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À voix basse de Polina Panassenko

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Enquêtant, dans la Russie de 2010, sur le passé de son arrière-arrière-grand-père, Polina Panassenko nous offre son double dans À voix basse. Un second roman tout aussi intense que son premier qui creuse le sillon d’une écriture singulière qui crée un lien entre la Russie et la France, de même qu’entre le passé et le présent.

Après avoir passé son adolescence en France, la narratrice décide de devenir comédienne et choisit le Théâtre National de Moscou pour formation. Elle s’installe chez son grand-père au moment de la réélection de Poutine et du fort mouvement de contestation qui s’ensuivit. Car subsiste toujours la peur que les murs aient des oreilles. 

« Entendre le silence. Le son en creux de ce qui ne se dit pas. C’est par là que ça commence. Par le nom de mon arrière-arrière-grand-père que j’entends pour la première fois. » Après avoir appris son nom, Ivan Evdokimovitch Rebizov, la narratrice part sur les traces de cet ancien paysan. Dès 1929, Staline impose la collectivisation forcée des terres ce qui provoque l’expropriation de millions de paysans. Ceux qui résistent sont qualifiés de « koulaks » et peuvent être expropriés, déportés ou envoyés dans le système concentrationnaire du goulag.

« Ce corps, dérobé par l’État, est à la fois rhizome de vie et de peur. »

Seulement, la Russie aime toujours autant ses secrets. Même si les dossiers d’archives peuvent être accessibles, c’est toujours le parcours du combattant.

Polina Panassenko confronte sa jeunesse avec ses habitudes françaises à la chape de béton qui existe constamment en Russie. D’ailleurs, les premières lignes de À voix haute plantent le décor : avant le retour en Russie, un grand nettoyage doit être fait sur les applications du téléphone.

Une grand-mère pleure de peur, en dormant, lorsqu’elle entend le bruit d’une porte. Le grand-père maternel se tait lorsque l’on l’interroge sur le passé familial. Ce passé, malgré les efforts d’ouverture, reste traumatique pour la plupart de la population. Et, il nous éclaire sur la tempérance de la nation russe actuelle. Polina Panassenko donne un autre axe de réponse vers la fin de son périple.

L’expérience de la jeune fille dans cette école de théâtre montre aussi combien le carcan patriarcal cadenasse les rapports entre les étudiants et leurs « Maîtres » même entre pairs. Mais, au-delà de cette survivance d’avant #Metoo, c’est une société qui épie, cache ses opinions, cherche l’objet de dénonciation pour affaiblir l’autre. Les rapports que doivent rendre les étudiants chaque semaine racontant leurs vécus montrent une intrusion dans l’intimité devenue habituelle et acceptée.

L’évolution d’une adolescente

Et, pourtant, À voix haute de Polina Panassenko est un roman très agréable à découvrir où la jeune adolescente narratrice devient une jeune femme réfléchie et consciente de ses responsabilités qu’elle mène correctement jusqu’à la réussite de ses recherches généalogiques.

Polina Panassenko reprend des récits de prisonniers de goulag parfaitement édifiants des méthodes du régime stalinien. Évidemment, il y a eu réhabilitation mais, comme le souligne un témoignage : « À ce prix-là, je n’en veux pas. » L’extrait d’une lettre de Chalamov à Soljenitsyne nous rappelle le combat que mena l’écrivain pour que sa parole soit entendue en Occident, avec cette différence notable que Chalamov pensait que l’expérience du goulag était « 100 % négative« .

« C’est peut-être un mot qui me manque. Un mot qui dirait la naissance d’un mort dans la vie d’un vivant. »

Cette recherche généalogique est aussi un road trip dans la Russie de l’extrême Est jusqu’à la province de Kolyma et même jusqu’à Iagodnoïe, qui abrite la mémoire du musée du goulag de cette région. C’est le voyage sur les traces de l’horreur. Pour l’instant, personne en Russie n’a jugé bon de reconnaître comme crimes contre l’humanité ces hommes et ces femmes emprisonnés et disparus. Ils sont seulement « des crimes sans coupables« .

Et parce que Polina Panassenko n’a pu tenir la promesse qu’elle avait faite à son grand-père, elle nous offre son double avec À voix basse, dont je recommande vivement la lecture.

Pourquoi le lire ?

À voix basse est à la fois une enquête généalogique, un voyage sur les traces du goulag et le récit d’un apprentissage. Polina Panassenko fait dialoguer la Russie contemporaine avec les blessures encore vives du passé soviétique, tout en racontant la construction d’une jeune femme entre la France et la Russie. Une lecture intense et singulière, où l’intime permet de mieux comprendre l’Histoire et ses silences.

Puis quelques extraits

L’état se donne toujours le nom de patrie quand il s’apprête à commettre un crime.

Les vieilles dames qui passent leurs journées assises sur le banc à surveiller les entrées sorties de tout le monde, on les appelle les mémés KGB.

Maria fait partie des adultes que je dois consoler de la mort de ma mère.

À chaque fois que ça tombe sur quelqu’un d’autre, c’est comme si quelque part dans le corps, un organe ou une glande sécrétait une substance de soulagement. Cette substance a une odeur. On la sent dans notre classe, mais chacun fait comme s’il ne la sentait pas.

Ne faire aucun mouvement brusque quand le « je » s’approche. Si le ‘je » sent qu’on essaie de l’extraire du « nous », il se dissout aussitôt dans le pluriel. Comme les animaux qui peuvent changer de couleur quand ils se sentent en danger. De sable sur fond de sable. Impossible à saisir.

Et, encore,

En français, un mur sans ouverture s’appelle un mur aveugle. En russe, ça s’appelle un mur sourd. Pour trouver un passage, il faut le tâter à l’oreille. Entendre le silence. Le son en creux de ce qui ne se dit pas. C’est par là que ça commence. Par le nom de mon arrière-arrière-grand-père que j’entends pour la première fois.

D’après la loi, passer soixante-quinze ans, n’importe qui devrait pouvoir accéder au dossier d’un prisonnier. Mais ici ce n’est pas d’après la loi que ça fonctionne.

Ici, la conscience de traverser un lieu de souffrance et de mort empêche ce mot. Il y a un écart. Entre ce que je sais et ce que je vois. Combiné à l’absence de trace visible, cet écart crée une sensation de trouble et de vide. Il devrait y avoir quelque chose qui n’y est pas. Quelque chose n’a pas été fait. Il y a un manque.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Le Monde

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Son premier roman et précédent ici

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Informations pratiques

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À voix basse de Polina Panassenko

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Éditions de L’Olivier – X: @EdLolivier-Instagram : @editionsdelolivier – Facebook

Parution : 21 août 2026 – EAN : 9782823624540 – Lecture en septembre 2026

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