Franck Thilliez – Labyrinthes

vagabondageautourdesoi.com - Franck Thilliez Désolée Franck Thilliez, j’ai un peu deviné où vous vouliez en venir avec les quatre femmes de votre nouvelle aventure, vous le Maître de la manipulation et de l’emprise avec votre obsession des éléments de la mémoire. C’était sûr qu’il y aurait un festival avec ce polar au titre évocateur de Labyrinthes, et en plus au pluriel ! De plus, j’ai été bousculée sur les limites de la violence dans l’art et sur la position de lecteur, voyeur institutionnalisé des méandres de votre cerveau alambiqué pour comprendre la noirceur humaine !

Quelques mots de l’histoire

Quatre femmes donc : Lysine, la journaliste, enquête sur une vidéo particulièrement dérangeante qu’on a laissé sur son chemin. Julie, pas encore dix-huit ans, est séquestrée par un écrivain Traskman Caleb qui la définit comme sa muse. Véra Clétorme, ancienne psychiatre hypersensible aux ondes, s’est réfugiée dans un chalet au fin fond des bois et fuit toute sociabilité. Et Sophie est une écrivaine ou peut-être juste une affabulatrice,

Mais Labyrinthes s’ouvre sur une scène de crime, où à côté du cadavre se trouve une femme ensanglantée. La policière chargée de l’affaire essaye de comprendre ce qui s’est passé. Un psy qui connaît la suspecte va lui expliquer ce qu’il sait….

Franck Thilliez alterne le récit de ces femmes et emprisonne son lecteur dans ses labyrinthes où le point commun reste à découvrir.

Alors

L’intrigue et le suspens sont, encore ici, parfaitement maîtrisés, Mais, quelque fois, difficilement supportable ! Notamment le récit de la séquestration de Julie. Ses essais et ses tâtonnement pour essayer d’échapper à son tortionnaire, y sont longuement détaillés rendant, pour moi, la lecture quelquefois éprouvante.

Le polar Labyrinthes dénonce la manipulation d’un artiste transformant sa muse en objet de création. Franck Thilliez explore cette emprise au nom de la création et de l’art. Pour l’esprit malade, les violences psychologiques et les violences physiques se justifient pour connaître succès et reconnaissance ! Évidemment, la relation est ici décrite à son paroxysme.  Néanmoins, on ne peut nier qu’elle existe et a existé avec des artistes dont on vante encore le génie.

Les violences sexuelles tiennent aussi une place centrale dans ce polar. La noirceur du monde selon Franck Thilliez y est exposée, déviante et à son paroxysme envers les femmes. Elles subissent, s’abiment dans les désirs d’autres et sont détruites par leurs sadismes.

Les images sont crues ici. Elles portent une violence que le récit maîtrise. Dans cette recherche que mène l’écrivain dans les méandres noirs de l’âme humaine, son polar Labyrinthes devrait tenir une place de choix.

Ses interrogations sur la mémoire sont aussi au cœur de l’intrigue. Utilisant les dernières recherches des neurosciences, Franck Thilliez donne vie à des concepts difficiles qu’il illustre à travers ses personnages.

En conclusion,

Dans Labyrinthes, aucun flic ne rétablit la justice en enfermant les coupables. Pas de rédemption non plus. Juste des vérités brutes et dérangeantes qu’il faudra bien digérer pour les neutraliser dans notre cerveau afin qu’ils ne deviennent pas nos souvenirs légèrement estompés.

En conclusion, et malgré mes difficultés à supporter la description des violences psychologiques et physiques, Franck Thilliez réussit ici un polar où l’emprise, la domination et le sadisme sont explorés avec réussite.

Pour aller plus loin 

Sharko – Franck Tuilliez

Franck Thilliez – 1991

Puis quelques extraits

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Julie était face à un prédateur de la pire espèce. (…) Il s’enroulait doucement autour de vous, avec ses belles paroles, ses gestes, ses promesses, puis il s’amusait, avant de serrer Trescendo, jusqu’à ce que vous étouffiez. Il vous détruisait, vous anéantissait. Ce type était le diable incarné, aussi pervers dans la vraie vie que dans ses romans.

Des spécialistes expliquaient que chaque individu avait des événements profondément transformés, voire inventés, ancrés dans sa mémoire. Le cerveau étant malléable, il se réorganisait en permanence, et un souvenir n’était pas une photo précise, comme on l’avait longtemps pensé ; chaque fois qu’il remontait à la surface, il se reconstruisait avec des nouveaux éléments, mutait, et été réenregistré ainsi. En définitive, plus on se remémorait un instant, plus celui-ci s’éloignait de la réalité du passé.

Ces histoires qu’elle se racontait, cette nourriture intellectuelle l’emportait loin d’ici, elles lui rappelaient que le monde existait, à l’extérieur, et que, un jour, elle retrouverai sa place.

Que, souvent, elle s’était demandé à quoi ils ressemblaient, ces gens qui écrivaient des histoires aussi torturées. Menaient-ils une vie normale ? Avaient-ils eu des enfances perturbées pour accoucher de telles horreurs? Leurs œuvres n’étaient-elles que la manifestation de leurs pensées les plus sombres? Maintenant, elle savait. Elle connaissait leurs démons, et ils étaient terribles.

Mais la misère se fichait de la politique.

Et encore,

Tu nous prends pour des monstres, hein ? Tu n’es pas la seule. On nous juge, on nous hait parce-que nos oeuvres sont brulantes, immorales. Mais qui lit mes livres ? Qui entre dans les musées pour s’extasier devant des peintures de violence pure? Qui s’entasse dans les salles de cinéma pour se complaire, deux heures durant à regarder des tueurs qui torturent des victimes ? Qui se délecte de l’abject et fait semblant d’être extérieur à tout ça.

L’art était-il un univers à part où la liberté d’expression pouvait tout permettre tout représenter ? Censurer la création revenait-il à porter atteinte à la démocratie et aux libertés individuelles.

La forêt était leur espace de liberté.
Et la plus effroyable des prisons.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Un extrait
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Puis un second extrait

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Puis le dernier

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Franck Thilliez – Labyrinthes

Éditeur : Fleuve éditions

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Parution : 5 mai 2022

EAN : 9782265155558

Lecture : Juillet 2022

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14 commentaires

    • Ce n’était pas le bon moment pour moi. Il y avait un peu trop de violence surtout en ce moment, où celle-ci est de plus en plus présente dans nos univers. Le thriller ne rassure plus trop car notre monde est quand-même psychologiquement très rude.

    • Non, peut-être est-ce moi qui a eu plus de mal à supporter 🙂 Bon début de semaine !

    • Oui, j’ai eu du mal cette fois-ci à supporter cette violence, pourtant c’est la marque de fabrique de Franck Thilliez…Ce n’était peut-être pas trop le bon moment. Bon début de semaine !,

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