Two books on a white surface: the right one shows a colorful painting with birds and a man, title 'UNE SAISON À TÉHÉRAN' by Lucie Azema.

Une saison à Téhéran de Lucie Azema

vagabondageaautourdesoi.com - Lucie Azema - Une saison à Téhéran -

Alors que la menace de tuer leur civilisation s’entend encore, j’ai eu un immense plaisir à me plonger dans Une saison à Téhéran de Lucie Azema. La journaliste voyageuse raconte sa rencontre avec le raffinement persan, avant 2022, avant Femmes Vie Liberté, se souvenant des moments partagés avec ses habitants, leur culture et leur quotidien. 

Après s’être immergée en Inde, Lucie Azema découvre l’Iran. Elle y retourne quelques années plus tard pour y vivre, y travailler et surtout s’immerger dans la beauté des paysages, de son histoire millénaire et contemporaine, et la vie de la jeunesse, ces Iraniennes et ces Iraniens qui attendent tant de changements. 

À ses côtés, nous visitons Ispahan, Persépolis, Shiraz et son histoire littéraire, Abyaneth, plus ancien village, Yazd, situé sur un plateau entre déserts et le détroit d’Ormuz, tristement devenu connu de tous.

Profitant de son immersion dans la capitale, Lucie Azema en décrit les différents quartiers, comme l’avenue Vali-Asr, le quartier Fereshteh, quartier luxueux qu’elle découvre en donnant des cours de français ou la célébration d’Achoura, etc.

Que j’ai aimé cet essai qui me présente un pays que je n’aurais certainement jamais le plaisir de connaître. Reprenant les éléments historiques, religieux et littéraires, Lucie Azema le décrit avec sensibilité et émotions, expliquant le raffinement d’une civilisation millénaire et universelle.

La journaliste choisit de nous taire la répression islamique et le totalitarisme d’un État de plus en plus corrompu et acculé pour mieux permettre à son lecteur de s’approcher de l’essence d’un pays qui s’est imposé dans l’histoire de l’humanité. De la Mésopotamie antique à  la route de la soie, l’Iran reste un incontournable. À découvrir !

En quelques mots

Dans Une saison à Téhéran, Lucie Azema raconte son immersion en Iran avant le mouvement « Femmes Vie Liberté ». Entre Téhéran, Ispahan, Persépolis ou Yazd, elle célèbre la richesse culturelle, historique et humaine d’une civilisation millénaire. Un essai sensible et passionnant sur un pays qui fascine, loin des clichés politiques et médiatiques.

Puis quelques extraits

La guerre n’est justifiable, et donc possible, que parce que l’autre n’a ni visage, ni rêve, ni avenir. Dans le discours dominant en Occident, le peuple iranien – tout comme son cousin afghan – ne fait plus qu’un avec ses tragédies, c’est devenu sa raison d’être, il est là pour ça.

Toujours dans une ambition transhistorique, Reza Shah est celui qui va redonner à la Perse son nom d' »Iran ». En 1935, il impose aux chancelleries étrangères cette appellation. Sur le plan étymologique, Iran signifie « la terre des Aryens , et c’est le nom que les Iraniens ont historiquement toujours donné à leur territoire. Le terme « Perse », venu du grec, était quant à lui utilisé au départ par les diplomates et les voyageurs occidentaux, et évoquait davantage un territoire de contes et légendes, de scribes et d’astrologues, faisant ainsi mauvais ménage avec la volonté de Reza Shah de moderniser le pays.

J’ai toujours vu les livres comme des centaines de fenêtres vers l’ailleurs, attendant que l’on s’y plonge…

L’Iran est l’un des pays qui pratique le plus de chirurgie esthétique au monde. (…) En Iran, la rhinoplastie se veut un étendard de la modernité et c’est l’un des stigmates du désir d’émancipation des Iraniennes. Avec la loi imposant aux femmes de porter le foulard et un manto (ou des équivalents), le visage est souvent la seule partie du corps qui est offerte aux yeux des autres, notamment du monde du travail, où les règles vestimentaires sont particulièrement strictes. Cela explique que certaines Iraniennes accordent une importance démesurée à leur visage et multiplient les opérations de chirurgie esthétique (nez, lèvres. Botox, etc.)

Et, encore

Selon un adage iranien bien connu, avant la révolution, on priait à la maison et on buvait dehors, et, depuis la révolution, on prie dehors et on boit chez soi.

Le fait qu’un homme persan vécu au XIᵉ siècle – qui n’a donc, par définition, pas grand-chose de commun avec moi, si ce n’est, justement, d’appartenir à l’humanité – puisse transcender les siècles pour venir m’apaiser me persuade davantage de l’immense universalité de la poésie persane, que ce soit dans le temps ou l’espace. L’essence de la pensée de Khayyâm est la suivante : la vie est fermée à ses deux extrémités, prise entre deux néants, deux abîmes, celui de la naissance et de la mort – c’est à cet endroit que nous nous tenons. Sur et sous terre, il y a bien plus de morts que de vivants. Être en vie est un état non seulement passager, mais exceptionnel. La mort est si affreusement irrémédiable, l’existence si vaine, si absurde qu’il faut se presser d’en jouir, d’en boire la « coupe » – la métaphore du vin est omniprésente chez Khayyâm.

Le terme « pyjama » a lui aussi beaucoup voyagé : notre mot français vient de l’anglais, dérivé de l’hindi pajama (un type de pantalon ample porté quotidiennement en Inde ou au Pakistan, que les colons britanniques adoptèrent pour dormir(lui-même emprunté au vieux persan et signifiant « vêtement de jambe ».

