Suzanne Valadon l’insoumise d’Agnès Clancier : une femme libre de peindre et d’aimer

vagabondageautourdesoi.com - Suzanne Valadon l'insoumise - Agnès Clancier -

L’artiste est célèbre, son cœur l’est aussi; dans Suzanne Valadon l’insoumise, Agnès Clancier raconte sa vie de femme, sa passion pour la création et son amour maternel pour ce garçon qui restera toujours à ses côtés, un enfant. Toulouse-Lautrec, son absinthe mélangé avec du cognac, et qu’on disait « exhibitionniste et priapique« , lui a trouvé son prénom de peintre : « Puisque tu poses nue pour des vieillards, tu devrais t’appeler Suzanne (allusion à l’épisode biblique du livre de Daniel où de vieillards observent une jeune femme pendant son bain). Bien  sûr,  il y en eut tant d’autres, avant, après et même durant. Seulement, « elle vit dans le monde qu’elle peut supporter« .

Tellement émouvante

C’est  Degas qui va révéler l’autodidacte. Depuis ses huit ans, elle dessine. Il les lui achète, les accroche chez lui et l’encourage à continuer. Il lui enseigne même la gravure. Il vient aussi souvent chez elle pour voir ses créations au début puis par la suite, ce qu’elle peint. Agnès Clancier montre leur amitié qui dure ainsi jusqu’au décès du Maître. De celle qu’il soutenait, Degas devient à son tour celui qui a besoin de soutien. Il est, parmi tous ceux qui l’ont encouragé, celui dont elle restera très proche.

Évidemment, la merveilleuse exposition du Centre Pompidou avait ravi le public. Cette rétrospective lui offrait l’étendue d’un talent brut où tout académisme était balayé. On croyait tout savoir sur elle. Mais Agnès Clancier raconte sa vie en la rendant vivante, virevoltante, éperdue de liberté, jouissant selon son bon vouloir de toute sa sensualité. Personne ne la retient, et surtout pas un homme. Et l’âge venant, on la découvre inquiète et responsable, même si elle ne cède en rien sur sa liberté. Les détails sont nombreux et inédits, pour moi.

Peintre attachante

Agnès Clancier promène sa présence à Montmartre puis à Montparnasse, enivrée au côté des artistes qu’elle aimante de son énergie, dont précisément Toulouse-Lautrec. Lui, il était l’opposé du romantisme. Pourtant, il l’avait cru sœur amante, toujours près de lui, fêtards jusqu’au matin, et cela toute leur vie. Elle, elle avait eu si faim. Idem pour Satie qui compose, après sa rupture, un même thème, un nombre incroyable de fois dans Vexation.

Car, l’écrivaine raconte une femme engagée pour son art, s’imposant dans un monde où l’artiste féminine devait se consacrer à des peintures d’intérieur ou d’enfants. Agnès Clancier montre combien la petite acrobate, devenue modèle a fait voler en éclats tous les codes Ni impressionniste pourtant elle côtoya Renoir, ni fauviste même si Derain la visitait souvent, ni pointilliste, elle était elle-même, créant un style et une façon de représenter autant le physique que la personnalité de ses modèles. « Mon âme est dans mes tableaux. Éparpillés dans le monde entier ». Sur cet acte de création, l’écrivaine pose des mots particulièrement émouvants. Elle fait dire à Suzanne de très touchants sentiments et notamment que la peinture, « c’est une arme, n’est-ce pas ? Une arme, peut-être. Ou une armure ? »

Mère éprouvée

Et, puis, elle attire notre regard sur le cœur meurtri d’une mère par l’alcoolisme de son fils, Maurice Utrillo. Elle détaille ses préoccupations face à son addiction, son comportement violent, ses rapports avec les différents commissariats qui l’accueillaient dans leurs cellules. De même, elle éclaire sa relation avec André Utter, que nos représentations avaient regardé de moins belle manière.

Parfaitement documenté, Suzanne Valadon l’insoumise nous livre un portrait de femme libre, indépendante, passionnée par son art, devenu pour elle une nécessité pour vivre. D’autres romans sont parus, montrant d’autres aspects de cette personnalité complexe. Agnès Clancier s’attache à nous faire ressentir, avec de nombreux détails, la femme, l’artiste, la mère et bien sûr l’amante. Une façon toute particulière de nous révéler l’artiste dont on pensait tant connaître déjà.

