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Fuir la lumière de Florence Châtaignier : briser les chaînes de l’enfance

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Doit-on subir son enfance tout au long de la vie demande Florence Châtaignier ? Elle y répond à sa manière dans un roman foisonnant et terriblement optimiste. Le roman Fuir la lumière raconte la conquête de sa liberté et démontre la difficulté de casser les chaînes, physiques et mentales, de l’emprisonnement à partir d’un beau portrait de femme, Anita. Elle raconte son  parcours jusqu’à son accomplissement intime.

Vivre les dix-sept premières années de sa vie dans une secte appelée La Lumière de Vie crée des schémas de pensées qu’il est bien difficile de déconstruire. Anita lutte, toute sa vie, contre elle-même pour se détacher de son enfance avant d’accepter qu’elle soit l’essence, même si elle fut si peu protectrice, de son énergie intérieure et de sa liberté profonde.

La Lumière de Vie rassemble de doux rêveurs, plus immatures et dépendants que maltraitants. Ils vivent en groupe sous l’emprise d’un gourou, une femme, qui se fait appeler OM, pour Ombeline.

Un long chemin vers la liberté

Le Je narratif est celui d’une femme qui, depuis sa naissance, devenue orpheline à cinq ans, s’appelle Plume, une orpheline dans la Lumière qui, par son statut, était proche du gourou. Sa mère, India est décédée lorsqu’elle avait cinq ans. Son père Vlad a déserté la communauté, laissant Plume, comme les autres enfants de la communauté, grandir dans la saleté et la famine avec des chaussures, jamais à la bonne taille, mais surtout avec un manque d’amour et de protection manifestes.

À ses dix-sept ans, elle s’enfuit. Elle doit se réadapter, avec l’aide de Georges, à la vie dans le monde, à ses conventions, ses codes, son langage et ses rapports sociaux avec ceux qu’elle désignait avant comme « Les Autres ». Elle approfondit ses connaissances dans la culture des plantes qui, petit à petit, l’aident à se libérer de ce soutien et à explorer le monde des « Autres », qu’elle doit apprendre à connaître et auquel elle doit s’ajuster.

Cette première libération ne sera pas la dernière. Il lui faudra encore beaucoup de témérité et de courage pour remettre ses représentations en doute et trouver son propre chemin. Et, aussi, pour combler le vide de l’absence que le temps et les événements n’ont pas réussi à effacer. En s’occupant d’autres, cette femme commence à apaiser son sentiment de vide et d’inutilité.

Un portrait touchant

À travers ce beau portrait de femme qui, à partir d’un surnom, se réapproprie son identité, Florence Châtaignier interroge notre condition. Avec ses renaissances et son pouvoir de se réinventer, elle crée un conte sur l’émancipation de la condition féminine et même sur la condition universelle humaine. Elle force à une réflexion introspective sur nos propres représentations et souligne que les chaînes sont à casser autant dans nos corps que dans nos têtes.

Pour son second roman, Florence Châtaignier reprend des thèmes qui lui sont chers, la filiation, la renaissance, le poids des codes sociaux et le chemin de vie. Longtemps je me suis interrogée sur ce que vouliez nous transmettre Florence Châtaignier avec sa Plume, qui devient Anita et avec un nom, celui de Dherbecourt, qui devient Desjoyeaux, et pour finir redevient Plume. Mais, je me suis extrêmement attachée à cette femme qui nous fait cheminer à ses côtés, conservant une certaine ironie, pour dédoubler son regard et nous permettre de nous y projeter.

Pourquoi lire Fuir la lumière ?

Fuir la lumière est avant tout le portrait d’une femme qui doit apprendre à se libérer deux fois : d’abord physiquement d’une communauté sectaire, puis mentalement des schémas de pensée qui ont façonné son enfance. Florence Châtaignier montre avec beaucoup de justesse combien il est difficile de se construire lorsque les premières années de la vie ont imposé leurs propres règles.

À travers Anita, devenue Plume puis retrouvant finalement son nom, le roman explore la filiation, l’identité, la transmission et la possibilité de renaître à soi-même. Mais il ne s’agit jamais d’un récit désespéré : au contraire, son optimisme et son ironie accompagnent une femme qui découvre peu à peu que son passé, même douloureux, peut devenir une force.

