Faïza Guène -La discrétion

Rentrée Littéraire 2020

@vagabondageautourdesoi

Yamina Taleb est une femme de 70 ans vivant à Aubervilliers. Elle ne s’est jamais sentie abîmée par le mépris qui l’entoure. C’est sa forme de résistance à elle. Mais, la colère filtre et se transmet à ses enfants qui exigent que l’on reconnaisse, sous son foulard et ses yeux baissés, la femme courageuse qu’elle est.  

Faïza Guène présente dans « La discrétion » ce portrait de femme née en Algérie dans les années 50 et venue à plus de trente ans en France. Elle le dédie à sa mère et à toutes les mères. Car, comme souvent font les filles, Faïza Guène donne une histoire à la femme qu’elle aime tant et qui lui a tant appris.

En alternant les chapitres entre sa vie en Seine-Saint-Denis et le récit de son passé dans son pays natal, se dessine la détermination, le courage mais aussi le silence et la place de la religion dans la vie de cette femme, mère de quatre enfants nés en France, qui a combattu le colonialisme qui a gangréné son pays. Sa personnalité va l’aider à choisir de, toujours, de vivre sa liberté même si les contingences extérieures la contraignent.

Une galerie de portraits, racontée avec humour, réalisme et émotions. D’anecdotes en petits détails se tisse une toile où la culture d’origine se frotte à la culture française, pays d’accueil, ce qui entraîne une foule d’incompréhensions et de ressentiments qui peuvent mener au racisme de part et d’autres.

« La discrétion » révèle ce manque de « pédagogie » entre les uns et les autres pour faire comprendre les différences culturelles et faire tomber les a-priori. Ceux-ci, sans explication, se transforment en rejet. Mais au lieu de fustiger ceux qui rejettent, Faïza Guène montre que les barrières psychologiques handicapent au cœur de la famille, en limitant les enfants de Yamina. Elles les empêchent de se sentir pleinement chez eux dans un pays qui est le leur. Il faudra attendre la fin du roman pour que chacun accepte sa particularité, les parents contents du chemin parcouru et les enfants qui enfin s’approprie ce pays en l’aménageant pour leurs parents. 

Faïza Guène crée avec « La discrétion » un roman très attachant qui se lit facilement.  La vie de Yamina force le respect, capable de survivre dans une région exsangue de l’Algérie lors de sa jeunesse et de créer une famille qui maintient des liens tendres et forts entre les siens en France, cet ancien pays colonisateur.

Pour parler de ces déchirures, celles passées mais aussi celles qui gangrènent notre société actuelle,  Faïza Guène choisit volontairement l’explication pour donner à réfléchir, et peut-être infléchir, ces replis communautaires que notre société portent en stigmates.

Roman de la maturité, « La discrétion » veut donner une voix aux femmes qui ont choisit le silence toute leur vie quitte  à contraindre leurs enfants à trouver la leur, entre colère et réflexions. Pour moi, un sacré coup de cœur !

Merci #NetgalleyFrance et @EditionsPlon  #FaizaGuene  pour #ladiscretion #rentréelitteraire2020

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Hannah sent une énorme vague monter dans sa poitrine, qui a tout instant risque de déborder. Il y a tellement de rage coincée dans sa gorge que ça lui laisse un goût aigre, une rage ancienne, de plus en plus difficile à contenir.

Elle se dit souvent:  » C’est pas un hasard si Bobigny centre-ville est le terminus de la ligne. On s’y arrête. On a envie d’en finir. »

Yamina n’a que son amour à offrir à ses enfants.
Peut-être que l’amour les apaisera.
Avec un peu de chance, l’amour leur fera oublier les humiliations et les décharges du poids des sacrifices.

Yamina est née dans un cri.
Alors pourquoi choisir de mener une existence silencieuse ?

