Profanes – Jeanne Benameur

Profanes – Jeanne Benameur

Éditeur : Actes Sud

ISBN: 2330028547

Mai 2014

Grand prix R.T.L – Lire 2013

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Octave Lassale, 90 ans, décide de reconquérir sa vie après le traumatisme laissé par la mort de sa fille puis le départ de sa femme. Comme lorsqu’il encadrait une équipe de soignants, il recrute quatre personnes retenues pour leurs fêlures pressenties et accorde à chacun  des  missions différentes pour le soutenir dans sa renaissance ce qui, il en est persuadé, leur permettra aussi de cheminer et de retrouver joie à leurs vies.

Dire que je me suis fait tirer l’oreille lorsque ce livre m’a été proposé par ma belle-sœur, n’est certainement pas  usurpé, vu la moue que j’ai faite lorsque je l’ai eu  entre les mains la première fois!

De quoi avais – je peur ? Qu’on me parle de la vieillesse, de la solitude et de cette fin de vie où désir et envie ne tournent qu’autour du fait de savoir si la mort sera douce ! Ça , oui, je ne peux pas ! Mais ce livre a réussi à me happer. Car aujourd’hui encore,  je vis avec Octave, ses quatre amis dans cette maison qui ressemble à l’endroit où mes souvenirs sont ancrés.

Comme s’interroge Octave, comment faire du vivant avec du mort alors qu’il est tellement aisé de démontrer qu’on peut faire du mort avec du vivant. Comment enterrer nos mauvais souvenirs, ceux qui plombent le quotidien, pour revivre après un deuil ? La solution est, pour certains, de croire en une force mystique !

En refusant tout dogme, le profane se retrouve sans pare-feu devant l’absence et la séparation, sans moyen extérieur pour transcender sa douleur. Avec des phrases courtes et un style vivant, Jeanne Benameur affirme sa foi en la capacité de chacun à dépasser la douleur et la souffrance.

Mais, encore faut-il s’aider de passeurs… Le quartet d’aidants que notre héros embauche est là pour l’épauler : l’une représente l’apport de l’Art, l’autre la douceur pour calmer les désagréments de l’âge sur le corps et les plaisirs de la nature, la troisième allège l’environnement et redonne clarté à l’espace et la dernière apporte sa jeunesse lorsque l’attention de l’autre la révèle. Et, tous retrouvent leur désir donc leur liberté.

Comme une médication, Octave leur donne des mots sous forme de hïaku. Pour nous lecteurs, les mots sont notre « dope » ! Ils sont l’essence de notre spécificité et ont la faculté de nous transporter dans et hors de notre quotidien.

En athée que je suis, c’est eux qui m’aident encore et encore à trouver goût à beaucoup ! Sans ce langage, qu’il soit lien à l’autre ou lien à moi, je ne pourrais mettre à distance mes peurs, mes envies, mon ressenti, mon passé et par voie de conséquence ma présence au monde et mon devenir.

Avec son talent d’écrivaine, Jeanne Benameur est notre « Octave » : elle nous raconte une histoire d’apparence simple et ordinaire mais oblige à réfléchir, déplaçant avec talent notre position de  lecteur-voyeur pour que  chacun puisse réévaluer sa capacité à être !

Rare sont les moments de lecture où la fiction résonne avec autant d’intensité ! Une vraie ode à la vie, sans emphase, juste en racontant une histoire toute simple qui rappelle que seul (e) on peut peu …

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Quand on compte chaque pas, est-ce que cela rend le chemin plus précieux.

Lui, combien de fois s’est-il retourné ? Il n’a pas cessé. Il fait partie de ceux qui ont besoin de voir et de voir encore ce qui est derrière eux. Pour s’assurer d’une terre qui a bien porté leurs pas? Pour être sûr que personne, derrière, ne leur fait encore signe ?

Aujourd’hui il a besoin qu’on l’aide à tenir ce cap – là. Parce que la vie dans le corps n’est plus aussi fluide, parce que les artères ne battent plus au même rythme, parce que les articulations se grippent. Mais, ce n’est pas tout. C’est le désir, c’est l’élan qui s’amenuise et ça, il le sait trop, il faut combattre.

