Nymphéas, l’abstraction américaine et le dernier Monet – Musée de l’Orangerie

Superbe exposition sur le lien entre les Nymphéas de Monet et le mouvement des peintres américains qui ont créé l’abstraction américaine à l’Orangerie à Paris . Elle  mérite une visite. A vérifier ici:

Nymphéas, l’abstraction américaine et le dernier Monet

Musée de l’Orangerie – Paris

Exposition du 13 avril au 20 août 2018

Commissaire : Cécile Debray

Visite le 28 avril 2018

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Cette exposition s’arrête sur un moment particulier :  la redécouverte de Monet par l’école abstraite des peintres new-yorkais. Une vingtaine de peintures abstraites sont présentées en parallèle de quelques œuvres tardives de Monet. Et, comme nous l’avons fait, si on commence l’exposition par la dernière salle, c’est un choc visuel qui vous assaille ! Ça m’a clouée sur place tellement les grands formats présentés sont intenses d’émotions. C’est éclatant et merveilleux. Ça en met plein les mirettes. Un vrai régal ! Mais commençons par le début!

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Voilà 100 ans que Monet a fait don de ses « grandes décorations » à l’État Français. Installées 10 ans après au Musée de l’Orangerie, elles occupent une place de choix dans deux salles du rez-de-chaussée. A chaque fois que nous allons voir une expo temporaire, nous ne manquons pas de les visiter, ma Cop. et moi. Et, à  chaque fois, le souffle est coupé et la chair de poule envahit ! Que vous rapprochiez votre nez au bord du tableau ou assis tranquillement pour avoir une vision d’ensemble, les émotions sont intenses.

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Monet découvre Giverny en 1883 où il devient propriétaire de sa maison sept ans plus tard. Trois ans après, passionné par l’horticulture, il fait creuser un bassin où il commence à cultiver des lotus asiatiques.

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« Je les avais planté avec plaisir, je les cultivais sans songer à les peindre. »

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Carnet d’esquisses- Saule pleureur –
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Carnet d’esquisses – Nymphéas

Après de nombreuses années de travail acharné en 1909, Monet expose un ensemble  à la Galerie Durant-Ruel. Puis, pendant quelques années, le sort s’acharne sur le peintre et ses proches. Il reprend son thème en 1912 en introduisant des grands formats. Et, dès 1920, Giverny accueille de nombreux artistes. Grâce à l’amitié avec Clemenceau, le cycle des Nymphéas bénéficie d’un lieu d’exception d’exposition. Mais à la mort de Monet, les nymphéas ne trouvent pas leur public et le peintre tombe dans l’oubli.

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« J’ai souvent raconté comment, un jour, j’avais trouvé Monet devant un champ de coquelicots, avec quatre chevalets sur lesquels, tour à tour, il donnait vivement de la brosse à mesure que changeait l’éclairage avec la marche du soleil. Dès la jeunesse, nous avions eu les murailles blanches de Vétheuil, se réfléchissant, à travers le brouillard, dans les brumes du fleuve, et mêlant l’air, la terre et l’eau en des gammes de reflets que nous retrouverons quarante ans plus tard, plus savantes, sinon plus géniales, dans le spectacle des Nymphéas. » Georges Clémenceau . Claude Monet 

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vagabondageautouirdesoi-nymphéas-wordpress-1020798Aux États-Unis, dans les années 50, Monet est complétement inconnu. C’est le jeune directeur du MoMA, Alfred H. Barr, qui, en s’interrogeant sur les origines de la modernité, va établir le premier un lien. La première exposition sur les peintres européens qu’il organise rassemble les œuvres de Cézanne, Gauguin, Seurat et Van Gogh. Mais, vers 1955, il fait acquérir par son musée un grand panneau des Nymphéas. En Europe, à la même époque, personne ne montre encore de l’intérêt pour la peinture de Monet. C’est un critique, André Masson (1955),  qui comparera les Nymphéas à la « Sixtine de l’impressionniste » qui est le premier à reconnaître ce que Clemenceau avait vu dans l’œuvre de son ami plusieurs décennies plus tôt.

L’incendie de 1958 qui détruit un panneau des Nymphéas au MoMA pousse le musée a en acquérir d’autres. Et, le succès commence à apparaitre. Une nouvelle exposition en 1960 intitulée « Seasons and moments », remet les abstraits et Monet en perspective.

