Rappelle-moi, ma belle : retrouver le père derrière la légende des Bogdanoff

vagabondageautourdesoi.com - Rappelle-moi, ma belle - Anna Ostasenko Bogdanoff -

Dans Rappelle-moi, ma belle, Anna Ostasenko Bogdanoff ressuscite le passé de son père, l’un des célèbres jumeaux Bogdanoff, à partir d’une documentation familiale et médiatique et du récit de quelques personnes. Présentée par les frères jumeaux, Igor et Grichka Bogdanoff, Temps X fut une émission de télévision, très en vogue, qui ouvrit les consciences à la vulgarisation scientifique.

« Dans cette émission, les jumeaux réunissent de 1979 à 1987 penseurs, chercheurs, écrivains, cinéastes, politiciens, musiciens… Entre les deux frères aux combinaisons spatiales signées Thierry Mugler, on discute transhumanisme avec Jacques Attali, fantastique avec Roman Polański, science-fiction avec un jeune Frédéric Beigbeder; on découvre la musique électronique avec Jean-Michel Jarre, Starman avec John Carpenter, les effets spéciaux de 2001, l’Odyssée de l’espace avec Douglas Trumbull. » D’autres émissions suivront, tournées encore plus vers la science-fiction, et par ailleurs toujours autant médiatiques mais beaucoup moins scientifiques.

Décès lors de la covid

Pendant la covid, Igor Bogdanoff s’est éteint en janvier 2022, quelques jours après son frère, refusant de se faire vacciner. Ce récit permet à Anna Ostasenko Bogdanoff d’utiliser son écriture comme moyen d’accepter l’absence. Ainsi, elle qualifie son travail « de fiction pour oublier la douleur ».

Anna Ostasenko Bogdanoff avait l’autorisation de son père pour entrer en écriture, depuis de nombreuses années, mais n’avait pas franchi le pas. Son témoignage est renforcé par cet amour particulier, auquel s’ajoute la recommandation de sa mère lorsqu’elle avait six ans.

Rappelle-moi, ma belle est le récit de ces événements traumatiques que sont la maladie puis la mort. À quel moment a-t-elle commencé à se comporter comme sa mère, elle, sa fille Anna, qui se cachait sous le nom Ostasenko. Comme tous les enfants de parents devenus vieux, très vieux, me direz-vous ? Peut-être, mais avec Igor, ce fut précédemment qu’il inversa les rôles.

De nombreuses fois, Anna Ostasenko Bogdanoff revient sur le traumatisme vécu par les familles qui ont vu disparaître l’un, ou plusieurs de leurs proches à cause de la Covid. Comme une blessure béante qu’elle espère que l’écriture referme. Elle décrit avec émotion ses derniers moments où l’essentiel était une main caressée.

Rechercher le vrai …

Par ailleurs, cette recherche téméraire démêle le réel du faux de la vie d’un père, et de son jumeau, qui n’ont eu de cesse de se réinventer. En effet, leurs vies rassemblent de nombreuses histoires, des mensonges, même à la justice. « Dans la famille, on part généralement du postulat que les jumeaux mentent. Si le mensonge débouche sur une vérité quelconque, elle arrive là par un pur hasard. » Tronquer la vérité pour « laver la honte d’être soi-même » ou d’être « un père à la mère confisquée« , suggère Anna Ostasenko Bogdanoff.

L’enquête que mène Anna Ostasenko Bogdanoff lui permet d’interroger l’ascendance. Car, la grand-mère de son père, surnommée Istenne, vivait dans le château médiéval de Saint-Lary, la demeure familiale. Elle a accueilli d’abord Igor comme le Messi, puis Grégoire, son jumeau, dit Grichka, un peu contrainte.

Les jumeaux sont nés de sa fille, Maya, vingt-trois ans, et d’un certain Youra, garçon de ferme, de dix-neuf ans, originaire de Russie. Igor lui donnera une généalogie de prince en l’appelant Youri, mais sans jamais vraiment savoir qui il était, en réalité. Revenu dans la domesticité de la grand-mère, il était présent sans assumer son rôle paternel.

L’histoire de Maya est complexe. Elle est née d’une relation adultère avec un chanteur lyrique afro-américain, Roland Hayes. Les recherches d’Anna Ostasenko Bogdanoff vont la conduire sur des notions qu’elle lie également à sa propre expérience.

