François-Henri Désérable -Mon Maître et mon vainqueur

Grand Prix du roman de l’Académie Française 2021

vagabondageautourdesoi.com François-Henry Deserable Pour le titre de son nouveau roman Mon Maître et mon vainqueur, François-Henri Désérable choisit un extrait d’un poème de Chanson pour elles par Verlaine pour décrire une passion amoureuse des temps modernes où la littérature y est complètement imbriquée.

Le narrateur est convoqué devant le juge d’instruction pour aider à comprendre Vasco, son ami, et éclairer ses intentions à partir d’un carnet manuscrit sorte de journal de sa passion amoureuse, composé de poèmes et de haïkus. Il a été retrouvé ainsi avec un révolver et ses mains comportant des résidus de poudre.

Tina, Vasco et Edgar ou alors Tina, Edgar et Vasco ! Pour le juge, Vasco c’est Vincent Ascot. Et, pour ce dernier, Tina est sa princesse andalouse ! Edgar, lui, il l’appelle La doudoune. Mais, Tina, elle, s’appelle, sur ses papiers d’identité, Albertine.

François-Henri Désérable chuchote à notre oreille le récit de ce drame amoureux à partir de l’interrogatoire et les détails que révèle ou non le narrateur au juge. Mis dans la confidence, le lecteur suit ce récit comme une véritable enquête policière surtout qu’il ne connaîtra qu’à la fin l’objet de l’inculpation.

Mais, la magie des mots, François-Henri Désérable la manie avec brio la passion amoureuse jusqu’à l’humour. L’émotion et la sensibilité souvent présentes s’écroule par un élément détonnant. Le rire fuse mais la langue reste amicale et même amoureuse pour ses deux amants que tout précipite dans le drame. Son narrateur devient défricheur de poèmes, raconteur de leur passion et délateur de leurs excès, mais juste pour nous.

Quelle promenade au pays du langage, juste beau sans emphase ! François-Henri Désérable chemine de la BNF jusqu’à l’amour fou de Verlaine pour Rimbaud en passant par Hugo, la Bible imprimée par Gutenberg, et tant d’autres.

Pour conclure

Il faudra découvrir pourquoi dans ce Cuedo littéraire le pistolet de Verlaine se retrouve au cœur d’un village du massif du Lubéron ? Pourquoi le cœur de Jean-Antoine Houdon dit Voltaire est dans un café parisien ? Et pourquoi le regard de Verlaine devant son absinthe éclaire si fortement les pages de ce récit ?

Outre que François-Henri Désérable décrit parfaitement le tourment amoureux lorsque celui-ci n’est plus partagé, avec Mon Maître et mon vainqueur c’est un voyage au cœur des mots qu’il convie son lecteur. A-do-ré !

Puis quelques extraits.

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– voilà ce qui d’emblée l’avait fasciné dans la fréquentation des manuscrits : ce contact direct et intime avec l’œuvre qui se forge , cette faculté qu’ils donnent à voir la pensée.

Je n’ai rien vu de Deux jours et demi à Stuttgart. Trente- huit balles, j’ai dit. Et soixante-dix balles d’ostéo. Pour le torticolis.

(…) car elle trouve dans la jouissance un exutoire et un répit , la disparition provisoire du fardeau quotidien qu’est le métier de vivre.

Tu vois ce champagne ? Ce champagne, m’avait dit Tina en montrant la coupe de Ruinard qu’elle avait devant elle, c’est l’Univers, et les petites bulles qui remontent, ce sont les planètes. Nous vivons sur une de ses bulles, et certains d’entre nous sur cette bulle voient le sommelier qui nous sert le champagne, ou croient l’avoir vu, ou espèrent le voir. Et puis elle avait ajouté : moi, le sommelier je ne l’ai jamais vu, je me fous bien de le voir et le champagne, je le bois.

(…) ils baisaient comme les campagnes de santé publique préconisent de boire, avec modération.

Et fais de moi ce que je veux.

Et encore

(…) quand le désir s’émousse dans un couple, il faudrait pouvoir sous traiter.

(…) Edgar avait grandi dans la religion catholique, il l’aurait pas supporté : dix-huit ans d’une éducation stricte adossée à deux mille ans d’une morale rigoriste et antihédoniste, voilà qui vous fait ériger l’infidélité comme le péché suprême.

Il y est arrivé en ambulance, par l’allée Paul-Verlaine. Il faut savoir qu’à Sainte- Anne, où l’on soignait des troubles psychiatriques en général, à commencer par la mélancolie, on avait donné le nom des plus mélancoliques de tous les poètes à l’allée principale- allée qui donnait sur la rue Vincent-Van-Goth, qui après tout n’a fait que se trancher l’oreille gauche avant de se tirer, plus tard, un coup de revolver dans la poitrine, et sur la rue Gérard-de-Nerval, le soleil noir de la Mélancolie, perdu à une grille. Mais attendez, ça n’est pas tout. Elle débouchait aussi sur un joli petit parc : le parc Charles Baudelaire. Parfaitement, l’auteur de Spleen. Ne manquez plus qu’une statue de en Cioran.

Planifiez votre vie, et la vie déjouera tous vos plans.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Un premier extrait
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Puis un autre
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Puis le dernier

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François-Henri Désérable – Mon Maître et mon vainqueur

  Twitter :  @fhdeserableactus      Instagram : @fhdeserable

 Éditions : Gallimard

Twitter : @Gallimard Instagram : @editions_gallimard

Parution : 19 août 2021

EAN : 9782072900945

Lecture : Novembre 2021

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24 commentaires

  1. il fait partie de ma liste rentrée littéraire, je vais attendre qu’il soit disponible à la BM car mon budget rentrée est au maximum 🙂

      • je viens encore d’en acheter 3 ou 4 dont le T1 de la saga des Cazalet depuis le temps que j’en entendais parler…
        et »S »adapter »que je voulais en version papier car coup de cœur 🙂

        • On attend le Goncourt des Lycéens demain. Certainement, ce sera celui que je n’ai pas encore lu…Le seul qui n’a pas eu de prix encore ! A suivre donc 🙂

    • En tout cas, je te souhaite un excellent moment de lecture. Serait ravie de lire ton avis !

  2. J’avais repéré ce livre à sa sortie et j’avoue que j’étais un peu tentée. Le contexte poétique pourrait bien me plaire. D’un autre côté je ne suis pas totalement enthousiaste devant les extraits.

  3. J’ai également lu ce livre avec beaucoup de plaisir, je l’ai trouvé érudit mais tout à fait abordable et jouissif.

    • Dommage ! J’ai bcp aimé, le ton, les thèmes, la manière d’emmener son lecteur … Bonne soirée

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