Egon Schiele – Fondation Vuitton

En même temps que l’exposition sur Jean-Michel Basquiat, la fondation expose une centaine d’œuvres  d’Egon Schiele réparties sur trois salles.

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Affiche dans l’exposition

Pourquoi les avoir rassemblé ?

  • Tous deux font partie du club des 27, puisqu’ils sont morts à 27 ans.
  • Tous deux ont exprimé une colère contre l’ordre s’exprimant selon leur personnalité.
  • Ils ont révolutionné l’art de leur époque.

Certains disent qu’ils avaient tous deux, un mentor.

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Klint – 1913

Pour Schiele, c’est Klimt. Mais, pour Basquiat, les spécialistes parlent plutôt d’échanges entre Andy Warhol, artiste vieillissant qui a besoin d’un nouveau souffle et le jeune, admiratif de son aîné, sans qu’il ait essayé de le copier.

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Brown Spots (Portrait of Andy Warhol ) 1984

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En fait, les raisons sont plus prosaïques. En Autrice, 2018 est l’année dédiée à Schiele avec 42 toiles exposées au Léopold Muséum puisque c’est l’anniversaire des cent ans de sa mort. Un des commissaires de l’expo à la Fondation est autrichien. Il a permis ce rapprochement.

vagabondageaautourdesoi-Egon Schiele-1914.jpg Egon Schiele, enfant terrible ?

Le dessinateur et peintre autrichien Egon Schiele est né en 1890 en pleine période de Sécession viennoise (1898-1906). Ce courant est rattaché à l’Art Nouveau dont Klint fut l’un des membres actifs.

Vienne est l’autre grand pôle créatif du Monde après Paris. C’est un lieu culturel important et foisonnant au cœur de ce vieil empire austro-hongrois. En réaction à l’impressionnisme français, l’expressionniste autrichien développe les couleurs  crues et des traits acérés. Il fait suite aussi au courant fauvisme qui s’éteint petit à petit en France. C’est aussi la consécration du pouvoir de la bourgeoisie sur l’aristocratie.  Klimt peindra de nombreux portraits de bourgeois. Ce mouvement de sécession se veut aussi un art total qui doit retentir aussi bien en peinture, décoration, jusqu’aux meubles.  Freud commence à se faire connaître et reconnaître. Gustav Mahler dirige l’Opéra de la ville.

Mais c’est aussi une ville décadente où la prostitution (femmes et enfants) est abondante et seront présents dans les tableaux de Schiele en tant que modèles. L’écrivain autrichien Hermann Broch (1886-1951) la qualifie d »Apocalypse joyeuse ». Stefan Zweig décrit cette société en perte de valeurs.

L’expressionnisme cherche à susciter un ressenti plutôt que de représenter la réalité telle qu’elle est.

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Palais de la Sécession avec la devise du groupe  » à chaque âge son art, à chaque art sa liberté »

Egon Schiele perd son père à 5 ans, mort semble-t-il de syphilis. Ce décès précoce ternit l’évolution de Schiele qui sera torturée et sombre. Est-ce que ce rapprochement entre amour paternel et sexe explique le rapport particulier qu’entretient Schiele avec la sexualité ? En tout cas, les blessures sont présentes pour l’adolescent qui essaye de se construire.

Inscrit à l’école des Beaux-Arts, à 17 ans, il rencontre le peintre viennois Gustav Klimt qui en a 45. Sa famille qui a déjà repéré ses talents de dessinateur encourage ses choix. Au même moment, Hitler échoue à l’entrée dans cette même école. Trente ans, plus tard, cela sera  l‘Anschluss.

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Jeune fille couchée en chemisier rouge – 1908 –

Influencé par le début du Japonisme et les dessins de Rodin, Egon Schiele commence à se représenter de nombreuses fois.

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Autoportrait 1910

Puis, il reconstruit le voyage de noce de ses parents avec sa jeune sœur de 13 ans dans un hôtel de Trieste et l’a fait poser pour la première fois nue. La mère avait été si effrayée par sa première nuit de noce qu’elle s’était enfoui. C’est aussi à cette période qu’il peindra pour la première fois sa sœur qui restera son modèle lop,longtemps.

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Portrait de Gerti Schiele – 1909

Ce tableau ci-dessous est inspiré de la Danaé (1907) de Gustav Klint.  » Les moyens modestes de Schiele ne lui permettent pas de travailler la feuille d’or comme son mentor. Il utilise de l’aluminium et du cuivre pour créer des effets métalliques. «  Cartel de l’exposition.

