Dolores Redondo – La face nord du cœur

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Grand Prix des lectrices de Elle 2021

Pendant presque sept cents pages, Dolores Redondo enchante avec son polar « La face nord du cœur » en faisant voyager aux États-Unis, et plus particulièrement à La Nouvelle-Orléans pendant l’ouragan Katrina, mais aussi à Elizondo, un petit village du pays basque espagnol.

Juste quelques mots de l’histoire

A l’académie du FBI de Quantico en Virginie, la sous-Inspectrice Amaia Salazar, en formation, s’apprête à suivre une conférence de l’Agent spécial Dupré, 44 ans, originaire de Louisiane. Directeur depuis un an d’un des trois département des sciences comportementales du pays, il fait autorité dans l’étude de la victimologie avec ses formations en droit, économie, histoire de l’art, criminologie et psychologie.

Certes, la conférence permet à Dupré de repérer la jeune inspectrice, arrogante car sachant qu’elle est vive, et lui propose une collaboration temporaire au sein du FBI qu’elle espérait, en fait, vraiment. Car, depuis l’âge de 13 ans, Amaia se révèle une élève américaine surdouée même si après ses études brillantes, notamment  en communication non verbale, elle a choisi d’entrer dans la police espagnole.

Ainsi, il s’agit d’arrêter un tueur en série au mode opératoire particulièrement étrange. Deux familles sont décimées au cours de catastrophes naturelles. La famille Masson est morte au Texas pendant la grande tempête. Pour la famille Jones, cela s’est passé dans l’Oklahoma. Le meurtrier semble trouver satisfaction uniquement dans le passage à l’acte. Surnommé le « compositeur »,  car un unique témoin l’a vu exécuter des gestes comme un chef d’orchestre. La tempête Katrina est annoncée sur la Nouvelle-Orléans. Une occasion que le tueur ne peut laisser passer …

D’autres chapitres s’intercalent à cette chasse implacable. Ceux qui racontent l’enfance d’Amia qui semble cacher des événements traumatisants, malgré la présence de sa tante aimante pour la protéger. Mais de quoi ? Est-ce de l’un de ses parents ?

Avec ce résumé, la série Esprits criminels revient dans la tête : Une équipe du FBI avec la police locale s’organise pour la recherche d’indices, avec des recoupements afin d’affiner un profil psychologique et trouver le tueur en série. Seulement, ici, les membres de l’équipe de policiers ont des choses à révéler…

Une intensité dramatique rare

Car, Dolores Redondo sait captiver en mêlant les sciences du crime , Très documentées, avec les croyances ancestrales. Celles du Bayou et de la Nouvelle-Orléans répondent à celles de la vallée espagnole du Baztán. La mort est omniprésente, évidemment au niveau des meurtres, mais aussi au cours des peurs enfantines racontées ici, vivaces encore à l’âge adulte.

Son éditeur la compare à Fred Vargas. D’autre rappelle l’importance du lieu dans ses romans avec sa vallée natale dans les Pyrénées comme un de ces illustres prédécesseurs, Arnaldur Indridason, et son Islande natale. Ibon Martin en a repris les codes pour ses descriptions dans La Valse des tulipes. Car, c’est une écriture très visuelle qu’utilise Dolores Redondo pour décrire une ambiance, des moiteurs, les odeurs de fluides et la présence du mal. Il est à noter que le travail de documentation sur l’ouragan Katrina est remarquable de précisions et marque les esprits.

La face nord du cœur décrit l’enquête sur les meurtres. Puis, ce roman en découvre une autre qui retient toute l’attention. Et la première redevient primordiale entrecoupée des escapades vers l’Espagne pour raconter l’enfance meurtrie d’Amaia. Mais, ce qui est remarquable c’est l’évolution des personnages tout au long du roman.

Amaia Salazar est intelligente et intuitive mais d’une fragilité extrême qu’elle cache pour se protéger. Mais elle évolue et se découvre empathique pour les victimes et sachant rassurer et soutenir.

De même l’Agent spécial Dupé apparaît au début hautain et suffisant. Puis au chœur de l’enquête, il est proche et même paternel. Tout ceci suscite des émotions fortes, assez rares dans ce genre littéraire.

En bref, Dolores Redondo propose avec La face nord du cœur un roman policier d’une grande qualité, richement documenté, où les personnages se nourrissent des épreuves qu’ils traversent avec une écriture très imagée et toujours humaniste. Inutile d’en dire plus : Je recommande très vivement !

Remerciements à Masse critique de @Babelio et @Gallimard

Puis quelques extraits

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…entre le courage et l’impertinence, seul variait le degré de considération envers l’adversaire.

L’irrévérence de la connaissance, de la vérité, qui était révélée avec violence, sans protocole et mesure, et cela avait toujours un coût.

– Il aura vécu un jour de plus. Un jour de plus de possibilités, de rencontres, d’apprentissage, de survie. Quand on survit, on apprend à vivre. On n’a plus le choix quand on est morte.

La brutalité contre les objets était l’étape qui précédait celle contre les personnes.

Mais était une enquêtrice- née. Un de ses êtres doués naturellement de la capacité de discerner la trace du mal. Un privilège douteux, certainement, acquis lors d’un séjour dans son enfer personnel.

–  » On ne subit pas tout ça, on ne survit pas à la tempête pour permettre à un assassin d’en finir avec la vie qu’on a acquis en luttant et en résistant.  »

Quand les consignes n’avaient plus de sens, quand l’épuisement s’emparait des corps et des âmes, quand continuer ou non faisait débat : il n’existait aucune force aussi rédemptrice que le contact humain.

On parle beaucoup de l’amour des parents pour leurs enfants mais personne n’aime aussi fort qu’un enfant. Aussi, personne ne jugez aussi b qu’un adolescent.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Un extrait
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Puis un autre
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Le dernier

Du côté des Critiques

Télérama  –  Le Monde

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Pour aller plus loin

Ibon Martin – La valse des tulipes

 

18 commentaires

  1. Merci pour votre chronique ! J’ai beaucoup apprécié ce roman. Le début m’a rappelé Le silence des agneaux dans la relation entre Amaia et l’agent Dupree qui évoque celle entre Clarice Starling et l’agent Crawford. L’enquête sur le compositeur emporte aussi l’intérêt, d’autant plus quand elle se déroule à La Nouvelle Orléans pendant l’ouragan Katrina. Comme vous, j’ai trouvé que le choix de cet environnement apocalyptique ajoute beaucoup de tension dans la narration, tout comme les intrigues secondaires teintées de fantastiques avec des références au Vaudou et à la sorcellerie du pays Basque. Bref, je recommande !

    • Merci bcp d’être passé ici. Oui je n’ai pas bcp parlé de ce côté fantastique du Vaudou et de la sorcellerie Basque.Je voulais avoir le temps de faire des recherches pour comprendre pourquoi cette auteure était autant attiré par ces aspects, puisqu’il semble qu’on les retrouve dans tous ses romans. En fait, elle les qualifie comme faits culturels donc susceptibles de faire comprendre l’histoire et donc le passé de ces personnages. Voilà qui me plaît bien !

    • Comme je le disais, c’est un très bon polar ! J’attends le prochain avec impatience

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