Guillaume Durand – Déjeunons …

… sur l’herbe

Prix Renaudot Essais 2022

TOP 10 des BEAUX LIVRES 2022

vagabondageautourdesoi.com - Guillaume Durand Guillaume Durand confie son admiration pour Edouart Manet à travers ce beau livre Déjeunons sur l’herbe inspiré du nom du tableau réalisé en 1863 qui est aussi le préféré du journaliste.

Guillaume Durand révèle avoir voulu être “Le Bernard Pivot de l’Art”. Il tente d’expliquer pourquoi l’histoire de l’art mais aussi ses modernités restent connues d’un public restreint, un entre-soi que même l’Éducation nationale, rappelle-t-il, entretient.

Brins de présentation

Alors, Déjeunons sur l’herbe présente en vingt-neuf petits chapitres, superbement illustrés, l’œuvre de Manet, mis en perspective avec les œuvres des artistes de la seconde moitié du XXe siècle et du XIXe qui lui ont rendu hommage d’une manière ou d’une autre.

Mais, Guillaume Durand rend aussi hommage à un père aimé, choyé, grand amateur d’art et à sa mère qui a su, depuis tout jeune, lui expliquer l’Art qui est devenu au fil des années son trou noir, son havre de sérénité. Il balaye sa vie de journaliste en racontant ses rencontres, bien évidement diverses, avec les faiseurs d’opinion mais aussi avec les artistes qu’il a tellement aimés et qu’il aime encore.

A chaque fois que nécessaire, Guillaume Durant raconte comment ce territoire que représente l’Art a été un continent de joie et de dépassement qu’il a revisité, jamais déçu.

Le lecteur croise entre autres les œuvres d’un Bertrand Lavier, celles de Claire Tabouret et Nikki de Saint-Phalle. Mais aussi la présentation de Anne Rose Suzanne Louviot devenue  l’inspiratrice du Nana de Zola mais aussi transformée en Melle Mery Laurent, le modèle de Berthe Morizot, et la dernière muse d’Edouard.

Celle de Jeff Koons reliée à Manet mais aussi aux impressions du journaliste, ex-prof d’histoire, est exemplaire de lucidité, de respect, d’analyses et d’intelligence, relevant des aspects de sa personnalité et de sa curiosité peu connues.

Pour conclure,

Cet ouvrage d’une simplicité désarmante, d’un abord tellement aisé permet de brosser l’influence de ce dandy séducteur qu’était Edouard Manet à partir du décryptage de ses œuvres ainsi que ce qu’il a apporté à l’art contemporain. Un beau livre à offrir !

Puis quelques extraits

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“Ed” son premier surnom, sa première signature, ne supportait pas de travailler en observant des modèles nus et huilés comme des culturistes, dont les muscles étaient mis en relief par une source de lumière qui provenait du haut de l’atelier.

Le masque de toutes les révoltes est politique : mais c’est un paravent fragile pour notre obsession vitale depuis Lascaux : laisser une trace, peindre les murs et oublier dès la naissance le cercueil ou le bûcher qui nous est promis, en fonction des croyances et des cieux puisque nous ne sommes pas Dieu.

S’il fallait compter les amants de Francis Bacon, de Léonard de Vinci et chasser comme Sherlock Holmes tous les moments où Paul Eluard a “offert” sa femme, Nusch à Pablo Picasso , nous entrerions dans un monde sans fin.

Pour toutes ces heures, ces semaines, ces mois, ces années où ils se sont parlés que des yeux…

S’il fallait compter les amants de Francis Bacon, de Léonard de Vinci et chasser comme Sherlock Holmes tous les moments où Paul Eluard a “offert” sa femme, Nusch à Pablo Picasso , nous entrerions dans un monde sans fin.

…) mais je ne saurai définir pourquoi le petit écran assèche alors que la radio irrigue la vie.

Manet, hitchcockien avant l’heure ?

Et encore,

En matière de peinture plus que dans tout autre forme de représentation artistique, la liberté fait chier les conformistes qui confondent le réel et le réalisme, cette forme de rêverie glacée, muette, les indispose.

Négliger la perspective, oublier le dessin, peindre vite sans obsession des reliefs, l’art moderne nait dans ce sous-bois. On montre mais on ment.

Deux génies presque homonymes . Les différences fondamentales : Claude Monet, qui fécondera, via les Nymphéas, la peinture abstraite américaine, est un artiste du bonheur. Pas de l’énigme. Tout est beau et simple.

