Fondation Giacometti – Paris

Visite de l’atelier d’Alberto Giacometti à la Fondation Annette et Alberto Giacometti qui vient d’ouvrir dans la quartier Montparnasse. Un rêve, non une réalité, suivez-nous ! Et en plus, l’hommage de l’écrivain Jean Genet au sculpteur avec les originaux de son manuscrit…

Fondation Giacometti- Paris

Commissaire : Catherine Grenier

Visite Juillet 2018

Catherine Grenier était la commissaire de l’exposition « Dialogue entre deux maîtres Picasso – Giacometti » au Musée Picasso qui a eu lieu d’octobre 2016 en février 2017. Chronique ici.   Pour rappel,  l’amitié avec Picasso, de vingt ans son aîné, est réelle puisque Giacometti a porte ouverte dans l’atelier Picasso. Giacometti était un homme d’amitié et de réseau. La belle exposition au MAM autour de Derain, Balthus et Giacometti en 2017 en témoignait aussi . Chronique ici .

Giacometti arrive en France de sa Suisse natale à l’âge de vingt ans. Fils d’un peintre post-impressionniste, Giacometti a été encouragé par son père et le parrain de Diego, Ferdinand Hodler, peintre suisse renommé aussi. Doué pour la copie, possédant une sorte d’hyper-mnésique, Giacometti se constitue des archives d’histoire de l’Art sans avoir besoin de la proximité des œuvres.

Il commence à l’Académie des Grandes Chaudières à Montparnasse où il s’inscrit auprès d’Antoine Bourdelle en sculpture. Il reviendra à la peinture après la mort de son père. Il découvre le cubisme, l’art africain, colombien et mésopotamien. Bourdelle lui donne comme à tous ses élèves des leçons de liberté. Il s’installe en 1926 dans son atelier au 46 rue Hippolyte-Maindron dans le 14ème qu’il ne quittera plus.

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Atelier à la mort de Giacmetti- Sabine Weiss

Sabine Weiss photographie son atelier juste après sa mort ce qui permet aujourd’hui de le reconstituer.  Giacometti travaillait en veston et cravate. Elle était toujours impressionnée par sa simplicité mais aussi sa force de concentration.

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Giacometti avec Annette dans son atelier – Sabine Weiss

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La fondation Giacometti s’est installée depuis peu dans le magnifique hôtel particulier Art déco de l’artiste décorateur Paul Follot. C’est un endroit superbe, surtout pour moi qui aime tant l’Art déco. La fondation a vocation à promouvoir l’œuvre mais aussi se consacre à la recherche et à l’éducation.

 

 

 

 

 

 

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Mais, pourquoi s’être installé dans ce lieu si petit, pour ne pas dire exigu, où on ne peut venir sans s’être inscrit sur Internet afin de réguler les visites. Il n’y a pas de pièce d’accueil puisque c’est dans la pièce d’entrée que ce situe le clou de cet endroit en contrebas pour pouvoir s’asseoir (ça c’est une superbe idée !) et regarder cette pièce reconstituée.

Du coup, la médiatrice culturelle qui explique ce que l’on voit est gênée par les entrées et les sorties, le téléphone qui sonne, l’agent d’accueil qui explique, encore et encore, les modalités d’entrée, les visiteurs qui décident de découvrir seuls (et ils en ont le droit), la porte de l’ascenseur qui, si elle doit s’ouvrir (accessibilité oblige) fait déplacer les visiteurs assis en contemplation ! Et, j’en passe ! Certes ce lieu aurait certainement beaucoup plu à Giacometti surtout son escalier abrupte et son salon lumineux, mais pour une ouverture au public, c’est un peu juste! Le slogan de la fondation est faire vivre dans l’intimité du sculpteur. Pour le coup, c’est réussi!

Nous ne sommes pas dans le « vrai » lieu: l’atelier où il a vécu se situait à quelques rues de là et a été détruit. Mais, la magie opère …

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« Hier, j’ai visité sa maison, elle était à faire peur » écrivait Simone de Beauvoir à son ami d’outre-Manche. En effet, l’atelier était situé dans une cité d’artiste du XIVème arrondissement si cher à Giacometti. Il faisait 4,74 m de long sur 4,90 de large. En fait, il y avait plusieurs ateliers, le sien, celui de Diego, son frère, qui, à partir de 1947, devient sa chambre avec Annette et contigu à l’atelier une pièce qui servait de dépôt.

