Dora Maar – Centre Pompidou

Grande rétrospective sur Dora Maar organisée pour la première fois à Paris, en coproduction avec le J. Paul Getty Museum de Los Angeles et en collaboration avec la Tate Modern de Londres.

Fille d’un architecte croate, Henriette Dora Markovitch prend le pseudonyme de Dora Maar (1907- 1997) dès son arrivée à Paris (1926) après avoir vécu son enfance en Argentine.

          Synthèse de Dora Maar – Marianne Clouzot – 1927

Avec ses origines slaves et son enfance passée à Buenos Aires, Dora Maar incarne « la femme chic » avec des marques de modernité comme la  voiture Buggati, la tour Eiffel et les dancings.

Photographie pour Dolfar, fabricant de fers a friser. 1936

                      Modèle en maillot de bains – 1936

 

                           Les années vous guettent – 1935

A l’aide d’un photomontage et de retouches, l’artiste joue de la superposition de deux photographies dont l’une est un négatif. Elle prend souvent des amies proches comme modèle : la femme d’Eluard, Nusch ici, ou pour d’autres photographies, Françoise Lamba, etc.

                                              Assia – 1934

Ce modèle est apprécié de tous les peintres et des photographes de l’époque.

                                                Assia – 1935

Elle installe son atelier photographique vers 1930. Elle rencontre Brassaï avec qui elle partage l’atelier et le photographe et directeur de l’Illustration, Louis-Victor Emmanuel Sougez devient son mentor.

Photomaton de Dora Maar

Son art photographique garde une maîtrise du cadrage et de la mise en scène magnifique. Son émancipation professionnelle marque aussi un engagement très à gauche comme beaucoup de ses contemporains. 

Elle apprend sa technique à l’Union centrale des arts décoratifs de Paris. Elle compose des photographies sociales en rapport avec ses engagements politiques.

                                         Londres – 1934

Dora Maar, à Londres comme à Barcelone l’année précédente, compose des portraits de rue montrant une approche de la société particulière. 

                                           Barcelone – 1933 –

Engagée dans le groupe Octobre, troupe de théâtre fondée par les frères Prévert, elle collabore aussi à Contre-Attaque, groupe d’artistes révolutionnaires, dont elle rédige le premier manifeste.

                                   La zone – Paris – 1933 –

Dora Maar fréquente le milieu surréaliste dès 1933. Le mouvement surréaliste utilisant une nouvelle découverte,  vers 1936, le photomaton. Le mouvement développe deux axes : un anticonformisme qui se moque de la représentation du réel et l’autre terriblement sérieux qui est fasciné par la rigueur.  Dora Maar faisait partie de cet axe et photographiait le réel en le rendant surréaliste. Puis, avec le photomontage, Dora Maar va entrer dans l’anticonformiste.

Maîtresse et muse de l’écrivain Georges Bataille, il y a un véritable échange. Dora Maar tient véritablement sa place d’artiste alors que dans ce milieu, les femmes restent …des modèles.

                                           Léonor Fini – 1936

Dora Maar photographie individuellement ses collègues surréalistes dans son studio.

                           Paul Eluard et sa femme – 1935

Comme Man Ray, Dora Maar utilise la solarisation, procédé photographique modifiant la transparence ou la couleur par altération.

                                   Dora Maar – Man Ray – 1936 –

En 1935, elle est engagée comme photographe sur le plateau du film  » Le crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir. Son ami, Paul Eluard, lui parle de Picasso.

L’anecdote est connue et ici extrait du livre « Le carnet de Dora Maar » de Brigitte Benzimoun.

Quand Picasso rencontre Dora Maar, il a 54 ans, elle en a 28. Sa vie est scandée de liaisons fatales et violentes, à l’égal de ce que Picasso réclame de la peinture, la fureur et l’énergie, l’abondance et la brûlure. Beaux-Arts 

                          Picasso photographié par Dora Maar – 1937

Picasso découvre une femme forte, libre et le feu intérieur qui l’anime. Il est momentanément en panne au niveau de sa création. La guerre d’Espagne gronde. Le bombardement du village de Guernica, c’est Dora qui lui amène l’information lorsque les journaux la révèle.

Tandis qu’elle l’immortalise en train de peindre, Picasso lui demande un investissement total. Qu’elle entre elle-même dans son processus créateur, qu’elle en devine les élans et les hésitations, qu’elle en dessine avec lui les lignes secrètes ! C’est en ce sens où l’influence de Picasso va rejoindre une forme d’aliénation de Dora, elle ne peut vivre sans se mêler aux flux qui le possèdent. Mais Dora n’est pas Picasso et c’est elle qui reste toujours sur la route. Seule. Beaux-Arts

                               Dora Maar – Picasso- 1937

En le photographiant entrain de peindre Guernica, la jeune femme révèle son génie mais aussi livre ses doutes et ses inquiétudes. Le « taureau » semblait être mis à mort. Elle insuffle à l’artiste l’envie de recréer et aurait souhaité en porter un peu la paternité. Mais, le peintre ne partage pas. Il sait prendre sans se laisser prendre. Elle devient pour toujours »la femme qui pleure ».

         Dora Maar, Pablo Picasso et la photographe Lee Miller à Mougins en 1937

Picasso l’encourage à abandonner la photographie pour se lancer dans la peinture.

