Collage of two book covers: left is grayscale with the title 'MON IMAM' and author Sabȳl Ghoussoub; right is a color cover with a man in orange robes beside a red sign reading 'Vagabond'.

Mon imam de Sabyl Ghoussoub : religion, amour et tolérance

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Faut-il un Imam pour les nuls pour convaincre les Français que chiite ne signifie pas forcément Hezbollah et Ayatollah Khomeini ? Peut-être bien… Alors, Sabyl Ghoussoub s’y attèle et propose Mon imam. Il y raconte une partie de l’histoire de l’Imam Moussa Sader, Mūsā aṣ-Ṣadr, figure incontournable du Liban, disparu dans des circonstances encore assez mystérieuses en Libye après une entrevue avec Kadhafi. Qualifié en 2025 par le président libanais de « symbole de l’unité nationale et de la justice sociale, un phare du dialogue entre les religions et les confessions. » le Hezbollah, et d’autres, commémore toujours l’anniversaire de sa disparition. Il fut l’instigateur du Mouvement des Déshérités et de sa branche armée, le mouvement Amal.

Son imam

En vérité, Sabyl Ghoussoub raconte une figure fictionnelle, rêvée et idéalisée, d’un homme au charisme important que jamais il ne nomme. Formé en Iran auprès de Khomeini, Moussa Sader s’en détache et crée dans le sud-Liban une nouvelle façon de vivre l’islam, ouverte, pacifique et tolérante.

Toute l’œuvre de Sabyl Ghoussoub s’inspire de cette pensée. Il n’a cessé, dans son œuvre, de prôner la tolérance même si ses idées ne sont pas partagées. Alors, avec le 7 octobre,  la déflagration fut forte ! » Je me retrouve au milieu de deux mondes que plus rien ne rassemble. » Qu’écrire après, et de surcroît dans la fiction ! Une conversation avec son éditeur lui sert de fil rouge pour raconter, d’abord, son silence, son, nécessaire, silence français. Puis, son souhait de revenir à la fiction : « Les écrivains ont pour responsabilité d’écrire des histoires qui nous embarquent. Quelles qu’elles soient. Pas de nous raconter le monde et toute sa merde à chaque fois. »

La fiction s’inspire de la réalité. Et la réalité rattrape souvent la fiction. Alors, pourquoi pas inventer un imam capable de renoncer à son statut, à son aura, à tout ce qui lui tenait à cœur, à tout ce qu’il avait créé et qui s’était transformé en barbarie, comme les milices d’Amal. Un homme de Dieu, son imam, capable de se retirer pour l’amour, juste l’amour pour une femme. 

Diversité confessionnelle du Liban

Car, la religion, Sabyl Ghoussoub le rappelle est bonté, ouverture, empathie et amour. Des propos qui semblent aujourd’hui si difficilement audibles, de tous côtés. Chacun est prié d’être pour ou contre, jamais avec les uns et les autres. Alors, Mon imam tente de définir ce qui fait la spécificité du Liban : sa grande diversité confessionnelle.

Comme une déambulation dans sa mémoire, Sabyl Ghoussoub ressuscite cette figure charismatique pour revenir aux sources d’un pays qu’il aime et pour lequel il reste énormément attaché. Tellement qu’il y retourne vivre lorsque le Liban se déchire. Mais également pour y trouver cette effervescence intellectuelle qui le berce et le nourrit.

Mais, Mon imam s’adresse à notre communauté, celle qui fait de tout mouvement chiite, un diable libéré. Sabyl Ghoussoub nous enseigne, nous rappelle que la religion musulmane, chiite ou sunnite, est amour et fraternité. Bien évidemment, il n’oublie pas sa dérision et son humour. Il nous livre des scènes assez inoubliables qu’en d’autres lieux, sous d’autres cieux, on pourrait qualifier de blasphématoires.

Pourquoi le lire ?

Parce que Mon imam est un roman qui refuse les assignations. Sabyl Ghoussoub y imagine un homme de foi capable de s’affranchir des dogmes, des pouvoirs et même de l’image que les autres ont construite de lui. Avec humour, tendresse et une belle liberté de ton, il interroge le Liban, le chiisme, la religion et nos propres représentations. Un roman profondément actuel sur la tolérance, l’amour et la possibilité de rester humain lorsque le monde voudrait nous contraindre à choisir un camp.

Remerciements

Aux éditions Stock et à #netGalleyFrance

Puis quelques extraits

« L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adore le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes.  » Pape Paul VI

Un écrivain libanais écrit soit en arabe pour le monde arabe, soit en français pour le monde francophone, soit en anglais, pour le monde anglophone, mais jamais seulement pour le Liban.

Morale de l’histoire : il faut combattre la justice même si cela doit mener au martyre. Mieux vaut mourir digne que vivre indigne.

C’était peut-être là sa force. Si l’interlocuteur était propalestinien, l’iman était propalestinien. S’il était phalangiste, l’imam devenait antipalestinien. S’il était iranien et de gauche, l’imam n’était alors même pas imam, seulement un religieux comme un autre, un chic type. S’il était un sympathisant du Hezbollah, l’iman devenait une divinité.

Il faut traduire ce qui se dit pour pouvoir le raconter et ce geste fait déjà entrer l’Orient dans la littérature.

L’autre est déshumanisé. Ton ami devient ton ennemi et l’ennemi n’a plus de visage. S’instaure un dialogue de sourds que seuls le silence et une remise en question de son propre camp peuvent empêcher.

Et, encore,

D’ailleurs, j’ai une question à te poser : a-t-on déjà demandé à des auteurs français s’ils allaient écrire sur autre chose que la France ? À Virginie Despentes ? Frédéric Beigbeder ? Michel Houellebecq ? Je ne le pense pas, cette question est réservé aux écrivains qui viennent d’ailleurs.

Les religieux les plus extrémistes ont les pensées les plus dérangées et c’est la raison pour laquelle ils deviennent si rigoristes, pour pouvoir se contrôler eux-mêmes.

Traiter le prophète de parthouseur, ce n’était pas l’insulter, ni lui reprocher quoi que ce soit, il n’y avait aucun jugement moral derrière son affirmation. C’était un fait, il fallait le dire, par honnêteté et amour pour le prophète. Je ressens cette même attache avec l’iman.

Mais tous les coins font partie de Beyrouth, de l’ADN de cette ville, de notre identité, je me sens tout aussi chez moi ici que là-bas, tout aussi légitime de traîner sur cette chaise en plastique que sur la corniche ou dans un café branché d’une région dite chrétienne

Ici en bref

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Beyrouth-sur-Seine

Questions pratiques

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Mon imam – Sabyl Ghoussoub

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Stock – X : @EditionsStock Instagram : @editionsstock – Facebook

Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782234097049 – Lecture en juillet 2026

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