Mais une autre catégorie de l’humanité ressent le besoin de sortir de sa condition initiale pour accéder à ce rêve du célèbre Douanier. Un homme qui n’a jamais voyagé, un peintre venu de nulle part, qui a tout compris en sachant peu de choses. J’ai la faiblesse de croire que nous sommes de plus en plus nombreux à ressentir ce besoin.

J’aurais voulu être bouddhiste et tout brûler pour éviter de croire à cette ineptie de la résurrection des corps remise au goût du jour par les transhumanistes californiens.

Mais le goût de l’art est la seule arme que la vie m’ait donnée pour tenter d’en comprendre le sens.

On ne peut pas faire le métier que je pratique depuis quarante ans sans aimer les gens qui vous regardent, vous écoutent ou vous lisent. Je ne suis pas un tricheur et Dieu sait qu’il en circule dans cet univers.

Or, toute la génération de Manet s’est construite pour échapper à l’envahissement de la photo au milieu du XIX siècle.

L’aimable désinvolte que j’étais devint un regardeur frénétique et minutieux.

Et encore, encore

Finalement, ce génial pharaon de la paillette, alors que j’entame cette balade de schizophrène, me touche moins que les célèbres travaux de David anglo-normand.

La France, qui a presque tout inventé au XIXe siècle et au début du XXe siècle, en peinture, adore les disparus et déteste ceux qui respirent.

J’écris ce livre comme un testament à la hauteur de ma culpabilité. Ma carrière s’est déroulée dans l’audiovisuel mais je n’ai jamais réussi à être le Bernard Pivot de l’art, ce passeur, tellement utile puisque l’Éducation nationale ne fait pratiquement rien.

La foule curieuse sépare peu à peu des prophètes anti-modernes.

Lire la Condition humaine est un pensum. Voir Guernica, une claque. Plus ou moins confusément, André savait qu’il ne faisait pas le poids par rapport à Pablo. Il lui a fermé la porte de ses musées sous un prétexte bidon alors qu’ils se connaissaient très bien.J

Pourquoi ces imposantes Nanas colorées sont-elles légères ? Parce que Niki de Saint Phalle est sortie de la vallée incestueuse de son enfance pour devenir un lys entêtant, joyeux, qui n’hésite pas à tirer l’art vers la révolte.

C’était du Girl power avant l’arrivée de Madonna ou une fantastique carrière d’influenceuse plus de 100 ans avant que l’on invente Instagram.

Le dollar warholien est le Philippe IV d’Espagne de Vélasquez : un portrait du pouvoir.

Et, encore, encore, encore

Pour moi , Édouard Manet est le dernier maître classique et le premier moderniste . Il joue avec toutes les possibilités. Le monnaie, le soleil et le soleil et l’eau et l’eau. Chez Manet, il y a plusieurs couches de sens, ce n’est plus ni politique ni religieux, c’est libre. Comme Goya, comme tous les grands peintres, il ne dessinait pas avant de peindre.

Mais quand il peint, la prémonition l’envahit. S’il regrette que les sœurs Morisot ne soient pas des hommes, le regard de Berthe au balcon est celui de la fureur.
Quant à la Victorine – Olympia, avec sa fleur, sa nudité, ses mules et son ruban, elle incarne une luxure tarifée et totalement indifférente à celui qui s’avance et qui veut la posséder.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Premier extrait
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Second extrait
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Puis dernier extrait

Du côté des critiques

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Questions pratiques

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Guillaume Durand – Déjeunons sur l’herbe

Éditeur : Éditions Bouquins

Twitter : @EdBouquins Instagram :  @editions_bouquins

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Parution : 3 mars 2022

EAN : 9782382920664

Lecture : Décembre 2022

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9 commentaires

  1. Merci pour ta présentation bien que ce ne soit pas le genre qui m’attire. Bisous doux Noël à toi et tes proches

  2. merci de cette idée car j’aime Manet et Guillaume Durand dont la culture est immense

  3. Je pense que ce livre me plairait car j’aime l’histoire de l’art. Et puis “le déjeuner sur L’herbe” est l’un des tableaux qui a le plus influencé l’art moderne… Merci de cette chronique intéressante et bonne journée !

  4. Je connais très peu ce peintre. C’est vrai que la connaissance de l art est très peu enseignée en dehors des filières spécialisées. Bonne soirée

    • Oui, et c’est ainsi une façon d’en parler simplement et en faisant des liens avec d’autres artistes ! Bonne soirée

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