Elle n’est pas outillée pour faire face à tous les paradoxes de ces gens ; leurs regards enragés mais leurs mains qui supplient, leurs poings qui se serrent tandis que se courbent leurs dos. Il faut comprendre tout ça, il faut démêler tous leurs nœuds, et ce n’est pas son métier. Derrière une vitre floue, les gens devraient l’être aussi. Fabienne est là pour faire respecter les procédures. Pas pour encaisser sans broncher. Merde à la fin.

C’est une frontière nébuleuse qu’il a dans la tête et qui lui raconte qu’il ne peut pas entrer au Lutétia.

Il faudrait qu’Omar le grave dans la pierre : Les autres, ils font à peine l’effort de nous exclure. Nous le faisons très bien nous-mêmes.

Une je, même temporaire, ça s’ordonne. C’est ainsi qu’ils avaient inventé instinctivement leurs lois hybrides, à mi- chemin entre le village de leur souvenir et leur idée d’ici .

Quand à Yamina, à plus de soixante-dix ans, elle se rêve encore avec un cartable sur le dos.

Omar a été mal habitué.
Il est né sur un trône. Mais dehors, il ne sera jamais roi.

Sa mère fait en sorte que la vie d’Omar soit douce, comme une publicité pour la lessive. Malheureusement, la vraie vie n’est pas une pub pour la lessive.
Dans la vraie vie, il y a des plis, de la sueur, des tâches de crasse, et il faut y être préparé.

« Je ne sais pas pourquoi vous vous enervez comme ça. Moi, je m’en fiche, même s’ils veulent m’arracher mon foulard, ils n’arriveront jamais à arracher mon cœur, et dommage pour eux, ma foi est dedans ! « 

Comment son père, après l’avoir gardée jalousement auprès de lui, avait-il pu se résoudre à l’envoyer de l’autre côté de la Méditerranée, vivre dans le pays des colons qu’il avait mis tant d’ardeur à chasser du sien.

Leurs vies se sont discrètement éparpillés dans la poussière.

La première réticence d’un pauvre est de faire travailler un autre pauvre.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi

@vagabondageautourdesoi

 

La discrétion – Faïza Guene

Éditeur : Plon

Parution : 27 août 2020

EAN : 978B0899L938G

Lecture : Juillet 2020

 

 

14 commentaires

      • Merci beaucoup 🙂 J’aime trouver, dans ces textes forts, un parallèle avec mon vécu. C’est pour ça que je m’interdis certaines sujets… Une protection… Mais avec ce livre, j’ai ressenti beaucoup de nostalgie, de plaisir et j’ai vu en Yasmina ces femmes que je regarde tous les jours, qui restent dignes, malgré l’incompréhension. Elle ne reconnaissant plus ce pays d’origine, ne se reconnaissent pas dans ce pays d’accueil et ne comprennent pas leurs enfants. Il est très compliqué de se construire lorsque l’on a un pied dans chaque pays. Le père de mon fils, de parents mixtes qui a lui-même grandit en Tunisie, me disait qu’à son arrivée en France il se sentait étranger, il avait 17 ans. Et n’a réussi à se stabiliser que lorsque l’on s’est rencontré, il avait 30 ans, et ne se posait plus la question de rester ou partir. C’est très compliqué et je suis désolée de m’étaler… Il faut du temps et plusieurs générations avant de pouvoir s’enraciner…

        • Oui, et c’est ce que j’ai aimé dans la fin du roman et la métaphore de cette maison avec piscine. Ça y est la famille entière et bien sûr Yamina était enfin chez elle. Beaucoup d’émotions et de justesse dans ce roman. J’ai aimé le regard de Faïza Guène qui donne a voir sans jugement, avec l’envie d’une réconciliation profonde entre deux mondes qui se déchirent mais qui ont l’un et l’autre la partie de vérité que l’autre à besoin.
          Je m’aperçois de l’erreur de l’écriture prédictive de ma tablette. Lire Ton avis au lieu de …

    • Oui c’est un roman que j’ai lu au début de l’été et vraiment, j’ai bcp aimé

    • Oui, je crois que jusqu’en novembre,nous allons devoir gérer nos envies avec nos disponibilités et donc des frustrations à venir. Bonne soirée

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