
Amateurs d’action et de mouvements, passez votre chemin, L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen n’est absolument pas fait pour vous. Drame psychologique, il analyse les rapports entre un père qui s’est enfui de la vie de sa fille, depuis treize ans, et qui tente de la reconquérir en lui offrant son rêve, le rôle principal, dans son prochain film. Il veut le réaliser en Espagne, montrant ainsi son retour dans son pays natal, après une carrière et une nouvelle famille aux États-Unis.
Une scène inaugurale qu’il faudrait détailler image par image pour décrypter le jeu des acteurs. Esteban Martinez (Javier Bardem) expliquera plus tard que l’acteur doit se dépouiller de tous ces visages sociaux pour atteindre la personnalité du rôle à jouer. Alors dans cette première scène, la caméra, en gros plans, absorbe le visage du père comme celui de la fille Emilia (Victoria Luengo) pour filmer des banalités du genre « Ça va », « Oui ça va bien », etc. tentant de cacher l’impossibilité d’en dire plus, sans que tout déborde. Pourtant leurs visages dévorent l’écran montrant ce que les mots n’arrivent pas à dire : la colère de la fille qui essaye de la dissoudre dans l’alcool, la sincérité du père qui ne peut pas s’excuser de l’avoir abandonnée.
Une intensité qui place le spectateur au cœur d’un malaise qui ne cessera de grandir, tout au long du film jusqu’à la scène finale, où leur sincérité apparaît à l’écran et, bien sûr, nous plonge dans l’émotion d’un père acceptant, enfin, d’assumer ses responsabilités.
Deux jeux d’acteurs extraordinaires. On savait le talent de Javier Bardem, on découvre l’intensité du jeu de Victoria Luengo. Tout dans ce film raconte une masculinité qu’on aimerait révolu. Celle qui n’a rien à justifier, à expliquer, qui doit agir pour s’assurer soi-même de sa valeur.
L’Être aimé illustre la puissance d’un père offrant le rêve pour se faire pardonner de sa désertion et reconquérir l’amour de sa fille. Seulement, celle-ci ne cesse de se battre pour qu’enfin il prenne ses responsabilités. Ce film a une intensité rare. Il est difficile à regarder tant l’intensité monte tout au long du film. Le malaise ne m’a pas quittée.
Rodrigo Sorogoyen raconte la fabrication d’un film à l’opposé de sa direction d’acteurs, si on en croit ses acteurs. Tous soulignent son amour de ses acteurs et son extrême sollicitude à leurs égards. Alors, le rôle d’Esteban est à l’inverse de sa conception. Cette puissante emprise, autant sur ses acteurs que sur sa fille, Javier Bardem l’incarne avec brio dans une scène terriblement dérangeante d’une tension extrême. Et, par sa mise en scène, Rodrigo Sorogoyen dénonce l’abus de pouvoir de certains réalisateurs, tous puissants. Ici, l’équipe technique démissionne, montrant au réalisateur, et donc à nous spectateurs, que dans le cinéma des limites ne doivent plus être dépassées. Bref, un film psychologique à voir !
En quelques mots
Dans L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen explore la relation complexe entre une fille abandonnée et son père, réalisateur célèbre revenu en Espagne. Porté par Javier Bardem et Victoria Luengo, ce drame psychologique intense dissèque les mécanismes de l’emprise, de la culpabilité et de la responsabilité avec une rare puissance émotionnelle.
Du côté des critiques : Télérama
Du côté des blogs : Le Tour d’Écran
Questions pratiques

L’Être aimé
Réalisateur : Rodrigo Sorogoyen
Présenté au Festival de Cannes 2026
Acteurs : Javier Bardem – Victoria Luengo – Raúl Arévalo – Marina Foïs
Distribution : Le Pacte (France) – X : @Le_Pacte – Instagram: @le_pacte_officiel -BluSky : @lepacte bsky.social
Pays : Espagne – Durée : 2 h 15

Je découvre cet intense drame psychologique grâce à toi. Il a l’air de déployer une sorte d’emprise sur le spectateur de par les thèmes et jeu des acteurs.
Oui, c’est tout à fait vrai. J’étais très mal à l’aise devant cette montée de l’emprise sur sa fille qui le connaît très bien, avec l’expérience de sa mère et son propre vécu. Un film intense !
Je n’apprécie pas les romans qui parlent de l’écriture, alors un film sur un réalisateur, bof.
Alors, tu as raison, mieux vaut passer !
belle critique mais je n’irais pas le voir. trop dérangeant pour moi mais Javier Bardem est un acteur exceptionnel.
Oui, exceptionnel et l’actrice qui lui fait face à aussi un grand talent. On devrait la revoir au ciné souvent !
Ce film doit être très touchant. Bonne journée
Oui, ce fut pour moi, un grand moment de cinéma ! Excellent week-end à venir 🍒
Ce que tu dis du postulat de départ me rappelle Valeur sentimentale de Joachim Trier. Et pour le reste, pourquoi pas !
Oui, tu as raison. le lien a été fait par de nombreuses chroniques. Alors, j’attends ton retour 😉
Bonjour Matatoune, Prince Écran Noir aussi avait fait une excellente chronique sur ce film. Pas sûre d’avoir le temps de le voir, mais peut-être à la télévision. Merci, bonne journée à toi
oui, j’ai mis le lien vers sa chronique ! C’est un film avec une intensité rare ! À voir, grand écran ou tv ! Belle continuation !