Claire Berest – Artifices

Rentrée littéraire 2021

vagabondageautourdesoi.com Claire Berest Avec Artifices, Claire Berest éclaire de tout son talent littéraire l’imbrication de performances d’art contemporain et des souvenirs traumatiques enfouis dans le passé. En abandonnant les personnages féminins aussi très proches du monde de l’art, ce roman plonge son lecteur dans une intrigue particulièrement bien menée sur fond de mal être et d’happening.

Abel Bac fait un cauchemar et entend trifouiller dans la serrure de sa porte d’entrée. C’est la voisine du dessus, complétement ivre, qui s’est trompée d’étage. Gentiment, il décide de l’aider à rejoindre son appartement et l’allonge en dégageant bien sa bouche pour qu’elle ne s’étouffe pas dans son vomi ! Ne pouvant se rendormir, il sort et se fatigue en marchant dans la nuit de Paris. Suspendu depuis une semaine, il a la terrible sensation que son monde s’écroule, lui le flic intègre, méticuleux mais taciturne. Dans quelques jours, l’IGPN le convoque pour donner explications de cette mise à pied sous dénonciation téléphonique anonyme. .

Jérôme Masson, avocat qui la suit depuis le début de sa carrière, téléphone à Mila chaque jour y compris le dimanche. Personne ne connait la véritable identité de Mila bien qu’elle fasse des performances dans le monde entier depuis vingt-ans, un peu comme un Banski en happening. Ses œuvres se vendent des millions chez Chritie’s et Sotheby’s. Sa carrière a commencé en accrochant des poupées grandeur nature à l’ effigie de personnes connues sur des lieux emblématiques comme celle de Jean Moulin sur les pales du Moulin Rouge !

Mais, aujourd’hui, à trente-neuf ans, son anonymat lui pèse. « Mila qui ne s’appelait pas encore Mila » était une jeune fille sérieuse et brillante reçue au bac en 2000 au lycée Paul Bert d’une petite ville du Loiret. C’est d’ailleurs là qu’elle a connu Jérôme.

Abel Bac s’est construit des digues pour domestiquer l’angoisse qui généralement arrive dès qu’une nouveauté pénètre sa vie. Alors, lorsque Elsa, la voisine étudiante en thèse d’histoire de l’art, décide de s’excuser et de lier conversation, Abel fuit.  Rien dans sa vie n’est laissé au hasard quitte à développer des tocs en pagaille, des malaises et des cauchemars récurrents. Le seul espace qui le ressource reste son appartement avec toutes ses orchidées, quatre-vint quatorze précisément !

Camille Pierrat, sa jeune collègue, s’inquiète car Abel ne répond plus au téléphone. Et lorsqu’elle se présente à sa porte, il la renvoie sans égard. Elle aimerait qu’il prenne un avocat? qu’il se batte, vraiment ! Mais, une image de cheval que Abel retrouve sur les murs de la capitale l’accapare trop intensément. Abel se met en chasse …

Claire Berest abandonne ses derniers personnages inspirés de femmes solaires au charisme reconnu. Avec Artifices, l’auteure s’attache à décrire un  homme, rigoureux, taciturne et profondément tourmenté même si c’est un professionnel reconnu. Il faut attendre la fin du roman pour comprendre la toile d’araignée que le passé à tisser autour d’Abel Bac. Glaçant, en fait, mais tout s’enchaîne et s’éclaire à la fin !

Personnage à part entière, l’art contemporain est présent tout au long du roman. Marina Abramovic, l’artiste plasticienne,  donne les limites à la créativité de l’artiste de fiction Mila qui crée des installations dans les différents musées de la capitale. Celles-ci rivalisent d’inventivité et d’ingéniosité. L’écriture de Claire Berest nous régale : des installations très symboliques semblent prendre vie sous ses mots. Aussi, Elsa, l’étudiante en histoire de l’art, explique à Aba Marcel Duchamp, Mauricio Cattelan sans oublier Tracey Emin et tant d’autres.

*

Néanmoins, le roman se situe aussi au cœur d’un passé de jeunesse qui a déterminé la vie de chacun dans un a peu près difficile qui ressort la quarantaine arrivant. Des explications seront nécessaires pour que s’allège le poids des souvenirs ! Le vers de La Fontaine sert de leitmotiv, comme un mantra à la compréhension de l’intrigue  » Que tout inconnu le sage se méfie « .

Parfaitement réussi, le roman Artifices éclate par sa qualité créatrice et littéraire. Généreuse, Claire Berest emmène son lecteur par la main où Abel Bac, mais pas que lui, retrouve le goût de la nouveauté et de la curiosité. Un très bon moment de lecture !

Merci  à @NetGalleyFrance et @EditionsStock et @BerestClaire pour #Artifices de m’avoir permis de découvrir ce roman.