                    Dora Maar dans son atelier -Brassaï – 1944

Quai des orfèvres 1947 real : Henri Georges Clouzot Simone Renant Suzy Delair COLLECTION  CHRISTOPHEL

Pendant plus de dix ans, la relation avec Picasso est houleuse. Dora Maar partage Picasso avec d’autres mais elle reste néanmoins la référence. Jusqu’au jour, où Picasso en a assez de sa violence, de ses cris, etc.

Il n’est pas exclu qu’il y ait chez Picasso une obscure volonté d’humilier Dora, il ne lui épargne ni les affronts ni les brimades, assiste sans broncher aux disputes qui l’opposent à Marie-Thérèse. Le désespoir de Dora sert finalement l’œuvre de Picasso : elle est l’icône de l’Espagne meurtrie, ses grands yeux noirs et sa chevelure épaisse la présentent comme une Madone. Sans état d’âme, il la quittera en 1945 pour Françoise Gilot qu’il peindra, au contraire de Dora, comme une fleur lumineuse et solaire…Beaux-Arts

                               Les quais de Seine – 1944 -Dora Maar

La rupture est terrible. Dora Maar entre dans une dépression sérieuse que Jacques Lacan, appelé par Eluard et Picasso, soigne pendant 7 ans.

Elle interrompe le traitement et plonge dans la bigoterie, vivant de plus en plus une vie de recluse, se consacrant toujours à la peinture et cela jusqu’à la fin de sa vie.

                                         Sans titre- 1970/1971
                                  Sans titre – 1970/1971

« L’abstraction mène à un mur » dit Dora Maar en 1955. Pourtant dix à vingts ans plus tard, elle l’explore avec brio prenant pour exemple les esquisses de vitraux copiés lors des messes auxquelles elle assiste.

vagabondageautourdesoi.com
                          Composition géométriques -1967 – 
Atelier de Dora Maar – 1967
Sans titre -1970/1971
Négatifs abstraits – 1980 –

A la fin de sa vie, elle se réconcilie avec la photographie en créant plusieurs œuvres alliant ses deux passions.

En choisissant de présenter Dora Maar à travers son œuvre, l’exposition Pompidou consacre une artiste accomplie qui, tout au long de sa vie, a essayé de renouveler son expression créatrice. C’est une artiste à part entière du XXè siècle que nous pouvons ainsi découvrir complétement.

Photographies de vagabondageautourdesoi.com sauf les portraits de Dora Maar.

Sources :

Chronique sur ce blog : Le carnet de Dora Maar – Brigitte Benkemoun

Le Monde – Dora Maar, bien plus qu’une muse. 6 juin 2019

Beaux-Arts – Pablo Picasso et Dora Maar, entre aliénation et influence.

Chronique sur ce blog : Guernica – Exposition au Musée Picasso .  Histoire d’un tableau.

Chronique sur ce blog : Suite Exposition Guernica au Musée Picasso. Retentissements du tableau sur les artistes modernes

Questions pratiques :

Dora Maar – Centre Pompidou

Exposition du 5 juin au 26 juillet 2019.

vagabondageautourdesoi.com

 

 

 

8 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. J’ai beaucoup apprécié ta présentation de cette exposition et de cette artiste aussi douée en peinture qu’en photo, assez malmenée par Picasso. Bonne journée

    • Oui, tu as raison. Les femmes de Picasso se disputaient devant lui sans qu’il ne lève « le petit doigt » pour les départager ou les apaiser. Il les forcer à vivre ensemble ; Un vrai matcho ! Mais, cette prison, Dora Maar la trouvait dorée et l accepter en toute liberté, semble-t-il. Mais, ce qu’elle n’avait certainement pas envisagé c’est l’état de dépression dans lequel la plongeait sa rupture. Elle ne s’en remettra pas et je ne suis pas sûre qu’elle le souhaitait puisqu’elle disait elle-même qu’après avoir aimé un génie, il ne restait plus que Dieu au dessus ! Boutades, peut-être! En tout cas, la solitude dans laquelle elle s’est enfermée prouve que sa souffrance n’était pas feinte! Bonne fin de semaine Brigitte !

  2. Une très jolie note. Ses photos sont magnifiques ! Maîtresse et muse de l’écrivain Georges Bataille, de Picasso.. quelle vie incroyable et quelle femme talentueuse, belle. Picasso aura brisé de nombreux cœurs.. Le centre Pompidou propose toujours des expositions passionnantes. Merci Matatoune 😊

    • C’est en effet une très belle réhabilitation qu’organise le centre Pompidou pour une artiste talentueuse qui a certainement voulu être la muse exclusive d’un génie alors que celui-ci était un picoreur de tout vampirisant autant les femmes qu’il fréquentait que les autres artistes pour nourrir son talent. Il y a quelque chose de pathétique dans la vie de cette femme que le centre Pompidou suggère adroitement par cette rétrospective ! Bonne fin de semaine !

  3. Une superbe exposition pour une artiste très talentueuse. Le Centre Pompidou a fort bien fait de la mettre à l’honneur, ce n’est pas si courant. Merci pour ce très bel article et excellente journée Tatoune 🙂

    • Tout à fait d’accord ! Une exposition qui révèle une artiste accomplie et talentueuse. Aimant beaucoup la photographie, j’ai été touchée par ses clichés ! Bonne semaine !

    • Oui, le Centre Pompidou nous fait découvrir une femme passionnée éprise de liberté et une artiste de talent derrière le masque de la « femme qui pleure » auquel l’a réduite pour la postérité Picasso ! Bisous !

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