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Vivre sans bonheur et n’en point dépérir de Véronique Olvadé : nos mères, ces femmes empêchées

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Deux vers de Colette ont permis à Véronique Olvadé d’écrire une écriture personnelle pour la première fois pour cette autrice, un « Je » complété par un « La Petite » et souvent d’Elle« . Sa nouvelle fiction a pour portrait une femme, sa mère nous dit-elle. Nos mères, il me semble. Ces femmes sont nées avant la Seconde Guerre mondiale, entièrement soumises à leur mari. Femme objet, femme d’intérieur, femme subissant l’enfermement qui ne peuvent absolument pas s’en échapper. De leur assujettissement est née l’émancipation de leur fille. Annie, l’héroïne de Colette dans La Retraite sentimentale, a mis quelques années pour conquérir son plaisir et le droit d’en jouir. Dans notre vraie vie et celle de Véronique Olvadé, il fallut deux générations !

« Vivre sans bonheur et ne pas dépérir, voilà une occupation, presque une profession. »

Véronique Olvadé raconte l’occupation à temps plein de cette femme, entièrement tournée vers la satisfaction de son mari. Ce portrait ressemble tellement à tant d’autres. Les rêves bafoués par un réel trop pesant. Imaginer qu’elle puisse changer de famille pour habiter en Suisse. Rêver d’une maison proprette avec son ravissant jardinet. Ou concevoir de vivre avec ce futur professeur d’histoire rencontrée dans le train qu’elle prend chaque semaine. 

À chaque fois, le réel enferme, réduit, calfeutre, étouffe. « Raconter l’enfance de ma mère, c’est comme regarder dans un miroir brisé. On voit l’entièreté du visage, mais par fragments disjoints. » À rebours des autobiographies romancées, Véronique Olvadé coud sa fiction dans des souvenirs. « La boche du Nord », rapporte-t-elle, surnom que lui donne le mari « un peu spécial », dit cette mère. Elle est son objet, sa femme de ménage, sa cuisinière, sa poupée sexuelle. Et elle concentre toute sa jalousie maladive.

Rapidement, ma lecture m’est devenue difficile, m’interrompant pour prendre des respirations : je ne supportais plus cette situation. La femme est toujours docile et aimable devant son mari odieux et détestable. « Elle se retrouve dans la posture si peu enviable de la femme qui reste à quai pendant que son homme part jouir du monde. » Pour nous aider à supporter, Véronique Olvadé invente des portes de sortie, puis referme tour à tour les possibles.

La réconciliation arrive à la fin : une « patience de moniale » qui lui permet de surmonter les épreuves
Elle maintient ainsi coûte que coûte « l’atmosphère la moins chagrine possible du monde » et devient « la reine de l’esquive« 

En trois parties, Véronique Olvadé offre une ode à toutes les femmes de cette génération, qui malgré leur vécu, ont su évoluer et continuer de profiter de la vie qu’il leur est offerte, sans animosité lorsque le bilan se fait. Impossible de commenter le style et l’exigence d’écriture de cette auteure sans se répéter.

Pourquoi le lire ?

Parce que Véronique Olvadé rend hommage à ces femmes d’une génération à laquelle le bonheur et la liberté furent souvent refusés. En s’inspirant de l’histoire de sa mère, elle raconte l’enfermement conjugal, les rêves empêchés et les échappées imaginaires qui permettent de survivre. Un roman douloureux, parfois difficile à lire, mais profondément sensible, porté par une écriture d’une grande exigence et une réflexion sur ce que les filles doivent à l’émancipation de leurs mères.

Puis quelques extraits

(…) Et alors que le monde s’effondre à une vitesse que seuls avaient prédit les cinglés comme mon père ou les scientifiques-Cassandre qui peuvent toujours marteler ce qu’ils veulent puisque personne ne les croit; alors que je continue obstinément d’écrire de la fiction, persuadée que c’est le seul moyen de rendre le plus justement compte de l’intériorité des choses, surgit un livre sur celle que je n’attendais pas. Ma mère. Un livre sur l’infime, et le dérisoire, les ratages et les vides. Pourtant c’était mon père le vrai personnage. Et c’est elle qui est apparue.)

Elle s’occupe du secrétariat de son mari tout neuf avec ces graphies appliquées de bonne élève née dans les années 1930, cette graphie reconnaissable entre toutes, celle de très vieilles dames de notre présent, une graphie qui nous paraît si discrète, une graphie modeste qui se souhaitait la plume et de l’encrier, des pleins et des déliés, soignée, penchée à droite, exempte de toute faute d’orthographe, une graphie presque définitivement disparue.

Si on la laissait faire elle finirait par nettoyer sa propre ombre sur le sol.

On trouve toujours quelqu’un sur qui on peut cultiver son avantage, n’est-ce pas ?

Et, encore

Comment imaginer que la connivence féminine soit autre chose que l’unique recours face à toute contrainte ?

Contre la protection du mâle, la femelle accepte de fournir pas mal de choses gratuitement -accès simple immédiat au sexe, à la propreté et à une nourriture plus élaborée que l’œuf sur le plat. Comment échapper à cette vision féodale?

Comme si elle était toujours restée dans la doublure du monde, coincé derrière un tissu satiné de piètre qualité et de fort mauvais goût. Comme s’il n’y avait rien à reprocher à personne. C’est ainsi. Le passé est le passé.

Ici en bref

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Ses précédents ici

Fille en Colère sur un banc de pierreA nos vies imparfaites

Informations pratiques

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Vivre sans bonheur et n’en point dépérir de Véronique Olvadé

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Flammarion – X : @Ed_Flammarion   Instagram : @flammarionlivres

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Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782080147738 – Lecture en août 2026

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9 commentaires

  1. Mes parents sont nés avant la 2e guerre, mais ma mère n’était pas une femme soumise à son mari, loin de là ! (rires)
    Je ne connais l’auteure que de nom. Je ne crois pas avoir lu un de ses romans.

    • C’est son premier en  » autofiction » , elle qui est habituée à uniquement la fiction.

  2. Bonjour Matatoune. Je le lirai sans doute car j’avais bien aimé Fille en colère sur un banc de pierre. Oui, nous devons beaucoup à l’émancipation de nos mères. Bonne journée

    • Première autofiction mais l’écrivaine nous balade bien ! Bon dimanche.

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