Pourquoi lire Suzanne Valadon l’insoumise

Agnès Clancier ne se contente pas de raconter la peintre que l’on croit connaître. Elle fait revivre une femme libre, passionnée, amoureuse, mère inquiète et artiste totalement engagée dans sa création. À travers ses relations avec Degas, Renoir, Toulouse-Lautrec, Satie, Utrillo ou André Utter, elle dessine le portrait d’une femme qui n’a jamais accepté de se laisser enfermer dans les rôles que son époque voulait lui imposer. Une lecture qui permet de regarder autrement Suzanne Valadon, en découvrant derrière l’artiste l’insoumise, la mère et la femme.

Remerciements

Aux éditions des Instants

Puis quelques extraits

Entreouvrir la porte seulement. Et laisser deviner. Suggérer.

Certains artistes, pour s’acheter un modèle qu’ils apprécient, peuvent débourser jusqu’à dix francs la demi-journée, somme que sa mère ne gagne pas en toute une semaine d’épuisants travaux de blanchisserie. À la fabrique de boutons, où s’échine la voisine de l’aube au crépuscule, la journée se paye un franc cinquante par jour.

Ce qui n’est pas formulé, ce qu’on n’ose se dire à soi-même n’existe pas. Le cerveau, cet abîme labyrinthique. Ce magicien. On peut y égarer ce qu’on veut, et réussir à penser autre chose. Ou le croire. Tout peut ainsi disparaître. Les questions, la culpabilité, la honte. La douleur. La peur. La pitié. Occultées. Évanouies. Enfouies sous les menus préoccupations du quotidien, la collection de petites batailles que l’on se livre sans cesse, les rêves d’avenir, absurdes et nécessaires. Il est si facile de se mentir.
Elle ne fait pas semblant. Son aveuglement est sincère. Elle vit dans le monde qu’elle peut supporter.

Et, encore

Le monde de Maurice est recouvert d’un voile blanc ou gris. On reconnaît les lieux, mais ils semblent figés dans un éternel hiver. La pierre est triste, enfarinée de poussière, les pavés solitaires, les toits nostalgiques. Quelques arbres épars, perdus, déjà mort, ponctuent les rues désertes. Les habitants se cloîtrent. Nul ne franchit la porte des églises. Respire la brume, l’air humide, toujours un peu froid. Le ciel se traîne, poussif, blême ; il peluche, moutonne, de blanc gris à gris blanc. De rares trouées de bleus affleurent, mais on sent que ce bleu ne gagnera pas.

Il a du mal, avec son nom, Maurice. Il en a changé plus souvent que sa mère de prénom. Il signait ses premiers tableaux : Maurice Valadon, ou M. Valadon. Puis M. Utrillo. Plus tard : Maurice Utrillo Valadon. Ensuite, Maurice Utrillo V.. Maintenant : Maurice Utrillo tout court. En plein milieu, donc.

Ici en bref

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est a-noter.webp.

Une autre biographie romancée sur Suzanne Valadon

vagabondageautourdesoi.com

Jean-Paul Delfino – L’affranchie de Montmartre

Questions pratiques

vagabondageautourdesoi.com - Suzanne Valadon l'insoumise - Agnès Clancier -

Suzanne Valadon l’insoumise d’Agnès Clancier

Instagram: @agnesclancier

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditions des Instants – Instagram : @editionsdesinstants Facebook

Parution : 25 août 2026 – EAN : 9782491008253 – Lecture en août 2026

Mes lectures incontournables de 2026

Mes incontournables littéraires

Actualités

Cet article vous intéresse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

6 commentaires

  1. Une femme peintre, artiste, au milieu des peintres célèbres, qui a su faire son chemin…

    J’ai toujours apprécié ses œuvres, et bien sûr, sa biographie m’intéressera !

    Merci beaucoup pour ton analyse.
    Bon week-end à toi ☀️

    • J’ai aimé la façon de faire vivre cette femme et de dépasser les représentations négatives qu’elle véhicule !

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.