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Rien n’est noir – Claire Berest

Puis quelques extraits

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Il n’avait aucun goût pour l’analyse, mais les pensées sont des chauve-souris qui tournent, sifflent et se cognent dans le clocher de la tête.

Est-ce qu’on restait prisonnier du jour de ses traumatismes? Est- ce qu’une partie de nous cessait d’évoluer au contact d’un grand effroi ? L’être profond impressionné comme du papier pellicule par tout ce qui s’était produit ce jour- là.

(…) c’est la première chose qu’elle installe quand elle se fixe quelque part : l’armée des miroirs . Partout, d’où qu’elle se tienne, elle qui n’est qu’un nom, elle que personne ne peut voir. Elle qu’on ne regarde pas.

Ses fièvres artistiques d’alors fleurissaient dans les baisers de Klimt ou les corps décharnés d’ Egon Schiele, s’aventurant dans les tags précoces de Basquiat.

Une fois qu’on est choqué ( par l’art) , il y a un résidu, et le résidu, c’est ce qui ça provoque chez vous, pas grand chose, une infime bousculade. Ça vous a fait évoluer.

Il aurait tant aimé faire cela, se prendre en photo à bout de bras, plonger ses yeux, à travers la lentille morte, dans les yeux d’un autre qui aurait envie de le regarder, qui serait intéressé par son geste, quelqu’un qui regarderait sa photographie.

Comme si être civilisé, c’était justement ne pas demander à quelqu’un pourquoi il ose interrompre notre sommeil, mais boire en toute décontraction un thé au goût de semelle, à 3 heures du matin.

On ne ménage pas de suspense quand on annonce la mort de proches .

Puis d’autres encore …

Abel, le cœur toqué, se réfugie chez lui, dans sa clairière d’orchidées, il s’allonge à même le sol, au milieu d’elles, sans allumer la lumière, pour s’imprégner du calme de l’existence de ses fleurs, champ’ de pétales vifs et de feuilles humides, comme on gobe un cachet, résolument, un anxiolytique ou un somnifère, équilibriste sur un filon, l’abîme autour.

Ce qui avait amené l’artiste Mila à faire de la contingence l’un des fils rouges de sa pratique artistique pendant près de vingt ans.

La contingence, la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas, qu’un être existe ou n’existe pas.

Une privatisation d’air qui oblige à se concentrer pour y voir plus clair.

Un chemin de mémoire. Les peaux des souvenirs que l’on recoud, forcément, pour qu’ils épousent notre réel, en tout cas son goût et sa couleur. Le souvenir est une œuvre comme une autre. Une création.

« -(…) Mais ce qui est fascinant dans les faits divers, et ça ne loupe jamais, c’est que si tu les mettais dans un roman, les gens n’y croiraient pas.
Le réel est insoutenable. »

C’est quelque chose qu’il avait érodé de sa mémoire, mais on ne peut évider tant qu’on veut, on ne fait que ranger sur des étagères que l’on croit hors de portée.

(…) l’ancienne gare d’Orsay devenue musée par le vœu d’un président de la République – comme souvent ces hommes-là, si effrayés de n’être que leur fonction, se payent gratis une petite métempsycose en offrant leur nom à un musée qui naît- (…)

(…) une bouteille vide de mousseux posée à terre dans le goulot de laquelle a été fiché un stylo Bic, comme une fleur unique.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Premier extrait
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Puis un second
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Puis enfin le dernier

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Claire Berest – Artifices

Éditeur : Éditions Stock 

Twitter : @EditionsStock Instagram :@editionsstock

Parution : 25 août 2021

EAN : 9782234089983

Lecture : Août 2021

Littérature contemporaine

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14 commentaires

    • Oui, tu as raison, la thématique ici n’est pas l’enquête mais la renaissance d’un homme qui doit solder son passé et aussi d’autres points que je ne révèlerai pas ! Bon dimanche

  1. Maman m’as raconté qu’une fois elle c’est trompée d’étage le pire c’est que sa clé a ouvert la porte d’entrée du dessus…..Elle est repartie voyant son erreur mais l’as dit le lendemain car pas normal de pouvoir entrez dans un autre appart. Bisous doux weekend

    • Ah, j’imagine la gêne ….Terrible ! Elle a bien fait car si elle pouvait, d’autres certainement aussi ! Bon dimanche aussi

    • J’espère qu’il saura te faire passer un excellent moment de lecture. Bon dimanche !

    • Claire Berest sait nous entraîner dans une aventure où son flic se débat dans une toile d’araignée de plus en plus inquiétante ! Mais, au moins, ça finit mieux que cela avait commencé 🙂

  2. J’ai lu cette chronique avec beaucoup de curiosité. Le contexte de ce roman et le thème de l’art contemporain m’intéressent fortement. Par ailleurs, les extraits me plaisent. Je note !

    • J’avais dévoré Rien n’est noir ! Et, ici, abandon de personnages connus pour entrer complétement dans son imaginaire et j’ai aussi bcp aimé !

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