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Danaé – 1909 –

Dès 1910, trop créatif pour rester dans une école, il s’émancipe et développe son style très personnel et expressif. En dehors des portraits et autoportraits, il commence à prendre des sujets plus populaires comme les enfants des rues. Ses traits se disloquent et expriment le déséquilibre. Sa technique de l’aquarelle plus experte montre le contraste entre les corps blafards et les touches de couleurs. Le rapport à la mort s’exprime de plus en plus. Le mal être est visible.

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Portrait du Docteur X – 1910 –

Le modelé est réservé uniquement au visage et aux mains. Un trait au fusain rapide forme le corps.

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Portrait d’Eduard Kosmack de face les mains jointes – 1910 –

Schiele réalise cinq portraits de l’éditeur autrichien Eduard Kosmac. Cet homme était connu pour être aussi hypnotiseur. L’effet de la gouache blanche autour du portrait renforce l’effet d’aura que souhaite donner Schiele à son portrait.

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Nu masculin de dos – 1910 –

Dans ses autoportraits, Schiele  ne semble pas chercher à décrire ses émotions, à les transcrire le plus justement possible même s’il travaille devant un miroir. Il exprime de plus en plus ses angoisses existentielles. Fasciné par le corps humain auquel il attribue ses pulsions, Schiele en démontre son  instabilité et sa précarité. Il avait des obsessions : celui de son corps, celle du sexe opposé et sa mère. Ses tableaux expriment cet affrontement (pulsions de vie et de mort) et ses tableaux érotiques et narcissiques, sa difficulté à vivre. Des expériences métaphysiques et spirituelles vont l’intéresser. En parlant la nuit à son père décédé, il reste relier à lui

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Autoportrait au coqueret – 1912 –

Pour le tableau ci-dessous, le halo blanc qui encercle la tête confère à l’œuvre une tonalité religieuse. L’écartement des doigts rappelle la gestuelle du Christ dans les fresques byzantines. Cartel de l ‘exposition. 

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Autoportrait au gilet – 1911 –

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L’aquarelle permet un tracé rapide des formes par touches de couleur ce qui saisit l’instantané. Sa technique s’améliore et renforce son expressivité.

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Procession – 1911 –

 (extrait)

L’artiste est surtout

un être extrêmement doué

au plan spirituel

qui exprime

ses vues

de phénomènes imaginables

dans la nature. Egon Schiele, poète.

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Moa – 1911

Ce tableau représente la femme d’un ami de Schiele qui était danseuse. Son nom est inscrit à la place de la signature de l’artiste.

Être tourmenté au cœur de sa jeune vie d’adulte, il exprime la souffrance avec ses mains disloquées et ses corps anorexiques. La mort rode autour de ses figures.

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Autoportrait, tête – 1911 –

Tournant dans son œuvre ce tableau marque l’affirmation de son style singulier. Le regard de l’artiste renvoie le spectateur vers des réflexions sur sa propre existence, son propre rapport à la vie et à la mort.

Devant cette décision qu’il trouve injuste, il réagit par la provocation en continuant ses dessins érotiques renforçant la position suggestive de la nudité des corps, homme et femme ou femme et femme.

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Amie, rose et bleue – 1913 –

Les années 1912/1914 sont difficiles : il part vivre avec Wally, sa compagne de l’époque et son modèle, dans un petit village. La mairie met à disposition une salle pour qu’il puisse travailler de grands formats, mais les habitants sont choqués des tableaux érotiques. Il est accusé aussi de soupçons de détournement de mineurs. S’en suit une condamnation pour distribution de dessins immoraux qu’il se voit confisquer quelques uns de ses dessins érotiques et fait trois jours de prison à la suite d’un procès.

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Autoportrait avec modèle (fragment) – 1913

Shiele s’est représenté tendant les bras vers son modèle, Wally, la femme aimée mais lointaine.

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Voyants (double autoportrait avec Wally) -1913 –

Rencontrée en 1911 chez Klimt alors qu’elle était son modèle, Wally est sa compagne jusqu’en 1915. C’est à la fois une relation intime et professionnelle. Wally gérait ses affaires. Il s’est représenté entouré d’orange comme celui qui est voyant sur l’avenir. Ses œuvres deviennent moins érotiques. Mais sa révolte contre la société s’intensifie.

