
L’idée du film Histoires parallèles de Asghar Farhadi lui fut proposée, en guise d’hommage, au Brève histoire d’amour du Décalogue (1989), réalisé par le cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski. C’est son ami scénariste, Krzysztof Piesiewicz, décédé le jour de la montée des marches, qui lui avait suggéré l’idée. Ainsi, comme pour le film, la fiction interfère avec la réalité.
Car, ce film Histoires parallèles est construit entre ces deux univers et seuls les deux personnages de Sylvie et Adam vont investir les deux espaces.
Sylvie (Isabelle Huppert) est écrivaine qui oublie de vivre pour se consacrer entièrement à son art. Elle écrit un roman en observant l’appartement d’en face, qui représente pour elle plus qu’un simple lieu. Seulement, elle veut déménager. Et pour l’aider, sa nièce Laurence (India Hair) engage un jeune SDD, Adam (Adam Bessa) rencontré par hasard. Ayant pris connaissance du manuscrit, il essaye d’entrer en relation avec la femme (Nita) de l’appartement d’en face interprétée par Virginie Efira.
Ce lieu est devenu un studio d’enregistrement. Accompagnée de deux frères, Pierre (Vincent Cassel) et Christophe (Pierre Niney), elle aide à fabriquer la bande-son de films, notamment animaliers.
Dans son roman, Sylvie orchestre les trois personnages, Nita devenant Anna, fardée et chevelure ondulée, Pierre se transformant en Nicolas, l’homme jaloux, et Christophe mute en Théo, plus sanguin.
Un roman pas vraiment réussi
Isabelle Huppert incarne une sorte de Marguerite Duras plus vraie que nature. Plus féminine quand même, avec ses ongles vernis, ses cheveux soignés et ses vêtements d’intérieur vaporeux, l’écrivaine déjeune directement dans la boîte de thon, sait allumer sa cigarette sans briquet, et « apprécie » l’alcool.
Jusqu’au bout, la personnalité d’Adam interroge : réellement gentil ou méchant déguisé ? La relation entre les deux frères n’est pas limpide, non plus. Sont-ils comme dans l’imagination de Sylvie ou, alors différents, ou juste un peu ? Asghar Farhadi n’arrête pas de jouer sur les ambiguïtés, ne laissant prise à aucun des points imaginés. Le spectateur ne cesse de s’interroger essayant de comprendre quels sont les objectifs du réalisateur. Et la fin étonne et interroge. En sortant de la séance, on pense tout ça pour ça ! Puis, au fil du temps, la réflexion infuse et le film continue à cheminer, demandant à clarifier, encore et encore, entre réalité et fiction.
Déclaration d’amour à la fiction
Alors, qu’Histoires parallèles n’est qu’un film, une fiction, une irréalité magnifique comme les feuilles de salade que frotte, doucement, Nida pour illustrer l’accouplement de deux chouettes.
De plus, le personnage qu’incarne Adam Bessa est l’œil du réalisateur, qui à travers sa longue-vue, regarde les voisins s’agiter, changer et se dévorer au fur et à mesure qu’il distille les éléments du roman de Sylvie, métaphore du script au cinéma.
Peut-être plus qu’avec ses œuvres précédentes, Asghar Farhadi livre une véritable déclaration d’amour au cinéma et à la France, berceau du septième art (certes pas à Paris), avec ce boulevard Saint-Martin comme frontière symbolique pour démontrer que la fiction ne s’oppose pas à la réalité, mais s’y entremêle, s’y fond, au point de ne plus pouvoir distinguer l’une de l’autre !
Thriller psychologique
Mais, comme à son habitude, ce sont les fils intimes des familles et des relations complexes entre les sexes qui attirent le réalisateur. Fallait-il s’entourer de ce panel d’acteurs de haut niveau, jusqu’à aller chercher Catherine Deneuve, en éditrice particulièrement odieuse, mais parfaite. Les acteurs répètent en interview qu’Asghar Farhadi était d’une précision méticuleuse dans ses demandes, ne semblant pas leur laisser le moindre espace de liberté. Pourtant, le réalisateur a cassé leurs images médiatiques sauf peut-être Adam Bessa et Virginie Efira : Vincent Cassel est cassé en deux à cause de son mal de dos et Pierre Niney… Chut ! Et, Isabelle Huppert passe d’une intellectuelle condescendante à une femme de cœur !
Une œuvre mystérieuse, ambiguë, équivoque qui frise avec le thriller psychologique. Bonne séance !
En deux mots
Avec Histoires parallèles, Asghar Farhadi brouille les frontières entre fiction et réalité dans un thriller psychologique ambigu. Une écrivaine observe ses voisins et transforme leurs vies en roman, tandis que les personnages paraissent peu à peu échapper à son contrôle. Servi par un casting prestigieux, le film interroge le pouvoir du cinéma, du récit et du regard.