Dans la culture persane, le voyage dépasse la simple distraction, et représente même une activité hautement respectée. Pour bon nombre d’Iraniens, c’est en effet par l’errance, par la plongée dans l’inconnu et la confrontation à différentes langues et cultures que l’on acquiert la sagesse et la connaissance. En d’autres termes, le chemin intérieur d’un individu est indissociable de son voyage physique et géographique.

Et, encore, encore

En Iran, le pique-nique est une affaire sérieuse, et sa tradition est pleinement ancrée dans la culture persane. Toutes les occasions sont bonnes pour partir en montagne, en forêt ou au bord de la mer et organiser un festin en plein air. Au début du XXᵉ siècle, l’exploratrice britannique Freya Stark soulignait déjà dans ses écrits l’amour des Iraniens pour les déjeuners sur l’herbe. Cette tradition remonte en réalité à l’ère préislamique. Depuis les grandes heures de Persépolis, le treizième jour de I’année persane – le 13 du mois de Farvardin, qui correspond généralement au 2 avril du calendrier grégorien -, I’Iran célèbre Sizdah bedar (littéralement: «le treizième à l’extérieur ») : ce jour-là, les familles quittent la maison pour aller célébrer la nature en organisant un grand pique-nique.

Le terme bolbol, qui désigne le rossignol, est l’un des premiers mots que j’ai appris en persan. Cet oiseau est célèbre pour son chant mélodieux – Iun des plus beaux. C’est probablement pour cette raison que c’est celui qui occupe, avec le Simorgh, la place la plus importante dans la littérature iranienne. Sa charge allégorique est très forte : il symbolise la beauté, l’amour, la passion. L’Iran est la terre du gol-o bolbol (« la fleur et le rossignol »), un motif classique de la peinture et de la poésie persanes dans lequel le rossignol représente l’amant passionné, et où la fleur – généralement une rose – incarne la beauté inaccessible.

Je trouve très beau que l’oiseau national de l’iran, sois l’un des rares qui chante dans l’obscurité, la nuit, en soliste.

Et, encore, encore, encore

La nuit dont on parle ici est aussi celle que traverse le pays. Elle serait encore plus insupportable sans la victoire quotidienne de la poésie, du chant, en un mot de la vie, sur cette obscurité. On comprend pourquoi un peuple qui vénère le chant du rossignol, créature nocturne, ne peut se résigner si facilement.

Le détroit d’Ormuz demeure l’un des passages maritimes les plus stratégiques et les plus surveillés du globe. Jadis associé à la légende de Sindbad le marin, il a aujourd’hui laissé place aux cargos et marchandises et aux navires pétroliers des trésors bien plus modernes, qui font l’objet de convoitises : pirates, trafiquants et autres bandits de grandes eaux écument les mers d’Ormuz, à la recherche de navires à piller.

Loin de Téhéran, une vérité s’est imposée à moi : la perte des personnes ou des lieux que nous avons connus nous inflige les blessures les plus profondes. Face à cela, les rues des villes nouvelles où l’on vit se montrent parfaitement indifférentes à nos émotions, elles sont étrangères à notre cohérence intime: il nous revient alors de façonner, composer, à travers elles, notre monde intérieur.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Une saison à Téhéran de Lucie Azema

Éditions des Corps conducteurs – Instagram : @les_corps_conducteurs

Parution : 4 mars 2026 – EAN : 9782488557306 – Lecture en avril 2026

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18 commentaires

    • Oui, cette lecture mythique a fait du bien en m’apaisant. Excellent week-end prolongé 🪷

  1. Ne pas oublier effectivement que cette civilisation est riche et que les guerres ne peuvent tout broyer.

    • Oui, j’avais besoin de cet essai en effet pour oublier ce qui se passait dans la réalité !

  2. La civilisation iranienne est d’une grande richesse, c’est vrai. Cependant, l’oppression et les tortures subies par ses habitants sont, hélas, une réalité, 😥.

    • Oui, bien sûr. Mais j’avais besoin qu’on me rappelle la beauté de cette civilisation !

    • Ah oui, je suis vraiment d’accord ! J’avais besoin de ça pour me dégager des propos si monstrueux et de cette guerre qui s’enlise ! Évidemment mes pensées vont au peuple iranien !

  3. Bien dommage de ne pas parler de l’oppression islamique pratiquée en Iran… je ne crois pas que ce soit un cliché mais une réalité. Il n’y a qu’à voir ce qui arrive aux opposant.es dans ce pays, les tortures et les assassinats…
    Merci pour cette présentation 🙏 Belle journée à toi Matatoune ☔️🌧📚📖✨️

    • Oui mais ce raffinement est venu à propos pour contrer la réalité actuelle. Évidemment on n’oublie pas ce peuple sacrifié !

  4. Il m’attend sur ma pile… il me tarde de découvrir ce texte visiblement très instructif, loin des clichés véhiculés par les médias..

  5. Très très intéressant ! Passionnée d’anciennes cultures, comme celle de la Perse, et ces noms de villes comme Ispahan, ce livre m’interpelle !
    De plus, j’avais une cousine éloignée qui avait épousé un Iranien avec de hautes fonctions, du temps du Shah.
    Alors je prends note !
    Merci pour cette découverte et ton analyse.
    Belle fin de journée. ☀️

    • Oui, j’avais besoin de me plonger dans cette histoire millénaire, surtout en ce moment !

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