 

 

 

 

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« Cet atelier semble avoir été pour lui plus qu’un laboratoire : un appendice, un prolongement de sa personne, et (peut-on dire, tant il avait l’air de faire partie de lui) sa coquille ». Michel Leiris

 

 

 

 

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Vingt-quatre mètres carrés, mezzanine comprise, belle hauteur sous plafond. C’est dans un modeste atelier d’artisan, avec pour voisin un cordonnier, au rez-de-chaussée d’une cour au 46, rue Hippolyte-Maindron, à Paris, dans le 14e, qu’Alberto Giacometti (1901-1966) a vécu et travaillé toute sa vie. Confort spartiate, pas de cuisine, toilettes dans la cour. Giacometti y emménage le 1er décembre 1926 ; son frère Diego l’y rejoint. L’hiver, ils doivent faire chauffer des baquets d’eau, tirée au robinet de la cour, pour se laver devant le poêle. L’un dort en haut, l’autre en bas, entre les sellettes, le chevalet et la table de travail encombrée de pinceaux, de stylets et de tubes de peintures, dans les odeurs de poussière, de plâtre mouillé et de torchons humides servant à recouvrir les pièces en cours. Télérama – 22 juin 2018

 

 

 

 

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Plus tard, Diego partira vivre ailleurs, dans une maison achetée par Alberto, qui lui servira de stock. Annette, sa femme, rencontrée en 1946 et épousée en 1949, s’installera dans l’atelier d’à côté, transformé en appartement au confort sommaire. Giacometti, lui, reste fidèle à son espace enserré entre quatre murs, avec verrière, comme une petite boîte d’allumettes posée à la verticale et ouverte sur le ciel.  Télérama – 22 juin 2018

 

 

 

 

 

 

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Giacometti  n’avait pas laissé de directives après sa mort. Sa femme Annette a demandé que Michel Leiris s’en occupe. Celui-ci a demandé au directeur de l’Atelier de restauration du Musée de l’homme de conserver intact tous les objets. Deux des murs peints exposés ont été ainsi conservés.

La façon de sculpter de Giacometti me fascine. Jean Genet l’a mieux décrite que je ne le ferai : « Rien n’est plus en repos. C’est peut-être que chaque angle ( fait avec le pouce de Giacometti quand il travaille la glaise) ou courbe, ou bosse, ou crête, ou pointe déchirée du métal ne sont eux-mêmes en repos. Chacun d’eux continue à émettre la sensibilité qui les créa. Aucune pointe, arête qui découpe, déchire l’espace, n’est morte. »

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Figure dans une cage – 1950

Une exposition temporaire autour du livre « L’Atelier de Giacometti » par Jean Genet est présentée dans cet hôtel particulier. La superbe plaquette de l’expo nous informe que Giacometti rencontra Genet à l’été 1954 par l’intermédiaire de Jean-Paul Sartre: « Entre les deux s’établit une relation d’amitié et de profonde admiration au point que Genet peut rendre visite à Giacometti dans son atelier sans prévenir. »

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Femme assise – 1949 -1950

Jean Genet pose pour Giacometti de 1954 à 1958 mais ne supporte pas l’exigence de son ami.

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Manuscrit original
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Quatre femmes sur un piédestal -1950

« A cette période, Giacometti prend pour modèle de ses sculptures des prostituées rencontrées dans les bordels, apparitions à la fois attrayantes et effrayantes qu’il transforme en déesses. » Plaquette de l’expo. Giacometti dit très facilement qu’il préfère l’amour avec les prostituées pour éviter une inquiétude très forte, exprimée de façon toujours très provocante, sur sa peur de l’impuissance.« Quand elle est dans la chambre et toute nue devant moi, je vois une déesse ». Alberto Giacometti

 

 

 

 

 

 

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Jeunet a mis par écrit ses sensations et les descriptions de ses heures de pose. Son livre est publié en 1963. Tous deux partagent une obsession, la mort. L’écrivain est fasciné par son aptitude à dévoiler la solitude et la blessure profonde qui caractérise tout être humain. Plaquette

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«Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. Il y a donc loin de cet art à ce qu’on nomme le misérabilisme. L’art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu’elle les illumine.» Jean Genet.

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Mais, celui qui lui a servi le plus de modèle, ce fut son frère, Diego Giacometti, actuellement exposé au Musée Picasso. Diego était l’organisateur de sa vie. Paulette, sa femme depuis la fin de la guerre, posait aussi pour lui. Lotar, tombé dans la misère à la fin de sa vie, lui servira aussi de modèle. (Eli Lotar – Jeu de Paume )

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Femme de Venise

La thèse de Catherine Grenier est que Giacometti va s’attacher toujours à travailler sur le thème du corps. Au début, Il s’engage dans deux voies parallèles l’une vers le cubisme simplifié et l’autre vers celle des surréalistes dissidents (avec ses amis Masson, Breton et Dali) avec les objets « plats ».

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Installation à la fondation

Il traverse le surréalisme, s’y arrête cinq ans puis s’envole vers un style personnel et universel. L’œuvre de Giacometti est intemporelle.

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Fragment de mur de l’atelier de Giacometti

Sources :

  • Alberto Giacometti – Catherine grenier- Septembre 2017
  • France Culture -L’Art est la matière

Questions pratiques :

5, rue Victor Schœlcher

Paris 75014

https://www.fondation-giacometti.fr/

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Un homme qui marche …

8 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Merci pour cette belle présentation de Giacometti, son atelier et son oeuvre. Cela me donne envie d’y aller aussi un jour si j’n ai l’occasion. Bonne journée et bisous

  2. merci pour ce beau partage! j’aime ces sculptures, hommes qui marchent vers le futur? un horizon nouveau? elles sont reconnaissables entre toutes et m’ont toujours inspirée. C’est très émouvant d’avoir accès à son atelier 🙂

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