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L’exposition présente à partir de l’analyse de critiques d’art deux pistes principales :

  • Expressionnisme abstrait ou Américan type Painting. Greenberg, critique d’art, va faire le premier le rapprochement entre les peintures de Pollock, Rothko, Newman, de Kooning, Still et les Nymphéas.
  • Impressionnisme abstrait avec des peintres qui en s’installant à Paris vont découvrir de visu les Nymphéas: Guston, Francis, Joan Mitchell, Riopelle. Le critique d’art Finkelstein est le premier à les réunir autour de ce courant.

 

La toile commença à apparaitre aux peintres américains comme une arène dans laquelle agir plutôt que comme un espace où reproduire, redessiner, analyser ou exprimer un objet réel ou imaginaire.  Harold Rosenberg – Les peintres d’action américains- 1952.

Greenberg et James Carnaby, critique d’art et écrivain, mettent en parallèle pour la première fois Pollock et Monet en soutenant que ce dernier a évolué « d’une étude spontanée du retentissement de la lumière à un traitement abstrait de la surface du tableau avec un sujet secondaire« . Barnett Newman dit que les impressionnistes ont libéré la palette du peintre.

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Dès 1937, le mouvement « American Abstract Artists » bénéficie par l’administration Roosevelt de subventions suite à la Grande Dépression. A cette période, Alfred H. Barr ne les prend pas au sérieux. Il préfère présenter la fameuse exposition sur « Cubisme et l’art abstrait ». Les peintres insistent pour faire connaître leurs œuvres. En 1943,  Pollock  réalise pour la mécène Peggy Guggenheim  une fresque Mural et déclare :« Je pense que le tableau de chevalet est une forme en voie de disparition et que la tendance moderne va vers le tableau mural »

La scène de l’art mondial passe de l’Europe aux États Unis. En 1946, Ad Reinhart publie un encart « How to look at a Cubist Painting ? « 

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Cette caricature illustre le fossé entre l’art abstrait et le public avec la phrase célèbre du tableau qui s’anime et dit  » Qu’est-ce que vous représentez?  »

L’expressionniste abstrait rassemble des peintres new-yorkais qui vont atteindre leur style personnel dans les années 1945/1950. Alfred H. Barr utilise pour la première fois ce terme pour qualifier le travail de Kandinsky. Mais, c’est la publication dans le magazine Life d’une photographie « The Irascibles » qui rassemblent 18 artistes dits abstraits qui va faire connaître à la fois leur mécontentement de ne pas être reconnu et commencer à les imposer sur la scène mondiale. Et, en 1955, Clement Greenberg évoque ainsi comment il désigne l’Américan-type painting: « étiquetés indifféremment abstract expressionnism, action painting et même l’american-type-painting, leurs tableaux constituent la première expression d’un art américain qui ait suscité un mouvement de protestation aux États-Unis en même temps qu’une sérieuse manifestation d’intérêt en Europe (…) ils ont déjà influencé une importante partie de l’avant-garde. « 

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En 1956, Louis Finkelstein développe le concept d’abstract impressionnist :  » le genre de vision dans laquelle ils sont impliqués est fondamentalement impressionniste, et remodèle l’abstraction en quelque chose de beaucoup plus préoccupée par les qualités de perception de la lumière, de l’espace et de l’air que par la surface de la peinture (…) Le recours à la sensibilité visuelle comme fondements des choix stylistiques est ce qui relie les nymphéas aux artistes que j’ai mentionné et je n’en doute pas, de nombreux autres. Certains artistes s’immergeront dans l’univers de Monet à Paris ou à Vétheuil comme le firent le couple d’artistes Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle.

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My landscape – Joan Mitchell- 1967
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Cheveuse II – Jean-Paul Riopelle – 1953

Impressionné par Guernica et influencé par les peintures de sables des Navajos, Jackson Pollock (1912-1956) a du mal à trouver son style. En 1947, il abandonne le pinceau et la technique picturale traditionnelle pour mettre au point la projection de la peinture d’un bâton (dropping) ou directement du pot (pourring). Il recouvre toute la surface (all-over). A la fin de sa vie, il abandonne ces techniques.

