Black-and-white book cover showing a damaged piano with the title 'Le fabuleux piano' by Sonia Devillers.

Le fabuleux piano : Sonia Devillers raconte la spoliation des pianos sous l’Occupation

vagabondageautourdesoi.com Le fabuleux piano- Sonia Devilliers -

« Mais, dans la vie de tous les jours, quand l’Histoire n’est pas complètement faite, est-ce qu’on voit venir l’apocalypse ? » Parler de la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences, tel est le sujet du nouveau roman de Sonia Devillers, Le fabuleux piano. À partir de la quête d’un piano spolié, la journaliste reprend, en parallèle avec l’histoire de sa famille, l’histoire du pillage des instruments de musique par les nazis et les difficiles restitutions aux familles.

Le piano de sa grand-mère roumaine, mélomane et concertiste, personne ne sait où il a disparu. Celui n° 68037 que Wilhelm Enoch, célèbre éditeur de partitions de renommée internationale, s’était offert en 1890 : un superbe Érard, fait encore aujourd’hui l’objet de toutes les recherches. « Nul ne pourra plus effacer l’identité de son piano. Je devine Wilhelm traversé par un frisson d’immortalité. Moi qui raconte cette histoire si longtemps après, je me dis que les nazis ont eu beau se ruer sur le grand Érard et chercher à anéantir ses propriétaires jusqu’aux derniers, il gardera à jamais son numéro, le 68037. Wilhelm a raison de frissonner.« 

Histoire intime et grande Histoire

En remontant l’histoire de la famille Enoch, en trois parties à l’aide de trois grandes figures masculines, trois générations, Wilhem, Daniel et Jacques, Sonia Devillers balaie l’histoire du siècle dernier, à travers la spoliation des pianos. À cette famille qu’elle n’a pas connue et dont personne ne lui a raconté l’histoire, la journaliste crée un écrin de papier, sensible et émouvant. Ainsi, elle redonne une vie à tous ces inconnus qui ont consacré leur talent, leur expérience et leur connaissance à l’art comme ici, au piano.

Sonia Devillers raconte comment Alfred Rosenberg, ministre du Reich et principal organisateur du pillage culturel nazi, utilise le commando d’Herbert Gerigk pour faire la razzia sur la musique, les partitions, les instruments de musique et, évidemment, les livres. Son « Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg« , littéralement Équipe d’intervention du Reichsleiter Rosenberg, organise un pillage systématique, facilité par la collaboration des autorités françaises. »On estime le butin des nazis à cent mille objets d’art rien qu’en France.« 

Documentation riche et précise

Inutile de préciser que Le fabuleux piano révèle des pans entiers, complètement inconnus de l’histoire. J’y ai appris une foule de détails comme les Pianolager, les sous-sols du musée d’art moderne pendant la guerre, le début de la carrière de Debussy, un commando musique lors de la Seconde Guerre mondiale, etc.

C’est avec un langage presque oralisé aux remarques personnelles régulières que cette étude se découvre. Les sources sont citées et nombreuses. Ainsi, sans revendiquer le statut d’essai historique, Sonia Devillers livre avec Le fabuleux piano, un ouvrage historique romancé, vif, agréable à lire et accessible.

« Jacques Enoch dit de ses carnets qu’ils sont « une espèce de lutte contre la mort, puisque ce qui devait être anéanti se met à renaître ». Puisse ce livre agir de même ! « 

À la fois ouvrage historique et récit familial, Le fabuleux piano possède toute la fraîcheur et le talent de la journaliste qui officie à La Grande Matinale de France Inter. Dans la lignée de Les Exportés, Sonia Devillers réussit une nouvelle fois à faire dialoguer la mémoire familiale avec la grande Histoire pour rendre visibles des destins que l’oubli menaçait d’effacer.

Pourquoi il faut le lire ?

Parce qu’il révèle un aspect méconnu des spoliations nazies, celui des instruments de musique et des partitions. Parce qu’il conjugue la rigueur d’une enquête historique à l’émotion d’un récit familial. Parce qu’il fait revivre des destins que l’Histoire avait laissés dans l’ombre. Enfin, parce que Sonia Devillers démontre une nouvelle fois que les histoires les plus intimes éclairent souvent le mieux la grande Histoire.

