Et, c’est une des richesse de cette exposition.

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Danseuse à mi-corps les bras croisés derrière la tête – Vers 1890 –

La famille Degas est passionnée de musique, notamment le père qui entraine rapidement Edgar dans les coulisses. Celui-ci se passionne pour les spectacles en général et tous les aspects de la vie de ce théâtre si particulier.

Pendant presque cinquante ans, ce monde sera le prétexte à le décrire sous tous ces aspects en renouvelant son art. Il est le laboratoire de toutes ses expérimentations et le cœur de sa création. A partir de son approche presque photographique, il l’utilise pour dresser une critique sociale de son temps. A contre-courant des impressionnistes, il rapporte dans son atelier ses dessins, études diverses pour les « coloriser » de façon si audacieuse que son art en ait transcender.

L’Opéra qu’aime fréquenter Degas est l’Opéra Pelletier adossé à l’hôtel de Choiseul dans l’actuel 9è arrondissement, à proximité de l’actuel Hôtel Drouot. Il remplace la salle Richelieu dès 1821. Détruit par un incendie en 1873, l’Opéra Garnier tarde à être construit à cause de la guerre de 70 et la Commune de Paris. Sa façade est présentée à l’Exposition universelle de 1867. L’incendie de l’opéra Pelletier précipitent les travaux et l’inauguration a lieu en 1875.

L’impératrice Eugénie commenta ainsi les plans : « Qu’est-ce que c’est que ce style-là ? Ce n’est pas un style !… Ce n’est ni du grec, ni du Louis XV, pas même du Louis XVI. » et Charles Garnier de répondre : « Non, ces styles-là ont fait leur temps… C’est du Napoléon III ! Et vous vous plaignez ! »

La coupe longitudinale présentée à l’exposition est très impressionnante bien que manquante un peu d’explications.

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Maquette de la scène de l’opéra Garnier

A 34 ans, Degas cherche encore son style. Il répond à des commandes de portraits tout en rendant compte de l’univers de la personne. Son père l’encourage à persister.

Spectateur assidu de l’opéra, son attention est attirée par les danseuses. De plus, l’Opéra est un lieu très couru à l’époque. Degas veut aller plus loin que de peindre comme un spectateur. Il regarde là où le public n’est pas autorisé à aller et il s’attache à entrer dans ces lieux pour en révéler tous les aspects.

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La répétition au foyer de danse – 1873 / 1875

 

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La classe de danse – 1873

 

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Coulisses – 1874 / 1876

L’Opéra Pelletier prend feu. Degas continue à peindre à partir de ses carnets avec sa mémoire visuelle phénoménale dans ses ateliers toujours situés à proximité.

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Croquis dans carnet

En peignant les coulisses de l’Opéra Pelletier, il révolutionne le regard du spectateur en montrant l’importance des sols, indispensables points d’appuis pour la danse, des sujets présentés coupés ou de dos et en libérant le centre du tableau.

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La classe de danse début 1873 – Fin 1876

 

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Le rideau – Vers 1881

Derrière le spectacle et sa recherche sur le mouvement, Degas témoigne d’une réalité plus difficile. Les messieurs fortunés sont les seuls à passer dans le foyer de l’Opéra. Du coup, celui-ci devient un écrin pour des rencontres à l’abri du public où les jeunes danseuses sont offertes comme proies faciles aux hommes qui passent.

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Au salon – 1879

Pour fuir la misère et avoir un petit salaire, les mères acceptent le pire. Dans ce contexte, la recherche d’un « protecteur » devient  presque une nécessité.

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Conversations – Vers 1876

 

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Le foyer de l’Opéra – Vers 1876 /1877

A 45 ans, Degas s’essaye à la sculpture en présentant sa petite danseuse de 14 ans, Marie van Goethem, quinze jours après l’ouverture du Salon des Indépendants. Elle révolutionne tellement qu’elle est de suite rejetée, décriée…Première et unique sortie ! Ce n’est qu’à la mort de Degas que son fidèle ami en fera fondre 22 exemplaires. Voir l’autofiction de Camille Laurens.  

Cette sculpture rompt complétement avec ce qui s’est fait avant. Présenté une jeune fille au visage effronté pas très joli en associant  cire et tissu est magnifique de réalisme où le corps et son mouvement sont représentés justement.

  Le père de Degas décède. Ses deux frères font faillies. Degas peint pour purger les dettes. La série Eventails nait.

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Danseuse de profil et études de pieds – 1878

A 55 ans, Degas ne va plus à l’Opéra. Il se contente de reprendre ses études et de les travailler en peinture. La cécité le guette. Il utilise le pastel et plus tard la cire pour garder le mouvement. Une »orgie de couleurs » éclate.

Après 50 ans, il est devenu un Maître dira Renoir des années après.

Degas ouvre la voie à l’Art moderne. Picasso et Braque sauront s’en inspirer.

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Deux danseuses au repos- 1910

Photographies de @vagabondageautourdesoi.com

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Sources

Questions pratiques

Degas à l’opéra 

Du 24 septembre 2019 au 19 janvier 2020

Commissaire général: Henri Loyrette

Commissaires: Leïla Jarbouai, conservatrice arts graphiques au musée d’Orsay
Marine Kisiel, conservatrice peintures au musée d’Orsay
Kimberly Jones, conservatrice des peintures françaises du XIXe siècle à la National Gallery of Art de Washington

Exposition organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et la National Gallery of Art, Washington où elle sera présentée du 1er mars au 5 juillet 2020, à l’occasion du trois cent cinquantième anniversaire de l’Opéra de Paris.

15 commentaires

  1. On apprend des faits que l’on ne soupçonne pas de cet opéra qui fait un peu office de pourvoyeur de chère fraîche donc! Bisous

  2. J’y suis allée en septembre, je dois dire que j’ai beaucoup aimé le fait d’avoir cette sorte de globalité sur le thème de l’opéra. Après, j’ai aussi eu le sentiment d’avoir trop de choses à voir, regarder ce qui me donne aussi l’impression de n’avoir finalement rien vu. La foule n’a certainement pas aidé.
    Ceci étant dit, c’est toujours chouette de découvrir ces artistes d’une période que j’aime tant.

    • J’ai eu la chance de la visiter un jour de semaine, au tout début, lorsqu’il n’y avait pas trop de monde. J’avais un peu un apriori , du genre , encore du Degas mais les liens avec les musées étrangers ont permis que des toiles qu’on n’avait jamais vues étaient exposées ; Quel régal ! Merci d’avoir pris du temps pour lire cette présentation; Bonne soirée !

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