Ce que savait la nuit – Arnaldur Indridason

Au delà de la carte postale avec geysers, aurores boréales et champs de lave, Arnaldur Indridason nous présente dans ses romans son Islande. « Ce que savait la nuit » est un roman noir dont l’intrigue se situe après la crise économique de 2008 et celle avec l’UE sur les quotas drastiques de pêche. Subissant de plein fouet le réchauffement climatique et le tourisme de masse, le roman débute par la découverte d’un corps à relier à un Cold-case.

Pour ses anciens polars, Arnaldur Indrdason mettait en scène son personnage, Erlendur Sveinsson, commissaire à la brigade de Reykjavik, tourmenté par un passé difficile à porter et un présent que la culpabilité et la difficulté à partager ses sentiments  empoisonnent.

Dans « Ce que savait la nuit« , il décide d’en changer et nous présente Konrad, flic à la retraite, tout aussi perturbé que son Erlendur (enquêteur attitré) par son passé difficile à assumer et le deuil récent de sa femme, après de nombreuses années de vie commune. Le lecteur glisse lentement  dans un monde où l’ennui n’est jamais loin, la nostalgie toujours présente et où souvenirs s’emmêlent au présent. Heureusement, ce corps retrouvé, Konrad va s’y accrocher pour résoudre enfin une affaire qui lui avait laissé le goût amer de l’échec et qui le sortira de la spirale du papy gâteau.

Konrad profite de sa position hors cadre pour enquêter comme bon lui semble et de ses anciens amis pour intégrer les derniers rebondissements dans ses réflexions. C’est une enquête qui se déroule tranquillement mais qui évolue parmi de vrais méchants et qui lui laissera encore un peu plus un goût de travail difficilement accompli puisqu’il lui faudra déterrer ses propres fantômes.

Arnaldur Indridason promène sa plume poétique au rythme de ce travail d’enquête. Le passage sur l’éclipse de lune est magnifique! Il y a du Simenon dans cette écriture précise aux descriptions fouillées. Il y a aussi une profonde humanité pour ces personnages qui ne sont ni des grands méchants ni des enfants de cœur mais qui dans une situation particulière ont basculé d’un côté, de l’autre et ont poursuivi ou pas. N’ayez pas d’inquiétude, il ne fait pas si froid en Islande !

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877b

Il n’avait plus de but dans la vie, il manquait de détermination, chose plutôt surprenante pour un homme de son âge. Il fumait des cigarillos sans pour autant être fumeur et il enquêtait sans être policier. Mais ce qui lui paraissait le plus étrange, c’est qu’il était à la retraite sans avoir l’impression d’être vieux. C’étaient peut-être là des sentiments normaux quand on prenait de l’âge.

La seule manière de vaincre la mort est de l’accepter.

La lune était décrite ainsi dans un poème : elle était la boucle de la nuit. L’antique amie des amants.

Beaucoup de choses avaient changé depuis trente ans. La bière était alors interdite en Islande. Il n’existait qu’une radio nationale et une seule chaîne de télévision. Les fonderies d’aluminium étaient moins nombreuses. Le barrage hydroélectrique de Karahnjukar, le plus grand d’Europe, n’existait même pas encore à l’état de projet. Il neigeait régulièrement à Reykjavik pendant l’hiver. Il n’y avait ni internet ni téléphone portable. C’est à peine si quelques foyers étaient équipés d’ordinateurs.
La privatisation des banques, le chaos financier, la bêtise triomphante des décideurs, les hérauts de la libre entreprise et artisans de l’effondrement économique attendaient l’avènement du nouveau siècle. L’an 2000 semblait loin et relevait de la science-fiction.

Et dire qu’il y a encore des gens pour douter des effets de l’activité humaine sur le climat, avait déploré le glaciologue dans l’émission matinale.

 

 

 

Ce que savait la nuit- Arnaldur Indridason

Éditeur : Métailé Noir

Traduction: Eric Boury

Parution : 1er février 2019

ISBN : 9791022608428

Lecture : Avril 2019

 

12 commentaires

  1. j’aime beaucoup cet auteur et son Erlendur alors faire la connaissance d’un nouvel inspecteur aussi déjanté cela me tente bien sûr 🙂

    • J’espère que Konrad saura te conquérir ! J’aime bien ces ambiances troubles où le passé n’est pas trop digéré et reviens hanter le présent ! Un peu comme dans la vraie vie, quoi ! Bonne fin de semaine !

      • tout à fait le policier qui n’est pas un surhomme, qui a des failles et dans lequel on peut se reconnaître.
        Bonne fin de semaine à toi aussi…

  2. Hello, je me suis désabonnée en raison d’une absence jusqu’en mi juillet. Mon blog est aussi fermé. Porte toi bien d’ici là amicales bises

    • Merci Gwen. Ces enquêteurs sont des hommes très tourmentés et très gênés par leurs comportements passés dont ils traînent la culpabilité sans vraiment pouvoir passer à autre chose. De plus Indridason devrait être remercié par l’ office du tourisme islandais pour avoir fait connaître son beau pays ! Bon week-end

  3. Il a l’air pas mal du tout mais là j’ai vraiment trop en attente…au pire je sais ou le retrouver…chez toi. Bisous

Un petit mot ...