Remerciements

Aux éditions Robert Laffont et NetGalleyFrance

Puis quelques extraits

Nul ne pourra plus effacer l’identité de son piano. Je devine Wilhelm traversé par un frisson d’immortalité. Moi qui raconte cette histoire si longtemps après, je me dis que les nazis ont eu beau se ruer sur le grand Erard et chercher à anéantir ses propriétaires jusqu’aux derniers, il gardera à jamais son numéro, le 68037. Wilhelm a raison de frissonner.

Qui oserait le leur confisquer ? Si les Enoch étaient restés en Allemagne, ils seraient maintenant considérés comme de « mauvais Allemands ». Est-ce qu’en France, ils pourraient un jour devenir de «mauvais Français» ? Jacques s’est peut-être posé la question, mais dans les premiers agendas, il ne la formule pas. Pas encore.

Dès le 28 juillet 1940, un mois, donc, après l’armistice, un télégramme est envoyé à Berlin annonçant l’arrivée de deux wagons de fret remplis de pianos en provenance de Paris. Trois mois plus tard, soixante caisses remplies d’instruments de musique précieux et d’un millier de disques 78 tours sont expédiées. Les premiers résultats du commando Musique dépassent toutes les attentes.

Puisque mes grands-parents n’en parlaient pas, il y a quelque chose que je ne m’explique pas : ce que ça fait d’être juif dans un pays progressivement englouti par la fièvre antisémite. Qu’est-ce qu’on ressent au jour le jour ? Est-ce qu’on minimise, est-ce qu’on nie, est-ce qu’on pleure, est-ce qu’on prie ? À quel moment comprend-on ce qui est en train de se passer ? Est-ce qu’on hausse les épaules, est-ce qu’on en a vu d’autres, est-ce qu’on s’y fait ? Est-ce qu’on arrête de vivre ?

Et, encore,

Avant février 1941, un rapport fait déjà état d’environ cent cinquante caisses de matériel prélevé qui comprennent, en plus des instruments, des partitions, trente mille disques 78 tours et cinquante mille livres sur la musique, soit le produit d’une trentaine d’inspections, dont celles des bibliothèques et des conservatoires.

En effet, ce n’est jamais formulé, pourtant dès l’instant où l’on commence à vider de la cave au grenier les logements des Juifs qui sont partis ou qui ont été arrêtés, on suppose que ces derniers ne reviendront jamais, ou on fait en sorte qu’ils ne puissent plus revenir.

Ce qui va arriver ne peut être ni écrit, ni dit, ni penser.

« Aryanisation ». Ce terme effroyable, auquel tant d’historiens refusent de s’habituer, désigne l’expropriation des Juifs sous le Troisième Reich et leur spoliation au profit d’une race supérieure, pure, dite « aryenne ».

Certes, toutes les capitales tombées sous la férule des nazis se vident de leurs juifs, néanmoins I’historienne Renée Poznanski établit à soixante mille le nombre de juifs encore présents à Paris un an après la rafle du Vél’ d’Hiv.

Et, encore, encore,

La revanche sur le passé est une illusion. Il n’y a que des blessures qui s’enfouissent et des grands bonheurs qui soudain les font ressurgir. Ainsi vont les hommes qui ont souffert ; c’est dans les joies les plus intenses qu’ils revivent le mieux leurs malheurs.

Des Pianolager… Je découvre cette terminologie, et je ne sais pas très bien si elle élève le piano au rang d’humain ou si elle abaisse les Juifs au rang d’objets.

Considérés par le régime comme des ennemis de l’intérieur, ils quittaient le pays non sans avoir considéré chaque objet, soupesé la part d’eux-mêmes qu’il contenait, le morceau de mémoire dont ils seraient amputés s’ils renonçaient à l’emporter.

Ici en bref

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Pour aller plus loin

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Questions pratiques

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Le fabuleux piano de Sonia Devillers

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Editions Robert Laffont  – X : @Robert_Laffont Instagram :@robert_laffontFacebook

Parution : 27 août 2026 – EAN :  9782221286807– Lecture en juin 2026

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