Alexandre Lacroix – La naissance d’un père

Rentrée Littéraire 2020

@vagabondageautourdesoiPremier enfant à vingt-cinq ans et cinquième à quarante-deux ans, c’est donc sa paternité active que Alexandre Lacroix a choisi de raconter sous la forme d’un roman dont le titre est « La naissance d’un père ».

Le narrateur de Alexandre Lacroix commence par décrire sa première paternité en Avignon en assurant la prise en charge entière de Bastien à mi-temps puisque alors écrivain, il n’était pas obligé d’aller travailler.

Pour la première fois, « La naissance d’un père » raconte de la voix du père comment changer une couche, comment faire prendre son bain à son bébé, comment on découvre le monde ensemble en prenant le temps de regarder les mêmes choses, etc. Mais, pas seulement !

Alexandre Lacroix décrit la protection de son bébé en faisant fuir toutes velléités belliqueuses. Et aussi, la sensualité d’une maman sicilienne près du bac à sable qui l’empêche de prévenir un petit accident. 

« La naissance d’un père » est écrit pour modifier les représentations sur la paternité. Il démontre que les femmes n’ont pas le monopole de ce quotidien qui crée la relation aimante et soutenante. Néanmoins, il s’agit surtout que les femmes laissent la place sans attendre de l’autre qu’il fasse comme soi, comme, par exemple,  les activités ménagères.

La forme du roman interroge car comme « La naissance d’un père » raconte le quotidien de la venue de ses enfants qui semble si proche du vécu. J’espère qu’elle est dans les détails suivants :  la réaction du narrateur face à la psychologue du petit Clarence, la réaction type bobo sur la restauration en centre commercial aussi. Et, l’exemple que prend le narrateur sur l’avortement est assez peu réaliste tant la triangulation psychanalytique semble particulièrement perverse. Mais, peut-être que ce n’est pas là que se situe la fiction ?

Son écriture raconte le quotidien sans devenir prosaïque. Alexandre Lacroix explique la tendresse qui se fond dans les minutes de vie  et les espaces qui s’ouvrent quand la joie est là. Le ton est plaisant. Le cours d’accouchement sans douleur est savoureux. Le narrateur se raconte avec dérision et son regard décalé est souvent drôle. Drôle d’imaginer le narrateur « recharger ses batteries » pendant que sa femme voit monter les contractions. Drôle la mise en pratique les théories de Winnicott sur les objets transitionnels. Drôle le gabarit du kiné opposé au corps du bébé pour le traitement de la bronchiolite. Et, lorsque le narrateur joue les « Laurence Pernoud » pour une collègue, ça vaut aussi la lecture !

Alexandre Lacroix raconte pour la première fois la paternité au quotidien dans ce roman écrit autour de la venue de ses cinq enfants tout au long de dix-sept ans de vie, le point de vue d’un père moderne et attentif. Souvent drôle par le décalage de sa dérision, ce roman est à découvrir, et pas seulement par les futurs pères !

Merci #NetgalleyFrance et  @AllaryEditions @A__Lacroix pour #lanaissancedunpere #rentréelitteraire2020

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« C’est ta photocopie.  » (…) Cela ne me déplaisait pas d’avoir utilisé le corps d’une femme comme une photocopieuse.

Être un banlieusard d’Avignon, ce n’est pas être un banlieusard de Pars, Londres, New-York ; aucun rayon de lumière d’une mégalopole ne vient jusqu’à vous ; il s’agit de survivre dans une zone interdite, un nulle part ailleurs, le genre de biotopes vers lequel n’a jamais été dépêchée une équipe de télé et où, pour cette raison même, par l’absence d’enregistrement, de comptabilité officielle, tout devient possible.

(…) nous nous sentions comme deux marins amateurs qui n’ont jamais rien fait d’autre que de canoter sur le canal de Loire et qui se trouvent en train de passer les quarantiemes rugissants, puis les cinquantièmes hurlants, et qui vont être obligés de se relayer en permanence à la barre, de prendre des quarts, la peur au ventre, sans jamais plus être libres de s’octroyer la moindre pause.

Je n’avais jamais tellement aimé Renaud, faux Titi parisien, faux chanteur engagé, rebelle de Paris-Match, mais cet éloge de la pêche m’avait touché.

J’ai bien l’impression qu’aucun homme ne s’est décrit en train de changer une couche.

Oui, je pense que c’est lors de ces échanges de regards, sans paroles, davantage que pendant nos longues conversations asymétriques, que nous nous trouvions pleinement l’un face à l’autre, père et fils.

S’ils sont plus beaux, les enfants que nous avons jeune, c’est que quelque chose de la flamme de notre propre enfance ne s’est pas encore éteint et passé directement en eux.

(sur l’article Sublime, forcément sublime Christine V.) Oui, je comprenais mieux ce qui me déplaisait dans le texte de Duras: il s’en dégageait du mépris de classe. Elle s’autorisait à dire n’importe quoi sur une femme réelle- Christine V.- parce que celle ci était bien en bas de l’échelle, qu’elle ne constituait en rien une menace pour elle, alors que si elle était assise en face d’elle et lui avait déclaré, droit dans les yeux, à la loyale » je sais que c’est toi qui a tué ton fils », l’autre lui aurait probablement cogné une beigne à lui faire jaillir les yeux hors des orbites, bien méritée.

On ne peut devenir parent que par insouciance.

Il y aura toujours une grande place pour toi dans mon cœur.

Les grands jours de notre vie sont, théoriquement, comme des épreuves auxquelles nous devrions nous présenter en pleine forme, au meilleur de nous-mêmes- cependant, en pratique, nous ne sommes pas des machines. Même pour un évènement aussi important que la naissance de mon deuxième enfant, je vais devoir composer avec mes limites , ma fatigue, avec un état proche de la défaillance.

Infirmières, chirurgiens, anesthésistes, voilà des métiers que l’on choisit par sainteté, par dévouement, par philanthropie, par désir de se rendre utile, mais aussi, parfois, parce que cela donne l’occasion inouïe, que seuls ont connu dans l’histoire quelques kapos ou pervers habiles, d’avoir des centaines d’êtres souffrants à sa merci.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi

 

La naissance d’un père – Alexandre Lacroix

Éditeur : Allary Editions

Parution : 27 août 2020

EAN : 9782370733382

Lecture : Juillet 2020

Littérature contemporaine 2020

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11 commentaires

  1. J’e ne crois pas que je le lirai. J’ai 2 fils qui sont des papas poules et participent aussi aux travaux ménagers et c’est très bien, et c’est normal…

    • Oui, bien sûr ! Mais, Alexandre met en mots ce que cette nouvelle paternité découvre dans le rapport aux enfants. Bonne soirée

    • Oui car Alexandre Lacroix parle d’une façon assez nouvelle de la façon d’être père ! 😉

  2. tout a fait vrai, les femmes doivent laissé de la place a l’homme afin qu’il assume pleinement sa paternité. Bisous bisous enfin fini ce blog

    • Je vais aller le voir ! Oui, mais je le pense encore car la charge mentale féminine est encore trop forte !

    • Difficile de dire pour moi s’il va avoir un véritable succès, je le souhaite car cette année, je trouve que la rentrée littéraire est diverse mais de qualité ! 😉

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