Jeanne Benameur -La patience des traces

Rentrée littéraire hiver 2022

vagabondageautourdesoi.com - Jeanne Benamer Lors de cette rentrée littéraire hiver 2022, Jeanne Benameur n’hésite pas à proposer à ses lecteurs, souvent passionnés, deux livres, un de poésie et un autre, La patience des traces, un roman d’apprentissage autour d’un voyage initiatique.

Quelques mots de l’histoire

Simon Lhumain est un psychiatre, devenu psychanalyste par goût depuis un certain nombre d’année. Un matin, sa tasse de café lui échappe des mains et se fend sur le carrelage. Du coup, l’envie soudaine lui vint de cesser son travail. Les paroles, ça le connait, surtout celles des autres. Car, les siennes restent calfeutrées. En plus, depuis quelques jours, la fin d’une thérapie avec une patiente vient le hanter pour lui rappeler son échec.

Quitter devient vite une obsession ! Son ami Hervé organise son voyage et choisit Kyoto au Japon comme destination. Mais avant, il y aura les îles Yaeyama, une terre encore peu connue, idéale pour nager et marcher jusqu’à l’épuisement et découvrir une culture ancestrale.

Quelque fois un souvenir perturbe ses pensées, comme un scotch revient sous une chaussure, sans y prendre garde !  Simon s’est bien gardé d’aller jusque ce souvenir dans sa propre analyse. Mais, cette scène de son enfance avec Louise revient, encore et encore, surtout depuis l’épisode de la tasse. C’est Mathieu qui l’avait offerte à sa mère pour son anniversaire.

Simon qui ne voyage jamais va accomplir celui-ci dans ces îles perdues. Il abandonne une nouvelle relation avec une consœur, Mathilde Mérelle, installée depuis peu dans sa ville. Il abandonne ses clients et leurs dossiers nombreux, seuls témoignages de son travail appliqué.

A travers la découverte de son lieu de retrait et grâce à la discrétion respectueuse et attentive de ses hôtes, il s’accorde le temps nécessaire pour redécouvrir son désir, celui d’avant les mots. Celui qu’il a enfoui profondément en lui. Car, après cette vie consacrée à l’écoute active des autres, Simon sent confusément qu’il est temps de regarder une partie de sa vérité et d’y faire face.

Un roman réussi, vraiment !

Avec son héros à nos côtés, Jeanne Banameur s’attarde autour de la collection de tissus ancestraux de Mme Itô Akido, son hôtesse ainsi que sur le travail de son mari, Dalsuke, céramiste spécialiste de l’art du Kintsugi. On se ressource sur les plages immenses à la mer translucide couleur turquoise avec sa mangrove aux arbres géants protecteurs et ces eaux chaudes d’une cascade en pleine jungle. Mais aussi, on découvre sur une une île toute proche une technique ancestrale de teintures de tissus aux plantes et notamment aux fibres de bananier.

Jeanne Benameur entraine son lecteur vers une introspection volontaire où les objets donnent sens, la parole, un précieux repère, et les silences, des soutiens. C’est une ode à la recherche de soi, seul et accompagné. Les mots y sont célébrés par la poésie de l’écrivaine. Ils sont posés avec justesse sur des maux décortiqués si justement.

Jeanne Benameur affirme par ce roman, encore très réussi, la nécessité de regarder en face sa vérité, celle qui fait souffrir, pas au point de devoir s’épancher dans un cabinet à heures régulières, mais celle qui laisse comme les cailloux du petit Poucet des images qui reviennent, encore et encore, jusqu’au moment où on accepte de les regarder en face. Elle soutient aussi que cet effort de méditation sur soi ne détruit pas mais, au contraire, éclaire le chemin qui reste à faire.

En conclusion,

Jeanne Benameur promène dans ses livres et encore plus dans La patience des traces son amour de la liberté et son humanisme. L’écrivaine offre à son lecteur une histoire pleine d’espoir où il n’est jamais trop tard pour accomplir son désir personnel et singulier et l’assumer, rechercher la joie de l’échange et accepter l’apaisement que procure la contemplation méditative de la nature. Une bien belle façon de commencer l’année : Un vrai coup de cœur !

Puis quelques extraits

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Une phrase lancée en l’air, pas entendu une vraiment. Remisée dans ces limbes étranges où flottent les paroles gelées.Un jour, on ne sait pas pourquoi, elles reprennent vie. De toute leur force. Elles atteignent notre attention profonde, celle qu’on ignore la plupart du temps, et c’est le bon moment. Ce ne sont pas nos mains qui les ont réchauffés, comme le fond les marins de Rabelais, c’est le temps, la friction avec d’autres mots, d’autres phrases entendues, ou lues, enveloppées du silence des livres. Les mots alors adviennent avec toute leur puissance. Il fallait juste attendre d’avoir la force de les entendre.

