
L’Abandon raconte les quinze derniers jours de la vie de Samuel Paty. En montrant les faits, et rien que les faits, le film décrit les manquements successifs, en marche inexorablement, vers une fin que pourtant personne ne pouvait soupçonner. Ces 15 jours, d’avant des vacances, montrent la solitude d’un homme qui n’a que sa foi dans son métier et son honnêteté pour faire face à cet engrenage dont personne n’a mesuré la dangerosité.
Antoine Reinartz interprète le professeur avec une grande humilité. La tension monte au fil des jours. Aucune image violente n’est montrée. La caméra se fait respectueuse et effacée. Vincent Garenq est spécialisé dans la mise en scène d’enquêtes judiciaires. D’ailleurs, à la fin, il montre le commissaire de police de la ville analyser les manquements.
Vincent Garenq filme avec beaucoup de respect et d’empathie en montrant très peu de scènes intimes. Père divorcé, celles-ci le montrent avec son fils.
On peut saluer l’interprétation d’Emma Boumali qui donne vie à l’adolescente de treize ans et demi, cherchant à se faire remarquer des autres et qui choisit de jouer la rebelle pour s’affirmer. Ses fausses accusations ont entraîné la fatwa numérique que son père (Nedjim Bouizzoul) a initiée en acceptant l’aide d’un prédicateur islamiste interprété par Azize Kabouche.
Remarques
Le titre est parfaitement adapté, car le film décrit la mécanique des administrations qui ont abandonné leur humanité dans leurs fonctionnements. L’administration française accumule rapports, bilans, contrats d’objectifs et de moyens avec des actions comme planifier, hiérarchiser, optimiser, etc. Elle a oublié que l’inquiétude, la peur et la solitude ne rentrent pas dans des cases.
Mention spéciale pour la véracité du référent à la laïcité (Eric Genovese) qui vient aider l’équipe à encadrer la crise avec la famille ! L’erreur, soutient-il c’est d’avoir discriminé ses élèves en autorisant certains à sortir. Pourtant le professeur ne cesse de répéter qu’il n’a pas nommé une communauté ! Il a juste protégé ceux qui pouvaient être choqués, sans dire, pointer, accuser. Avec ce mensonge, l’administration s’empêche de reconnaître ses responsabilités.
Un avant – un après
Pour le milieu enseignant, mais également pour l’enseignement en France, il y a un avant et il y a eu un après.
Le sujet est vif. Les profs n’ont pas exprimé leur peur. Et les traumatismes ont continué après 2020, avec Agnès Lasalle (février 2023) puis l’acte terroriste sur Dominique Bernard (2023). Pour rappel, les enseignants n’ont pas de médecine du travail. Et, donc, la mesure de l’ampleur de leur souffrance est cachée. Leur utopie d’école sanctuaire fut détruite avec leur tranquillité évaporée.
L’Éducation nationale dit tout prévoir dans ses protocoles. D’ailleurs, la principale, interprétée, magnifiquement par Emmanuel Béquot, le démontre en demandant à sa secrétaire (Barbara Bolotner) de lui sortir la circulaire qui recense les organismes à mettre en copie de la transmission du signalement : une liste impressionnante.
Personne n’avait mis dans un protocole la possibilité qu’un crime puisse être la conséquence d’un enseignement obligatoire ! Car, il faut le répéter et le hurler. C’était un enseignement OBLIGATOIRE et les caricatures se trouvaient dans la base CANOPE qui recense les documents exploitables en classe. Samuel Paty n’avait pas à s’excuser de les avoir projetés ni devant ses élèves, ni devant les parents, et encore moins devant sa hiérarchie.
L’enseignement moral et civique est complètement changé, même si les professeurs d’Histoire-Géographie doivent toujours traiter de la liberté d’expression. La répression directe muselle, mais la peur de celle-ci aussi. Sur ce point, les islamistes ont gagné.
Et après ?
