
Le thriller Que la mort nous frôle est-il un roman à intrigue où Michel Bussi transforme son lecteur en inspecteur à la recherche d’indices, dans une sorte de Cluedo littéraire dont le twist final viendrait époustoufler l’apprenti enquêteur ? Oui, mais peut-être pas qu’eux …
Les Amarcandes, ça sonne comme un domaine avec sa demeure bourgeoise du siècle dernier. En 1952, c’est un pensionnat mixte pour jeunes. Charles Muys, dit Charly, dix-sept ans, se raconte. Thérèse Gachet surnommée Terry, seize ans, son vrai prénom est Téréza. Fausto De Luca, douze ou treize ans, est d’origine turinoise, ne reçoit jamais de visite et est toujours accompagné de sa peluche. Charly le décrit comme « le plus intelligent ». Judith Najman qui répond au petit nom de Jude, quinze ans, est la grande, pas vraiment mignonne, mais toujours en colère, surtout contre le docteur Gruber, pédiatre qui dirige le pensionnat.
Et, puis, trois jeunes sont morts. Marieke est décédée il y a dix-huit mois ; Sergio est mort lui aussi ; aujourd’hui, c’est Claudine, morte, dit-on d’un arrêt cardiaque ! Pour terminer ce tableau, trois statues créées par le précédent propriétaire du domaine : Chronos, Kairos et Aiôn qui semblent différentes que sur une photo exposée dans une galerie et prise il y a juste un an.
Et dans la bâtisse exposés aux yeux de tous : cinq portraits des anciens propriétaires des lieux dont le Wilhem Gruger, représenté sur la peinture parait beaucoup plus âgé qu’actuellement. Voilà, le décor est planté pour cette nouvelle intrigue avec une jeune psychiatre Jeanne, nouvellement engagée et très douée.
Un thriller pour réfléchir
Dans Que la mort nous frôle, Michel Bussi endosse plusieurs identités : le narrateur, Charly et un mystérieux personnage qui survole toute la narration. Avec des articles de journaux, l’écrivain géographe traite de sujets importants
Depuis que j’ai lu son précédent roman, l’excellent Les Ombres du monde, je pense sincèrement que Michel Bussi utilise son talent de magicien des mots pour mettre en lumière des sujets essentiels. Et quoi de plus facile que de broder un thriller pour informer, alerter et dénoncer, en réalité faire de la pédagogie populaire !
Michel Bussi relie cette page sombre de l’histoire suisse à une réflexion plus large sur les politiques eugénistes qui ont marqué une partie du XXᵉ siècle. En 2009, une exposition, à Berne, donnait enfin la parole aux enfants déplacés. Ceux-ci étaient confiés à des familles pour servir de main-d’œuvre bon marché, des années 1800 aux années 1960, dans les fermes du pays.
Un thriller pour apprendre
L’autre sujet de Que la mort nous frôle est « le blanchiment de l’or nazi pratiqué par les banques suisses« . Vaste sujet qui reste toujours dans l’ombre de la mémoire suisse. Ainsi, des comptes bancaires ayant appartenu à des nazis et affiliés ont été découverts vers 2025 par le Crédit Suisse. On parle quand même de 345 tonnes d’or en échange de francs suisses, devise acceptée dans le monde entier. Actuellement, les historiens demandent à pouvoir accéder aux archives pour clarifier les faits.
Que la mort nous frôle est aussi l’occasion de rendre un bel hommage à Charlie Chaplin dont la Suisse fut sa terre d’accueil après son expulsion par le maccarthysme des États-Unis.
Le dernier sujet est celui, oh combien actuel de l’euthanasie, pour abréger les souffrances, avec à la toute fin, une déclaration d’un de ses personnages qui ressemble étrangement à un souhait déguisé de l’écrivain : « Vous qui me devez la vie, je vous lègue le droit de me l’ôter« .
« L’enfance c’est le seul refuge où on peut se cacher », cette citation de Fausto est importante. Cette phrase de Fausto est peut-être une clé de lecture du dénouement. Derrière l’enquête, Michel Bussi interroge aussi ce que l’enfance conserve de blessures, de secrets et de refuges.
En quelques mots
Dans un pensionnat suisse des années 1950 marqué par plusieurs morts mystérieuses, Michel Bussi construit un thriller captivant qui mêle secrets d’enfance, pages sombres de l’histoire suisse et réflexion éthique. Une intrigue efficace portée par un véritable travail de mémoire.
Puis quelques extraits

Tous habitaient dans les environs, dans ces vastes propriétés surplombant le lac Léman, closes par d’épais murs ou de hautes haies.
Des havres de tranquillité, dans lesquels nul n’avait le droit d’entrer.
Abritant des familles heureuses dans un pays de prospérité et de paix.
Comme si quelques années après la guerre, il y avait trop d’enfants et pas assez de parents. Comme si la Suisse ne savait plus que faire de tous ces jeunes réfugiés. Comme si après les millions de morts de 1939 à 1945, un gosse de plus ou de moins, surtout s’il était malade, ce n’était pas si grave.
Contrairement à la France, l’Allemagne, ou presque tous les pays du monde, chez nous, c’est toujours la démocratie qui gagne à la fin. Il faut seulement que tu aies conscience que notre emblème national n’est pas l’aigle ou le coq, c’est la marmotte.
Et, encore
Nous connaissons aujourd’hui le poids de l’or nazi, le poids de l’or des Alliés, mais connaitrons-nous un jour le poids de l’or des migrants, des civils, des Juifs et des réfugiés, le poids de l’or que les milliers de particuliers ont échangé contre l’espoir d’être protégés par le seul havre européen de paix et de neutralité ?
Si je résume, on rêve tous d’Aiôn, qui représente l’immortalité, l’éternelle jeunesse, mais on est tous hélas soumis au vilain Chronos qui nous fait comprendre, à l’inverse, que chaque heure de notre vie est comme un grain qui coule dans son sablier. Reste alors à se réfugier dans les bras de Kairos, et vivre le présent en savourant les souvenirs ou l’attente du meilleur à venir. Le truc fou, ce serait évidemment d’associer les trois temps. Le dépenser sous le contrôle de Chronos, pouvoir l’arrêter à sa guise grâce à Kairos, et le faire recommencer grâce à Aiôn. Des tas de savants, depuis l’origine du monde, ont travaillé sur la réunion de ces trois temps, mais à ma connaissance, tous ont fini vieux, ridés, puis morts et enterrés !
Ici en bref




Du côté des blogs : Sin City
Pour aller plus loin

Rien ne t’efface– Au soleil redouté – J’ai dû rêver trop fort – On la trouvait plutôt jolie – Sang famille- Les Assassins de l’aube
Questions pratiques

Que la mort nous frôle de Michel Bussi
X : @michelbussi / Instagram : @michel_bussi – Facebook
Éditeur : Les Presses de la Cité – X : @PressesdelaCite / Instagram : @pressesdelacite – Facebook
Parution : 16 avril 2026 – EAN :9782258214460 – Lecture en juin 2026