Toute sa vie passée à écouter les autres. Il n’écoute plus personne. Il y a là une paix profonde et une tristesse. Aussi profonde l’une que l’autre, il vient de déposer l’habit. Pas défroqué non, parce que sur la route il n’y a ni Dieu ni voeu éternel. Il s’éloigne simplement et il se sent de plus en plus nu. Parfois une question le saisit. Écouter et parler n’est-ce pas ce qui rend humain chaque être ! Est-ce qu’il n’est pas en train de trop s’éloigner.

Et, encore

Il retrouve l’état d’avant l’alphabet. C’est ce qu’il a toujours cherché. Y compris en menant ces curés qui ont occupé toute sa vie. Retrouver l’état sauvage qui ont occupé toute sa vie. Retrouver l’état sauvage d’avant l’alphabet. Ce moment où la pensée sait, d’un savoir archaïque, qu’elle est du corps. Avant tout du corps. Il est entrain d’en faire l’expérience . Et il en éprouve par son propre corps ce que c’est. Un état précieux. Celui d’avant toute chose désirée. La matrice de tous désirs , elle est là.

Dans les rêves les morts et les vivants n’ont pas d’âge.

Maintenant dans son carnet, il parle de lui et seulement de lui. Ce silence avec lui-même, creuse par les courtes phrases qui s’imposent, il le laisse prendre place.

Le silence permet de marcher dans sa tête sans crainte.

Et, encore, encore

Les tissus cousus.
La céramique cousue.
Et, lui, la bouche cousue ? Où le fil d’or ?
(…)
S’il comprenait ce que dit Daisuke, il saurait que tout se répare. On ne cherche pas à cacher la réparation. Au contraire, on le retrouve de laque d’or. On est heureux de redonner vie à ce qui est voué à l’anéantissement. On marque l’empreinte de la brisure. On l’a montré. C’est la nouvelle vie qui commence.

Le silence doit être bordée de paroles justes. Alors seulement il est habitable.

Admis que le cœur de l’homme est bien plus subtil de tous les mots et les étiquettes.

Son silence a -t-il était si fécond pour qu’ils s’appuient un temps. Le temps qu’il faut pour une vie de reprendre haleine. Reprendre souffle. Trouver sa vraie parole.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Un premier extrait
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Puis un second

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Jeanne Benameur – La patience des traces

#jeannebeanameur

Éditeur : Actes Sud

Twitter : @ActesSud  Instagram : @actessud

Parution : 5 janvier 2022

EAN : 9782330159856

Lecture : Janvier 2022

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28 commentaires

    • Si tu aimes cette écrivaine, alors il ne faut pas hésiter ! Bonne continuation 🙂

  1. impossible de résister à la plume de Jeanne Benameur!!! mais j’ai déjà un ancien dans ma PAL, il va falloir faire des choix en 2022 🙂

    • Difficile pour moi le concept de Pal ! Je fonctionne trop à l’envie … J’admire ! En tout cas, il m’a bcp plus celui-ci 🙂

      • je crois qu’on aime tellement les livres que le syndrome de la PAL qui déborde touche de plus en plus de lecteurs : Babelio, c’était déjà une mine de tentations, mais quand on rajoute NetGalley et les blogs….

        • J’ai eu des PAL énormes aussi. Mais, maintenant, si je n’ai pas lu un livre au bout de quelques mois (deux ou trois), je sais que je ne le lirai pas du tout. Alors, je m’en sépare …Du coup, j’ai quelques livres en attente, 5 ou 6 au plus ! Car sinon, je suis dans l’incapacité de faire un choix et complétement fatiguée devant l’attention qu’il va falloir que je fournisse pour en arriver à bout. Depuis que je fais cela, j’ai une relation plus apaisée avec mon plaisir de lire !

    • Elle est à découvrir avec celui-ci si le sujet intéresse ou un autre car son écriture poétique et humaniste est un condensé qui fait du bien !

  2. Quand je vois Jeanne Benameur sur la couverture d’une nouveauté, je prends, mais ici après t’avoir lue, je cours, prends et me jette dessus
    Merci pour ce bel article (et pour tous les autres)

    • Merci, c’est gentil ! J’espère qu’il te plaira …En attente de ton retour 🙂

    • Merci pour ce week-end qui fut très douillet vu le temps pluvieux, humide et froid chez nous ! Bonne soirée

  3. Sujet intéressant et j’espère le lire. J’avais aimé Les insurrections singulières et Laver les ombres de cette auteure mais je pense que le thème et l’écriture de celui-ci devraient encore plus me plaire 🙂

    • Celui est très réussi. De plus il est dédié à la psychanalyste de l’écrivaine. Une introspection que Jeanne Benameur connait bien 🙂

  4. J’ai lu un recueil poétique de cette écrivaine et aussi son roman « les demeurées » et j’avais été moyennement convaincue. Je veux bien croire que celui ci est mieux. Merci Matatoune de cette présentation !

    • Je l’ai découverte avec Profane sur les recommandations de ma nièce, libraire. Depuis, je lis tous ses romans. Et, jamais déçue ! mais, celui-ci est de loin mon préféré !

  5. Je n’en ai lu qu’un de cette auteure et je l’avais aimé moyennement. Celui-ci ne m’attire pas, les états d’âme d’un psy, très peu pour moi. Bonne soirée

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