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Ici commence la terre : le roman de Jadd Hilal sur l’exil palestinien et la mémoire familiale

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À travers le destin de sa grand-mère Aïda, Jadd Hilal raconte bien davantage qu’une histoire familiale : il fait entendre la mémoire d’un peuple déraciné. Dans le roman Ici commence la terre, il raconte Aïda, déracinée par son mariage puis exilée avec son mari et leurs enfants, en 1948, comme 700 000 à 800 000 Palestiniens, obligés de quitter leur terre.

Par conséquent, réfugiée à Beyrouth, illettrée et loin de sa propre famille, elle est confrontée à des difficultés pour survivre. Ainsi, avec des médicaments et la présence de ses enfants, elle affronte un quotidien terriblement anxiogène. Par ailleurs, son mari, Ghani, est joueur de mijwiz. En effet, incapable de retrouver une véritable place dans le monde intellectuel et artistique de la capitale libanaise, il vivote dans de petits orchestres où il n’est que « le Palestinien », ostracisé et réduit à la honte ainsi qu’à la perte de son statut social. Le couple vit alors rapidement en parallèle. Pourtant, aux jumeaux, Roga et Amir, s’ajoutent d’autres enfants, notamment Batala et Moudika.

Enfin, Jadd Hilal raconte le parcours de sa grand-mère, ses malheurs et, de temps en temps, ses moments de bonheur, mais toujours, malgré tout, sa force à faire vivre sa famille, à élever ses enfants et à leur offrir le meilleur. Surtout, à travers elle, c’est l’histoire de ce peuple chassé de sa terre, contraint à l’exil, qu’il nous raconte. En outre, avec des chapitres très courts, il décrit la peur, l’angoisse, le déracinement, le repli sur soi, l’inquiétude d’être dénoncé, arrêté, emprisonné et remis aux mains des Israéliens. Mais, il montre aussi la débrouillardise, l’affection qui laisse la liberté à ceux qu’elle aime ainsi que les liens familiaux indispensables pour continuer à vivre et à espérer. Un parcours de vie qui force le respect, alternant moments de déroutes et élans d’une témérité folle.

Écrire pour comprendre

Ainsi, pour contrecarrer l’anéantissement dû à la perte de repères, son petit-fils raconte, à travers ce beau portrait féminin, l’histoire d’une famille et, simultanément, celle du peuple palestinien, faisant de l’année 1948 un repère fondamental. Alors, si aujourd’hui les représailles israéliennes après les massacres du 7 octobre 2023 forcent la nation palestinienne à un nouveau déracinement, il faut les remettre en perspective avec cette date.

Jadd Hilal évacue la question de la pauvreté et du manque en faisant du mari de sa grand-mère un homme issu d’un milieu bourgeois. Ainsi, la précarité, l’insalubrité, la chaleur ou encore la promiscuité ne sont pas évoquées. Finalement, le récit se concentre sur ce que l’exil fait au corps, à la raison et à la santé, y compris mentale, en retentissant sur toute une famille qui apprend désormais à vivre avec.

Le portrait que fait Jadd Hilal de sa grand-mère, qu’il admire, est celui d’une femme à la fois forte et terriblement fragile. Lorsque la peur de la mort se fait plus présente, elle se recroqueville dans son foyer, essayant d’effacer toutes ses traces. Puis, lorsque l’étau se desserre, elle reprend le cours de sa vie en chérissant ses enfants, source et béquilles de son équilibre, et s’ouvre à sa communauté.

Forces et failles à la fois

En somme, Jadd Hilal raconte avec beaucoup de pudeur l’effondrement qu’a vécu cette femme. On sent toute la tendresse de l’enfant qui fut, dans la réalité, « son petit espoir ». Les phrases sont courtes ; elles disent l’essentiel. Cette terre à jamais quittée renaît dans les chansons, les réunions de famille, les plats cuisinés, le rire des enfants et la chaleur d’un soleil oublié. Comme un héritage que la famille préserve, elle demeure son bien le plus précieux, au-delà des souffrances et de toutes les douleurs.

Difficile d’oublier cette grand-mère percutée par l’Histoire et à jamais blessée par la perte de sa terre. Dans ce roman, Ici commence la terre, l’exil retentit sur toute une famille, en réorganise les trajectoires de chacun et s’affirme comme une épreuve particulièrement dure à surmonter. Avec ses mots tendres, Jadd Hilal offre un hommage à la femme qu’il aime. Mais, il témoigne aussi d’une histoire qu’il ne nous faut jamais oublier. Être chassé de la terre de ses ancêtres reste une blessure toujours béante. De ces incompréhensions, le présent continue de se faire l’écho.

En quelques mots

À travers le destin de sa grand-mère Aïda, Jadd Hilal raconte l’exil palestinien de 1948. Un roman sobre et sensible qui explore les blessures du déracinement, la force des liens familiaux et la transmission d’une mémoire toujours vivante.

Remerciements

Aux éditions Elyzad

Puis quelques extraits

Garder un peu de ma terre d’autrefois, grâce à ces gens comme moi, à leurs souvenirs, leurs visages plissés, leurs mains rugueuses et noircies par les champs.

La mort du ciel palestinien, dans le cercueil des immeubles.

Une étrangère, voila ce que j’étais. Aux Libanais du quartier, aux Palestiniens du camp.

Il a roulé au bord du Nahr Beyrouth, et en voyant la rivière à ses pieds, il me l’a raconté en rentrant, il a été jaloux d’elle. On ne l’embêtait pas, on l’a laissé aller où elle voulait, tranquille. Et quand on essayait de la retenir, c’était peine perdue, elle coulait entre les doigts.

Et le temps a coulé encore. C’est ça, la dépression. Toutes les années se ressemblent. Obliger mes filles à être ce que je voulais qu’elles soient, une épouse, est devenue une obsession. Ça me rendait folle, je ne pensais à rien d’autre. Je n’en dormais pas de la nuit.

J’ai connu pour la première fois de ma vie un bonheur durable, solide. Celui des gens qui ont marché longtemps sur le chemin de la peine.

–Je suis désolée, Yamma, notre village est resté israélien depuis 1948.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Ici commence la terre de Jadd Hilal

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Elyzad – Instagram : editionselyzad – X : @edelyzad – Facebook – Linkedin

Parution : 21 août 2026 – EAN :  9782494463745 – Lecture en juillet 2026

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7 commentaires

  1. 700 000 à 800 000 exilés, ce nombre donne le tournis, et encore plus quand on voit que ce peuple continue à souffrir.
    Je suis toujours très touchée quand un auteur évoque une figure familiale avec cette tendresse qui permet de saisir son amour. Le roman a l’air très touchant.

    • Oui, et en plus, il évoque le passé de tellement de Palestiniens, une tranche de notre Histoire.

    • Oui, il ne s’agit pas d’être d’un côté ou de l’autre, mais d’être du côté de l’humanité.

  2. Je le note, le sujet m’intéresse et me touche. Ce peuple a beaucoup souffert et ça n’est pas près de s’arrêter malheureusement. Bonne soirée

    • Oui, son récit est universel.pour tous ceux contraints à un exil forcé. Bonne journée

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