Du côté des critiques : Télérama



Questions pratiques

Histoires parallèles
Réalisateur : Asghar Farhadi
En compétition au Festival de Cannes 2026
Acteurs : Isabelle Huppert – Virginie Efira – Pierre Niney – Vincent Cassel – Adam Bessa
Mémento Distribution– Facebook – Instagram : @– X : @
Pays : France – Durée : 2 h 05

J’avais adoré Une séparation et Un héros. des films qui montraient la vie en Iran d’une classe moyenne avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Ce film se passe en France, il est très long ( trop long). Au début du film j’ai eu l’impression que l’action était un peu lente à se mettre en place mais par la suite on voit que le rythme ne va pas s’accélérer et je me suis ennuyée jusqu’à la toute fin. Même s’il y a de très bons acteurs et un vrai thème ( comment les personnages de fiction vont influencer la vie réelle des personnes concernées par l’histoire ) je suis ressortie avec le sentiment que ce film n’est pas d’une grande richesse.
Il semble vraiment que les avis soient très controversés. Évidemment ce film n’a pas le mordant de certains précédents. D’ailleurs, en conférence de presse, il a reposé le contexte de son travail entre la répression et la guerre avec sa famille restée en Iran. Néanmoins, cette introduction de la fiction dans la réalité m’a passionnée !
Merci de partager ton ressenti ici 🙏
Je ne l’avais pas spécialement noté mais j’y remédie. J’aime beaucoup ce genre de films qui jouent sur les ambiguïtés.
C’est vrai les avis sont controversés. C’est un film qui garde son mystère je trouve !
ça a l’air plutôt compliqué. Bonne semaine
Oui et mystérieux. Et c’est vraiment très agréable de ne pas tout comprendre !
J’avais entendu un avis moins enthousiaste.
Oui, les avis sont très mitigés !
Un peu moins enthousiaste que toi après le visionnage d’hier soir. En effet : « tout ça pour ça » (un chouia trop long – ma compagne s’est même « ennuyée »). Je n’irai pas jusque là puisque les divers strates du film occupent bien le spectateur – écriture et construction fabuleux par contre (même s’il y a un petit « mou » dans la dernière partie). Merci aux acteurices.
On pense souvent que la fiction s’inspire de la réalité. Là, c’est la réalité qui est » pervertie » par la fiction. J’ai trouvé génial ce parti pris. Maintenant, moi aussi, lorsque le film s’est fini, j’ai fait la moue. Mais, depuis je trouve qu’il infuse 😀…je ne trouve pas d’autres mots. Les acteurs sont géniaux, en effet !
vous en faites vraiment une belle critique de ce film qui parait, comme cela, assez déroutant. J’aime quand la réflexion vient après, comme pour un livre, on y repense parfois plus qu’à un autre qui nous a emballé sur le moment.
Oui, je dis que ça infuse ! Merci de votre retour !
Bonjour Matatoune, j’avais vu la bande-annonce de ce film sans être vraiment attirée par l’ambiance mais après t’avoir lue je trouve le propos intéressant. Une histoire qui est peut-être un peu compliquée à suivre, cependant ? Merci 🙏 Bonne semaine à toi 📚📖🌞🎞📽🌦
Ah oui, on s’y perd et même après on se demande si on a été assez attentif aux différents moments ! Merci pour ton retour. Excellente continuation 🌼
Bonjour Matatoune. Il y a de bons acteurs et j’irai peut-être le voir. Bonne journée
Excellents acteurs en effet ! Bonne continuation !
Jolie Critique d’un film que j’ai aimé et chronique sans l’analyser seulement
pour donné envie d’aller le voir https://carnetsdemiriampanigel.blogspot.com/2026/05/histoires-paralleles-2026-un-film.html
Les amoureux de littérature ne pourront qu’être intrigués par la façon de mêler fiction et réalité ! À découvrir en effet !