Tête brûlée de Jean-Luc Coatalem : les vies d’un homme sans identité

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« Et si rien n’avait de sens sans quelqu’un à reconnaître, à aimer « 

Après presque une vie à bourlinguer, le héros, comme évaporé, décide de se poser dans le village de Clairy aux portes du Morvan. Là, où il n’y a rien : « La plupart du temps, rien ne résonne, puisqu’il n’y a presque personne. Il y a des ronces dans les coins, des chats maigres sur les murets. Au printemps, de l’herbe folle dans le caniveau, entre les dalles, les anciens pavés.« 

Son nom est Ronan Kerven, à prononcer comme Pont-Aven. Mais, il ne cesse de changer d’identités. Il devient Robin Servais avec De Gaulle à Londres, puis Saintange René dans les services secrets en Afrique du Nord, ou Kervaren pour l’une de ses amoureuses puis à la Légion, Robert Velaine, sujet belge et pour finir la prison et maintenant là, en pleine campagne, il est un vieux qui, « (..)recalé de la vie, (il) remâche son passé comme un vieux chewing-gum. À l’arrêt. En l’attente d’un déclic. Lequel ? « 

Les identités, il les a construites au fil des rencontres, toujours se cachant. Même à sa mère après la guerre, il n’avoue rien, ni sa désertion, ni ses larcins, ni son impossibilité à être lui. Alors, dans ce village, lorsque le narrateur sent une présence sur ses talons, à chaque coin de rue ou en sous-bois, est-ce de la paranoïa ? Mais, des papiers se glissent sous sa porte, et le passé se réinvite à sa table.

Questionner l’imposture et l’engagement

Écrivain voyageur, membre de l’Association des écrivains de marine, Jean-Luc Coatalem a plusieurs passions connues : Victor Segalen, le grand voyageur, Paul Gauguin et bien sûr l’écriture. Avec Tête brûlée, son héros se noie dans des engagements successifs, semblant fuir sa propre identité, trop étroite dans sa banalité. « J’étais un inconstant, qui réclamait sans cesse le mouvement pour ne pas tomber, tentant de décanter cette sensation d’imposture qui m’étouffait depuis l’enfance. N’avais-je pas pris la place d’un autre ? Serai-je jamais le double lumière de ce frère d’ombre ? Et puis Kerven l’amoureux finirait-il par effacer Karvin l’obligé ? Aucune empathie pour ce personnage : Jean-Luc Coatalem le veut ainsi, fuyant souvent ses responsabilités en empruntant d’autres routes, d’autres noms et d’autres histoires. 

Les engagements de ce héros sont contestables. « Que, pour ma part, j’avais eu les deux pieds dans le bourbier indochinois, et le djebel algérien, que j’étais passé par les services secrets, la clandestinité, l’ignominie des camps viets et les geôles de la République, et que j’avais dégueulassé cent fois mon treillis avec de la sueur, du sang et de la merde, au nom de la France, de son  empire, de son prestige, autant d’illusions. » En servant les Français de Londres, le narrateur s’auréole de gloire.

Toutefois, ses engagements en Indochine, puis en Algérie lui vaudront ses années de prison. Pour lui, il trouve un cadre qu’il n’interroge pas, au contraire. Les ordres donnés par les supérieurs sont exécutés sans discuter de leurs conséquences, même lorsqu’il s’agit de torturer.

L’engagement comme alibi

Le roman Tête brûlée est dérangeant. La vie contée ici est faite de multiples identités, de récits tout aussi héroïques les uns que les autres. Seulement, aucun partage n’est vrai et franc, tout est mensonge. Même avec son seul ami à Clairy, il ne peut se laisser aller à être lui-même. En démontrant l’absurdité de cet engagement qui couvre presque toute une vie, Jean-Luc Coatalem en démontre la fatuité et son extrême isolement.

Seulement, une raison conduit ce héros à s’effacer ainsi :

Ronan Kerven allait être Robin Servais.
Robin comme Robin des bois.
Servais pour servir et servir d’alibi.

Jean-Luc Coatalem écrit comme un peintre pointilliste. Les mots sont secs; ils couvrent par touches, des récits de vie, des évènements, etc. Et ça s’emboîte pour former une histoire  de solitude, d’oublis et de fuites.

Pourquoi le lire ?

Tête brûlée est le portrait dérangeant d’un homme qui aura passé sa vie à devenir quelqu’un d’autre. Derrière les aventures, les engagements et les multiples identités de Ronan Kerven se dessine une profonde incapacité à être lui-même. Jean-Luc Coatalem interroge ainsi la part d’imposture qui peut se cacher derrière l’héroïsme et montre comment l’engagement peut devenir un alibi pour ne jamais avoir à se confronter à soi-même. Un roman d’une grande force sur la solitude, la fuite et les illusions d’une vie consacrée à servir.

Remerciements

Aux éditions Stock et #netgalley

Puis quelques extraits

Une cage suffirait pour me tuer.

On nous a rappelé que notre engagement valait rupture avec la France de Pétain, de même qu’avec notre famille, nos amis, notre employeur, avec une condamnation certaine, l’emprisonnement, des représailles contre les proches. Bref, qu’il valait mieux ne pas plastonner sur les boulevards. Accepter une vie parallèle. Dangereuse, dopée.

Le temps est un assassin, l’innocence est sa victime.

– Dissimuler sera une sauvegarde.
Cachet et mentir, c’était un ordre

À croire que seul le mouvement me permettait d’échapper, de m’échapper, de m’élargir par des impostures et des masques qui me disaient ma vérité.

Nous qui avions combattus pour la liberté, en Europe, contre les nazis et les fascistes, que faisions-nous la, dans cette étuve qui fauchait les légionnaires comme des quilles de bois ?

(…) Dieu sort souvent au casino du désespoir.

Ici en bref

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Informations pratiques

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Tête brûlée de Jean-Luc Coatalem

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Stock – X : @EditionsStock Instagram : @editionsstock – Facebook

Parution : 19 août 2026 – EAN :  9782234090422 – Lecture en août 2026

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