Pour enfin être liée pour toujours …

Le récit d’Anna Ostasenko Bogdanoff est extrêmement émouvant. Elle confie au public des éléments très intimes qui interrogent. Étions-nous obligés d’avoir autant de détails ? Est-ce une sorte de revanche à la honte vécue, tout au long de sa vie, où il privilégiait le regard du public, plutôt que sa famille. En tout cas, avec ce récit, l’image médiatique se fissure considérablement pour révéler une extrême fragilité et une inadaptation manifeste au quotidien. Ainsi, leur fuite vers un futur, hypothétique, s’explique parfaitement.

Rappelle-moi, ma belle est un récit très émouvant sur la transmission et ses conséquences lorsque celle-ci est perturbée et cachée. Mais, ce processus littéraire qu’elle s’impose se révèle à la fois douloureux et salvateur, afin de dégager toutes les légendes qui ont perturbé ce lien d’amour filial. Avec beaucoup de clairvoyance et de témérité, Anna Ostasenko Bogdanoff nous confie sa quête, faisant confiance à notre empathie.

Pourquoi lire Rappelle-moi, ma belle

Parce qu’Anna Ostasenko Bogdanoff ne cherche pas seulement à raconter son père, Igor Bogdanoff, mais à retrouver l’homme derrière la figure médiatique. En enquêtant sur son histoire familiale, ses silences, ses mensonges et ses légendes, elle tente de comprendre ce qui a empêché la transmission. Un récit intime et courageux sur la filiation, le deuil et la nécessité de chercher le vrai pour enfin pouvoir se réconcilier avec son histoire.

Remeriements

Aux éditions JC Lattès et à #Netgalley

Puis quelques extraits

La mort n’est pas un arrêt.

Si je lui écris, alors il existe encore.

Dans les mots soin et besoin, la même racine : celle du souci.

Une couleur qu’il ne peut pas modifier, contrôler gommer. Une couleur qui le contraint à appartenir à sa propre histoire.

Entre le toast sous la dent et les miettes sur sa chemise me transmettre la seule valeur dans laquelle il croit : la fiction.

Une volonté de trafiquer le sang en choisissant un corps pour sa couleur. Une sorte de chirurgie. D’eugénisme.

Mais, il se transforme avant le vieillissement. Il ne cherche pas un visage plus jeune, donc, mais un visage autre. Un homme parfait jeune, qui ne veut pas de son visage. Pourquoi ?

Nous portons certes la responsabilité de nos actes, mais nous rejouons aussi parfois des histoires qui ne nous appartiennent pas totalement. Il faut alors les raconter, pour pouvoir en sortir.

Faut-il laisser les conséquences d’un abus ruisseler sur quatre générations?

Ici en bref

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est a-noter.webp.

Informations pratiques

vagabondageautourdesoi.com - Rappelle-moi, ma belle - Anna Ostasenko Bogdanoff -

Rappelle-moi, ma belle d‘Anna Ostasenko Bogdanoff

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Editions JC Lattès – X :  @editionsLattes  Instagram : @editionsjcllattes – Facebook

Parution : 19 août 2026 – EAN :  9782709676281– Lecture en juillet 2026

Mes lectures incontournables de 2026

Mes incontournables littéraires

Actualités

Cet article vous intéresse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

15 commentaires

    • Temps X fut une révolution médiatique. Après, ils étaient devenus de pseudo-scientifiques qui rabachaient des inepties. Ils ont évolué dans le mauvais sens à l’image de leurs physiques . Bon week-end à venir !

  1. Je me souviens de ces deux jumeaux qui me semblaient, plus jeune, si intelligents et je me souviens de leur décès qui m’avait donné le sentiment d’un immense gâchis. Par contre, leur image me semblait tellement étrange et, disons-le artificielle, que je n’ai jamais pensé à leur vie de famille, comme si leur être se réduisait à leur image médiatique. La démarche de la fille d’Igor demande un certain courage et semble assez libératrice pour elle et informative pour nous. L’histoire de cette famille ne semble pas des plus simples…

    • Ah non, vraiment pas simple. Pour elle, je pense que cet écrit était absolument nécessaire. Pour nous, la destruction de ces figures médiatiques est étrange : au début, j’ai pensé que nous, lecteurs, n’avions pas besoin de savoir toit ça. Et plus tard, j compris leurs engagements, leur fuite dans un ailleurs impossible, et même cette dégradation physique pour ressembler à leurs légendes ! Vraiment des êtres extrêmement fragiles au passé très mouvants, trop .

    • C’est une introspection dans un passé familial trouble. Je peux comprendre que ce soit difficile de le découvrir !

    • Oui, je te le recommande même s’il peut être difficile à lire . Bonne journée

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.