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The deep – Jackson Pollock – 1953 (Dernière œuvre)

Willem de Kooning (1904 – 1997) :« Peut-être que je peins vite pour retenir cet éclair /C’est une façon de m’y prendre /C’est comme traverser une rue/On veut traverser vite/ Alors on court/ Juste l’éclair de quelque chose/ Et puis à la fin si j’ai un tableau/ Je veux donner à quelqu’un d’autre une idée de cet éclair. » 

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Untitled V – Willem de Kooning – 1977
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Villa Borghese- Willem de Kooning – 1960

Mark Tobey (1890-1976) est le pionnier de l’abstraction américaine et est souvent surnommé le « maître de la jeune peinture américaine ». Il met au point une peinture calligraphique, la « write-witting » qu’il assemble et rassemble les différentes parties du tableau.

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White journey – Mark Tobey – 1956

Marc Rothko ( 1903-1970) s’est éloigné de l’action painting pour créer le color-field painting (littéralement « peinture en champs de couleur ») comme le définit Clément Greenberg en 1955.

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Blue and grey – Marc Rothko – 1960

Clyfford Still (1904-1980) rédige une thèse sur l’œuvre de Cézanne en 1934 et s’installe à New-York après la seconde guerre Mondiale. Sa peinture devient de plus en plus abstraite . A l’opposé de l’Action-painting de Pollock, son style s’exprime sur des grands formats et recherche à explorer les champs chromatiques.

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1965 – Clyfford Styll

Morris Louis (1912 – 1962) part à New-York dans les années 30 et découvre l’abstraction. Reprenant celle de Frankenthaler, sa technique est de verser l’huile diluée de térébenthine sur une toile non préparée posée à plat qu’après il incline, plie ou imbibe à la façon d’une teinture.

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Lamed Aleph – Morris Louis – 1958

Hélen Frankenthaler (1928-2011) découvre l’exposition de Jackson Pollock à New-York en 1951. Elle décide d’adopter les mêmes procédés. Puis après quelques années, elle définit son propre style le staining : des taches de couleur  qui imprègnent une toile posée au sol.

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Milkwood Arcade – Helen Frankenthaler – 1963

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Phillip Guston (1913-1980) abandonne la figuration pour l’abstraction en 1950 et quelques années plus tard intègre la galerie new-yorkaise avec Pollock, de Kooning et Rothko.

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Painting – Philip Guston – 1954

Sam Francis (1923-1994) est formé par Clifford Still à San Francisco. Puis, il part pour Paris vers 1948. En 1953, il découvre les Nymphéas en compagnie d’un ami. Au vu de ceux-ci, Francis adopte la technique des coulures noires qui se dissolvent dans des aplats de couleurs étendus sur l’ensemble de la toile.

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Round the world – Sam Francis – 1958/1959

Joan Mitchell (1925-1992) : « Je peins à partir de paysages que je porte en moi et des sensations que j’en retiens, que je transforme (…)Je ne pourrai certainement jamais réfléter la matière à la façon d’un miroir. Je préfère prendre ce qu’elle a laissé en moi. »

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Landscape- Joan Mitchell – 1967

Jean-Paul Riopelle (1923-2002), canadien, s’installe en Ile de France vers 1948 et met en place une technique en mosaïque en appliquant la peinture soit directement au tube soit au couteau. Il invente la peinture all-over qui entourer complétement le spectateur. Il est présenté dans le magazine Life l’héritier de Monet.

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Chevreuse – Jean-Paul Riopelle – 1954
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Détail de Cheveuse

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Questions pratiques :

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries

Place de la Concorde

75001 PARIS

http://www.musee-orangerie.fr/

 

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Détail des Nymphéas

 

 

 

9 commentaires

  1. J’ai visité le musée Marmottan, mais je préfère la salle bleue de l’Orangerie avec les Nymphéas dans lesquels je me suis plongée de longues minutes. J’aurais pu y rester encore et encore…

    • Les deux salles des Nymphéas sont très atractives, même si j’ai tendance à préférer la seconde du fond…Toujours un moment plein d’émotions!

  2. Bonjour Matatoune. Merci de nous faire partager cette exposition très intéressante. Les nymphéas de Monet sont sublimes mais j’aime aussi ses autres tableaux, comme ses merveilleu tableaux de la cathédrale de Rouen. Bonne journée

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