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Soleils d’automne (Tournesols) – 1913 –

Ces tournesols expriment, comme les corps décharnés, une grande mélancolie. Exécuté quelques mois avant le début de la guerre, ce tableau pressent les horreurs qui sont à venir avec le dessèchement des tiges et les fleurs fanées.

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Le pont – 1913 –

Tout comme pour les corps, les paysages sont disloqués et représentent le malaise. Douze ans de création pour créer une œuvre très personnelle qui ouvre la voie à la peinture moderne avec des tableaux souvent décriés et rejetés pour créer un monde où son état d’âme est transposée comme une poésie.

En 1915, il rompt avec Wally et retourne vivre à Vienne. Sa renommée se développe avec des expositions internationales. Dispensé de service national, il sert dans l’administration à Prague et continue à peindre. Il épouse en 1915 Edith Harms, une de ses voisines de trois ans son aîné . Il revient à Vienne vers 1917.

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Mains – 1917 –
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Portrait de Trude Engel – 1911 -1913 –

Shiele peint le portrait de la fille du Docteur Engel en dédommagement d’un service rendu. Il le travailla longuement n’étant pas satisfait du résultat. Même réaction de la fille, donc du dentiste, qui avait constaté la présence sur la toile à hauteur du front d’une tête de mort restée sur la toile d’un précédent tableau.

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Détails

Éloigne du front, Schiele dénonce la guerre et soutient la nécessité de son art.

« Depuis que l’horreur sanglante de la guerre a fondu sur nous, beaucoup en sont venus à penser que l’art est bien plus qu’un luxe bourgeois. « 

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Nu féminin debout au tissu bleu – 1914 –
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Petite ville IV – 1914 –

A l’image du ressenti de Schiele sur les petites villes de province, ce tableau évoque l’étroitesse et l’oppression. La ville en contrebas et les maisons si serrées qu’elles disent aussi la difficulté d’y vivre.

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Nu féminin couché – 1917 –
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Mère et enfant – 1917 –

Klimt décède en 1918. Schiele se charge de l’organisation de la 49ème exposition à la Sécession qui fut un grand succès.

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Couple d’amants (Tableau inachevé) – 1918 –

Les croquis révèlent son intention d’y placer en bas un petit autre personnage. Lorsqu’il a appris que sa femme était enceinte, il rajoute son bébé entre les jambes de sa femme. Mais ce n’est pas sa femme qui a posé car il a fait appel à Wally, son ancienne modèle très meurtrie par le mariage d’Egon. Sa femme ( à 6mois de grossesse) meurt trois jours avant lui de la maladie qui va aussi l’emporter. Son effacement est visible par l’amas de peintures sous le couple. Trois jours après la mort de sa femme, il meurt de la grippe espagnole, comme Apollinaire.

Sources :

  • L’Art est la matière par Jean de Loisy. Egon Schiele-  France Culture
  • Le dernier tableau – Schiele – Alain Fleischer – 200

Questions pratiques :

Egon Schiele – Fondation Vuitton –

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019

Commissariat général : Suzanne Pagé

Commissaire invité : Dieter Buchhart

Commisaire associé pour la présentation à Paris : Olivier Michelon

Architecte : Jean-François Bodin en collaboration avec Hélène Roncerel

Egon Schiele. Autoportrait au gilet, debout, 1911. Gouache, aquarelle et crayon gras sur papier, monté sur carton. 51,5 x 34,5 cm. Ernst Ploil, Vienne. Photo : Courtesy of Ernst Ploil, Vienne

8 commentaires

    • Oui, je suis d’accord…C’est fascinant car il crée une manière de peindre si personnelle qu’elle ressemble à aucun autre! Bon dimanche !

  1. Ton article est très complet et fort instructif mais désolée c’est pas de tout le genre que j’aime trop étrange pour moi. Bisousss merci quand même car c’est un beau post.

  2. Un artiste singulier dont je découvre l’oeuvre, les corps tourmentés, étiques pour la plupart et les couleurs plutôt ternes mais non dépourvues d’un certain charme. Merci pour ce partage !

  3. Merci pour ce très bel article ! L’exposition ( comme celle de Basquiat ) est vraiment intéressante et magnifique. Excellent week-end Tatoune 🙂

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