Fuir la lumière, un roman foisonnant et profondément humain de Florence Châtaignier sur la liberté, la reconstruction et la capacité de chacun à briser les chaînes que l’on porte parfois autant dans sa tête que dans son corps.

Remerciements

Aux Éditions Cherche Midi et à Netgalleyfrance

Puis quelques extraits

Nous vivions dans l’ignorance bénie de la civilisation.

J’étais la preuve qu’on pouvait bâtir son château de sable à un autre endroit de la plage que celui qui nous avait été assigné. Il y a des emplacements trop secs. Même les simples amateurs le savent, des endroits où le sable est trop meuble : la tour s’effondrera à tous les coups. II faut alors choisir une autre parcelle pour ses fondations, un endroit plus risqué – il faudra se déplacer un peu plus près du bord, peut-être même courir le risque de se faire éclabousser par une vague – mais où le sable aura la texture adéquate.

À quel moment précis suis-je sortie de ce coma de la mémoire, ai-je décidé de quitter le mode épouse en pilote automatique ? Les enfants devaient avoir trois ans, plus ou moins, quand Guillaume m’invita à diner au deuxième étage de la tour Eiffel pour m’annoncer (pas me proposer) que nous allions déménager à Londres après les vacances. Une promotion, une aubaine selon lui. Il mentionna même le salaire comme pour clore la conversation. « C’est une offre qui ne se refuse pas ma chérie ». Je crois m’être réveillée à ce moment-là, notant au passage le ton paternaliste de mon mari, son autorité qu’il déguisait en affection.

Et, encore

Trouver ma juste place dans ce monde me paraissait une prouesse, un sommet impossible à gravir. Jour après jour, je cherchais l’endroit où je ne serais plus si mal à l’aise parmi les hommes, un tel lieu devait exister ? OM m’avait seriné pendant toute mon enfance d’écouter mon instinct. « PLUME, TON INTUITION EST INCOMMENSURABLE, CESSE DE L’IGNORER. » Sa voix me revenait comme un acouphène.

Apparemment, le corps sait mourir bien qu’il ne l’ait jamais fait..

Et, encore, encore

J’ai construit un mur, brique après brique, autour de mon enfance. Cette entreprise a occupé la plus grande partie de ma jeunesse. Il fallait avancer sans rester engluée dans la Lumière, se débarrasser de cet excès de clarté. On trouve sur YouTube une technique particulière pour sortir des sables mouvants :il faut ramper sur le ventre, onduler, sans geste brusque. J’ai opté pour une méthode similaire, pourtant, il m’apparaît ces derniers temps qu’un peu de Lumière est restée coincé à l’intérieur de moi.

Je savais d’expérience que ces deux femmes n’étaient que des intermittentes de la parentalité et qu’elles me rendraient à la première occasion, au moindre sursaut dans leur histoire. Je leur dois beaucoup cependant.

Certains membres de notre secte s’étaient montrés tout à fait décents envers moi, mais personne n’avait été à la hauteur de la tâche à accomplir : m’adopter, m’élever, me rassurer, me tenir la main pendant cette enfance interminable. M’aimer inconditionnellement en somme.

Et, encore, encore

Comme les photographies vintage, mes souvenirs de maman étaient usés d’avoir trop servi. J’essayais de les économiser dorénavant, de les préserver: je ne les convoquais qu’en cas de besoin impérieux.

J’avais concocté une théorie à son sujet : il y avait plusieurs versions de OM à l’intérieur de sa tête, un authentique gourou suintant la bienveillance laissant parfois la place à une femme entre deux âges, irritable et aux troubles alimentaires non soignés.

Un simple sentiment ressurgit si je me concentre sur cet épisode : la gentillesse dégoulinante des adultes autour de moi. C’est une réaction courante, anecdotique même, mais le pire pour un enfant en deuil, ce sont justement ceux qui se saisissent de l’opportunité pour prouver leur vigueur morale. Pour démontrer quils sont de bonnes personnes.

Ici en bref

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Du côté des critiques

Pour aller plus loin

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Questions pratiques

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Fuir la lumière de Florence Chataignier

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Le Cherche Midi – X :  @lecherchemidi Instagram : @cherchemidiediteur- Facebook

Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782749185903  – Lecture en juin 2026

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