Ce n’est pas la mort qui m’intéresse, c’est la vie. Le sacré c’est ce qui relie les deux et j’ai eu beau chercher aussi bien dans la science que dans la religion, je ne trouve pas l’envers du lien. J’ai vu comment on pouvait faire du mort avec du vivant, ça oui, c’est facile, mais l’inverse, le lien dans l’autre sens, je ne l’ai jamais trouvé. Comment faire du vivant avec du mort ?

Ne partez pas tout de suite petite Béatrice, je vais vous donner quelque chose. Ce sont des mots. C’est un drôle de cadeau, juste des mots. Presque rien. Ça ne laisse aucune trace dans l’air, rien. Juste un peu de souffle. Comme la buée sur les vitres. Si vous avez un peu de temps encore, je voudrais vous offrir ces mots.

Il dit alors sa découverte de ces visages postés au bord de la mort, nus de tout désir d’être regardés par des vivants. Peints pour la tombe.

Est-ce que la vie n’est pas la seule louve à faire entrer dans le bergerie ?

Quel dieu peut entendre les battements d’un cœur que rien ne délivre.

Mais le sacré, le vif de la vie, il est bien au cœur même du profane et moi j’ai besoin d’y aller.

Il se rend compte qu’il a toujours aimé voir quelqu’un à l’étude, que c’est une vision reposante de l’humanité.

Le corps de Claire doit reverdir dans chaque arbre, dans chaque pousse de chaque printemps.

Quand je n’ai plus de refuge, je vais dans les mots. J’ai toujours trouvé un abri, là. Un abri creusé par d’autres que je ne connaîtrais jamais. C’est rassurant, de penser cela. C’est peut être la seule chose qui me rassure vraiment.

Aucune foi, aucun dogme, ne protégera. Vif nous sommes et morts nous serons. C’est tout. Et c’est assez.

Chez chacun d’eux, la lutte solitaire, pour la vie. Et aucune religion à laquelle se raccrocher. (…) Il pense  » la lutte sacrée ».

Quand je n’ai plus de refuge, je vais dans les mots. J’ai toujours trouvé un abri, là. Un abri creusé par d’autres que je ne connaîtrais jamais. C’est rassurant, de penser cela. C’est peut être la seule chose qui me rassure vraiment.

Aujourd’hui il a besoin qu’on l’aide à tenir ce cap – là. Parce que la vie dans le corps n’est plus aussi fluide, parce que les artères ne battent plus au même rythme, parce que les articulations se grippent. Mais, ce n’est pas tout. C’est le désir, c’est l’élan qui s’amenuise et ça, il le sait trop, il faut combattre.

Ne partez pas tout de suite petite Béatrice, je vais vous donner quelque chose. Ce sont des mots. C’est un drôle de cadeau, juste des mots. Presque rien. Ça ne laisse aucune trace dans l’air, rien. Juste un peu de souffle. Comme la buée sur les vitres. Si vous avez un peu de temps encore, je voudrais vous offrir ces mots.

Ce n’est pas la mort qui m’intéresse, c’est la vie. Le sacré c’est ce qui relie les deux et j’ai eu beau chercher aussi bien dans la science que dans la religion, je ne trouve pas l’envers du lien. J’ai vu comment on pouvait faire du mort avec du vivant, ça oui, c’est facile, mais l’inverse, le lien dans l’autre sens, je ne l’ai jamais trouvé. Comment faire du vivant avec du mort ?

Lui, combien de fois s’est-il retourné ? Il n’a pas cessé. Il fait partie de ceux qui ont besoin de voir et de voir encore ce qui est derrière eux. Pour s’assurer d’une terre qui a bien porté leurs pas? Pour s’assurer d’une terre qui a porté leurs pas? Pour être sûr que personne, derrière,ne leur fait encore signe ?

Et pour sauver, Béatrice le sait depuis toute petite, l’amour ne suffit pas.

 

 

 

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 Juillet 2018

 

 

19 commentaires

  1. Quelle critique forte et émouvante ! Forcément c’est une lecture qui me parle, les mots m’ont attirée, ils sont mon refuge aussi. Un livre est un bon médicament, une belle pirouette face aux vicissitudes de la vie. Merci pour ce partage, je notre ce titre dans ma liste à lire.

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  2. j’ai adoré ce roman. Je l’avais emprunté à la bibliothèque et le 2e jour j’ai vu que j’étais en train de le recopier pour garder des phrases en souvenir alors j’ai foncé l’acheter 🙂
    mon 1er contact avec Jeanne Benameur que j’aime toujours autant!

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