Nathacha Appanah – Rien ne t’appartient

Rentrée littéraire 2021

 Prix des Libraires de Nancy et des journalistes du Point – 2021

vagabondageautourdesoi.com - Nathacha Appanah Nathacha Appanah montre dans son roman Rien ne t’appartient qu’on peut oublier jusqu’à son prénom et vivre sans recoller les tranches de sa vie. Mais, cela ne dure qu’un temps, pendant quinze ans dans ce roman. Après tout craque avec une violence difficile à canaliser, surtout si un événement important vient détruire le mensonge.

L’histoire

Tara se retrouve complétement déphasée après la mort de son mari, Emmanuel, plus âgé qu’elle. Son beau-fils doit venir la visiter alors qu’elle aimerait tellement rester auprès de ce garçon au corps dégingandé avec ses vêtements trop grands. Il faudrait qu’elle s’active, qu’elle range et qu’elle donne un coup de propre partout, mais le temps passe trop vite. Elle se noie dans ses pensées disparates. Le désordre a envahit cet espace qu’il y a peu était propre et plein de vie.

Nathacha Appanah commence par la fin, lorsque le présent est bouché, que l’univers s’écroule et que les forces quittent le corps, que la folie risque de s’installer ! Alors, pour la seconde partie, Natacha Appanah donne la parole à Vijaya. Elle est éduquée à l’occidental. Mais, les violences, les croyances ancestrales et le statut inférieur de la femme vont la transformer en « chien méchant » puis en « fille gâchée ».

Deux voies, deux prénoms,

Tara et Vijaya rendent compte de l’enfance, du deuil, de la mémoire et des conditions faites aux filles dans un pays corseté dans ses traditions d’un autre âge. Car, le père de Vijaya croyait à l’avenir de la liberté de conscience et de culte et le criait trop fort. Alors que sa mère, aux pouvoirs extraordinaires deux jours par mois, ne cessait de le mettre en garde ! Mais la danse Bharatanatyam qui habille de grelot ses chevilles ont fait croire à l’enfant que la séduction n’amène que regards et applaudissements.

Ainsi, le jeu de la femme tentatrice n’est pas la femme tout court ! Et au pays où on ne parle pas aux enfants, il n’est pas permis d’y poser des questions ni même d’y songer .

L’écriture de Nathacha Appanah est un voyage au pays de la désespérance où les mots décrivent avec poésie et sensibilité, mais sans pathos, la simplicité des situations et l’ardeur du ressenti. Pourtant l’horreur est présente mais tout est fait pour la rendre normale et presque habituelle. C’est effrayant, ce talent de mettre à distance le ressenti du lecteur pour le contenir afin de mieux le capter !

Relativement court et précis, Rien ne t’appartient décrit la liberté des femmes qui, pour survivre, savent se réinventer au risque de se perdre à jamais. Nathacha Appanah souffle encore pour ce nouveau roman de son style intense et pourtant si mesuré qu’on retrouve avec autant de plaisir.

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Puis quelques extraits

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Quand il part, je mets ma main en coquille sur ma peau, j’imagine retenir cette tendresse, encore un peu, juste un peu et pendant quelques instants bénis, il n’y a que cela qui m’importe.

Je voudrais lui dire que nous sommes, nous, les enfants d’une guerre sournoise qui a pris la suite de celle dont elle aime me parler avec des oh avec des ah, que celle-ci ne lève pas un pays entier mais vienne frapper dans les villages, près des rizières, au bord des forêts, au hasard sur la route, un coup ici, un coup là.

Les mots terribles passent de lit en lit, leurs pleurs forment une couverture qu’elles tirent sur elle et je reste en dehors mais c’est bien normal je suis leur Akka, j’ai frotté leur corps avec cette pâte granuleuse horrible, j’ai coupleur chevelure longue et bouclée, j’en ai pas le droit à la couverture.

J’ai vu combien elles pleuraient et je me demande chaque fois si j’ai versé autant de larmes pour cette chose qui a fait de moi, disent-il d’une fille gâchée.

C’est l’heure où je voudrais croire en Dieu, n’importe lequel, croire aux esprits et aux miracles.

Nous autres, filles gâchées, comprenons mieux que quiconque l’inutilité des paroles quand remontent le manque et le chagrin.

Le temps est caoutchouteux quand on a peur, il ressemble au tableau de Dali, il fond, il se déforme, il dégouline et on ne sait si c’est le jour ou la nuit, si ce sont des minutes qui s’écoulent ou des heures entières.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

vagabondageautourdesoi.com - Nathache Appanah
Premier extrait
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Puis, un autre extrait
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Enfin le dernier

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Nathacha Appanah – Rien ne t’appartient

Éditeur : Gallimard

Twitter : @Gallimard  Instagram : @editions_gallimard

Instagram : @nathachaappanah

Parution : 19 août 2021

EAN : 9782072952227

Lecture : Septembre 2021

Littérature contemporaine

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Chroniques littéraires

19 commentaires

  1. il me tente et je redoute en même temps…
    j’ai bien aimé « tropique de la violence » de l’auteure
    ma liste est trop longue alors je vais attendre de le trouver à la BM (quand tout refonctionnera normalement)

    • Oui, elle installe son univers assez longuement, c’est vrai ! Mais j’étais à cent lieues d’imaginer qu’elle commençait par la fin de l’histoire et que la seconde partie serait complétement différente et terrible pour sa narratrice !

    • Ah oui, on est à des années lumières d’imaginer l’emprise des rites ancestraux et la condition que vivent les femmes !

  2. je ne sais pas, mais je vous conseille « la noce d’Anna » : formidable roman

  3. Merci pour le lien ! J’ai moins aimé que toi, j’ai trouvé que l’héroïne restait étrangère au lecteur autant qu’etrangère à elle-même… et ce malgré la plume de Nathacha Appanah.

    • Moi j’ai justement pensé que c’était tout le talent de l’écrivaine de nous décrire dans la seconde partie des horreurs comme si c’était la normalité pour son héroïne. Une mise à distance assez phénoménale !

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