La sortie du film fut annoncée après le procès qui a eu lieu dès janvier de cette année. Le film a reçu une ovation de presque dix minutes lors de sa présentation au Festival de Cannes.
Après projection, la communauté éducative du collège dénonce le parti pris du film et rappelle son soutien auprès de leur collège avant le crime. Seulement, quiconque connaît l’enseignement, sait que la réunion de crise, autour du professeur, est parfaitement crédible. La phrase « Tu nous mets tous en danger » est terrible ! Bien sûr, la culpabilité doit être si forte, que pour la soulager il est humain d’oublier que cet homme fut abandonné par le plus grand nombre.
Quel public, ce film va-t-il toucher ? Bien évidemment, les enseignants ou ceux concernés par l’enseignement. Sera-t-il projeté dans des classes pour permettre à la parole de s’exprimer ? Permettez-moi d’en douter !
En deux mots
Avec L’Abandon, le réalisateur Vincent Garenq reconstitue les quinze derniers jours de Samuel Paty. Sans violence spectaculaire, le film montre l’enchaînement des manquements administratifs et humains ayant conduit au drame. Porté par l’interprétation bouleversante d’Antoine Reinartz, ce récit interroge l’école, la peur et l’abandon institutionnel.
Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

L’Abandon
Réalisateur : Vincent Garenq
Hors compétition au Festival de Cannes 2026
Acteurs : Antoine Reinartz – Emmanuelle Bercot – Emma Boumali – Nedjim Bouizzoul
UGC Distribution – Facebook – Instagram : @ugcdistribution– X : @ugcdistribution
Pays : France – Durée : 1 h 40

Heureusement que le parti pris du scénariste a été de garder une distance, sinon, je pense que ce serait insoutenable. Il sera diffusé dans notre cinéma je pense en juin. Forcément y aller. merci de votre retour excellent qui incite à mettre en avant ce film.
Je souhaite voir ce film, même si j’appréhende un peu les émotions. Ce film devrait être projeté devant les élèves, suivi d’un débat pour expliquer… et expliquer encore.
Le métier d’enseignant devient très difficile, les élèves pour la plupart, ne reçoivent pas l’éducation a minima de leurs parents (absents ou démissionnaires), la hiérarchie semble vite dépassée par toute cette paperasse, etc…
C’est tout un contexte, les manquements, la violence qui s’invite partout, les profs sont devenus des cibles… C’est triste !
Cela me fera mal, je le sait, mais je vais aller le voir et conseiller de le voir. Ne serait-ce que pour poser les bonnes questions qui ne sont surtout pas dans le rejet de l’autre, celui qui vient d’un autre pays où qui a une autre religion. Le film semble poser ces questions de manque de volonté commune, de moyens et de soutien au plus haut niveau…
Oui, si on peut, faisons savoir qu’il pose les vraies questions d’un métier qui est aussi en train de perdre son âme, à force de multiples contraintes, d’ordres contradictoires, etc. Hurlons aussi combien nous sommes attachés à cette diversité qui nous construit et dont nous sommes fiers. Merci !
Bonjour Matatoune, je serais à la fois très intéressée par ce film et un peu craintive à l’idée de ce qu’il révèle de notre société. Le métier de prof est vraiment devenu terrible, surtout dans certaines matières. Merci pour cette présentation 🙏 Excellent week-end 😊🌸🌦
Je sais que le film fait peur, comme l’acte nous a terrifié. Mais, la manière dont est construit le film permet de garder à distance nos émotions pour analyser cet engrenage. Je te remercie et excellente fin de week-end.
Je ne suis pas certaine d’être capable…
Je comprends. Je me suis, moi-même, tenue éloignée tellement le traumatisme fut fort. 6 ans que nous avons compris notre fragilité, la solitude, l’engagement à vouloir croire que tout est encore possible.
En mémoire de ce collègue, je me devais de voir ce film. Et c’était possible car mon engagement professionnel est derrière moi.
Courage, vraiment !
Déjà en salles?
Oui et à voir même si ça réveille la colère !