Grégoire Delacourt-L’enfant réparé

Rentrée littéraire 2021

vagabondageautourdesoi.com Grégoire Delacourt Grégoire Delacourt convie avec L’enfant réparé à un voyage littéraire au pays d’un traumatisme si important que l’esprit  en a effacé toute trace consciente. Il faudra une enquête pour écrire un roman pour que l’oubli se déchire petit à petit et révèle la souffrance. Il aura fallu presque toute une vie pour en reconnaître la réalité !

La soixantaine acquise, Grégoire Delacourt revient sur sa vie à l’occasion de la prochaine parution de Mon Père, publié en 2019 que je n’ai pas lu. Ce récit autobiographique présente le séisme produit lorsqu’un enfant est violenté par un prêtre. Lorsque un de ses lecteurs lui écrit qu’il faut avoir vécu une telle expérience pour la raconter aussi bien, quelque chose se révèle confus et trouble…

Au départ, rien dans ses souvenirs ne vient corroborer cette affirmation. Pourtant le malaise devient de plus en plus prégnant sans qu’il puisse en comprendre la cause. L’écran du souvenir va commencer à se fendiller. Il s’est souvent interrogé sur ce père si lointain, absent et dont il se souvient d’aucun geste de tendresse. Idem pour sa mère qu’il se rappelle fumant ses mentholés perdue dans le silence. D’ailleurs, ce couple l’a envoyé dès l’âge de cinq ans, en pension, en colos, en bref s’est débarrassé consciencieusement de lui ! Du moins, c’est ainsi qu’il l’a vécu et qu’il en a souffert tout au long de sa vie. Mais, l’écran du souvenir commence à affleurer !

En reprenant le fil de sa vie, Grégoire Delacourt remonte l’histoire de son enfance pas à pas, soutenu par sa psychologue. Il revisite ses différents écrits à la faveur de ses découvertes personnelles au fur et à mesure du travail thérapeutique qu’il a entrepris.

Au delà de l’aspect autobiographique de L’enfant réparé, Grégoire Delacourt parle avec pudeur de sa douleur qu’il a exprimé à mots couverts dans ses différents romans. Les mots n’ont pas réparé. Ils ont mis en lumière l’empêchement à vivre, à aimer et à chérir simplement ceux qu’on aime.

Mais, au fil de ses introspections, les mots nomment l’inconnu et lèvent le silence du souvenir. Grégoire Delacourt montre que lorsque la douleur est trop forte,’il faut continuer à grandir même en claudiquant. Alors, l’esprit se défend en effaçant la réalité trop brute et trop dure. Grégoire Delacourt raconte qu’on n’a pas trop d’une vie pour retrouver l’amour d’une mère.

Cet enfant de la couverture est espiègle et rieur. Il a l’insouciance de l’enfance. A la lecture de L’enfant réparé, c’est l’enfant violenté que l’on découvre, décrit avec pudeur et sensibilité. Petit à petit, il retrouve l’amour reçu tout au long de son enfance. Et, Grégoire Delacourt, homme vieillissant retrouvera la sérénité.

Il faut bien toute une vie pour faire la paix avec ses fantômes !

Un récit de vie particulièrement émouvant  !

A la fin du livre, cette citation d’Aragon :

Quelque chose dans moi comme un oiseau blessé .

Merci à @EditionsGrasset  de m’avoir permis de  le découvrir #EnfantRepare de #GrégoireDelcourt

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Pour aller plus loin

Un jour viendra couleur orange- Grégoire Delacourt

Puis quelques extraits

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Mon cœur n’est pas un témoin. Il est l’ennemi du mal qui m’a été fait.

Je voudrais retrouver mes mots d’enfant pour me retrouver, mais je ne connais pas celui que je fus;
Il a été tu.

C’est non, répond-il. Même portier, papa, Gardien de nuit. Homme de ménage. S’il te plaît, nous avons faim. Il hausse les sourcils. Se détourne. C’est une humiliation.

Il faut du temps pour faire corps avec sa douleur ; prendre un jour le risque de l’aimer afin de ne pas mourir.

Je découvris qu’il était un sexe hors l’amour, et que celui-ci était une vengeance.

Mon corps ne porte que les traces du temps comme ma douleur et ma colère. Elles s’y terrent depuis cet hiver 1965.

Je pensais à ma mère qui avait osé parler de ses pierres. Cherché à les moudre.

Elle prépara dans sa tête les valises pour partir. Trop lourdes pour une jeune femme seule avec trois petits, sans travail. Tout est incommode quand on est seul.

Et encore …

On ne peut pas se cacher de soi même.

Je sais que nommer ne guérit pas. Nommer permet juste de s’identifier. De faire encore partie des hommes.

Car écrire, c’est parler une langue posthume. C’est se souvenir de l’oubli et se traduire en verbe. Écrire c’est se jeter sans avoir vu le fond, écouter se briser ses mots comme des os; prendre le risque de mourir mais aussi celui de vivre.

Car la guerre rend également mabouls ceux qui ne la font pas et se taire ceux qui n’ont pas été zigouillés.

L’écriture une fois encore me devance. Ce père de fiction est le mien. Je le découvre devant soixante personnes et devant elles me mets à pleurer des larmes qui sont alors mon premier aveu à son sujet.

Elle m’avait préservé et je n’avais pas sauvé les miens.

Écrire est périlleux. C’est ouvrir des tombes.

Écrire c’était vivre et oublier- ce sont ceux qui n’écrivent pas qui se souviennent.

Mais il faut vivre encore pour ceux qui ne vont pas vivre. Il faut rire encore. Il faut tenir.

Les mots ne guérissent pas. N’effacent pas. Ils tracent juste d’autres vies.

Car les amoureuses, comme les mères, pressentent toujours la pluie.

Le pardon est une fiction.
Un leurre qui dépouille encore davantage les victimes.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Un extrait
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Puis un second
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Puis le dernier

Un fragment d’audio

Du côté des critiques

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Questions pratiques

Grégoire Delacourt – L’enfant réparé

Éditeur : Éditions Grasset

Twitter : @EditionsGrasset Instagram : @editionsgrasset

Site de l’écrivain

Parution : 29 septembre 2021

EAN : 9782246828846

Lecture : Septembre 2021

Littérature contemporaine

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Chroniques littéraires

15 commentaires

    • Oui, l’écrivain revient sur son dernier livre et refait le parcours de la levée de sa mémoire et de la conscience du traumatisme que son esprit avait occulté. Bonne soirée

    • J’ai bcp aimé.. Sa posture, sa pudeur, ce retour sur le passé en l’acceptant complétement, son courage … 🙂

    • Oui, j’ai bcp aimé sa sensibilité que l’on connait et sa pudeur à évoquer son traumatisme. Vraiment très bien !

  1. il me tente aussi, j’ai résisté car le seul livre de l’auteur que j’aie lu c’est « Un jour viendra couleur orange » et j’étais restée sur ma faim…
    Je vais tenter ma chance sur NetGalley mais vue la longueur de la liste….
    chaque fois que je lis une de tes chroniques l’embouteillage de ma PAL augmente d’un cran 🙂

  2. Il est aussi dans ma pal. Ta chronique me donne encore plus envie de le lire. C’est un sujet qui nous interpelle. Bonne journée

    • Ah, toujours et encore ! Et là le traumatisme a fermé la conscience comme quoi le corps humain est assez protecteur ! Bonne soirée

    • C’est un récit autobiographique avec le talent d’auteur que l’on lui connait !

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