
Avec habibi beyrouth, Manal Salamé raconte un double exil, le choc d’un monde que rien ne rassemble et la quête identitaire d’une femme, la quarantaine, toujours célibataire et sans enfant.
Lorsque qu’un matin, Amal se réveille en ayant fait le cauchemar de ne plus parler la langue arabe. Elle se dit qu’il est temps de bouger. Voilà dix-sept ans qu’elle n’est pas rentrée chez elle, chez ses parents, dans son Liban, le berceau de son adolescence. Partagée entre le Liban par son père qu’elle appelle Baba, et l’Algérie par sa mère, elle a vécu tout d’abord en Arabie saoudite pour une bonne partie de son enfance, puis à Beyrouth. Pour garder sa liberté, elle a choisi l’exil en France. Seulement, au mitan de sa vie, son malaise s’itensifie.
Obligée de rester plus longtemps que prévu pour pouvoir obtenir une carte d’identité, Amal se heurte aux convenances, aux diktats sociaux et aux représentations identitaires. Elle doit prouver sa liberté et son indépendance.
Exil et quête identitaire
De souvenirs en souvenirs, Manal Salamé décrit la complexité du Liban, le déchirement entre les communautés, la force du Hezbollah dans le sud, les différentes religions, la colonisation française et les incursions d’Israël. Toutes les vies semblent claquemurées dans la violence des passés, différents, selon la communauté auxquelles elles appartiennent.
Au fil des remémorations, l’histoire défile, enmêlée où la chronologie est oubliée et même remisée. Cette présentation rend la compréhension difficile et la réflexion compliquée. Les événements défilent d’une époque à l’autre apportant des bribes délicates à relier à l’histoire générale du Liban.
Moins l’histoire de son pays, l’héroïne recherche celle de sa famille. Car habibi beyrouth décrit l’effacement de l’ancrage que provoque l’exil. Où poser sa maison lorsqu’on ne sait d’où on vient ? À quelle histoire se raccrocher lorsque jamais elle ne fut racontée. Pendant son séjour, ce sont les réponses qu’obtient l’héroïne de Mamal Salamé.
L’héroïne et son autrice semble se confondre dans ce premier roman. Quelle est la part de la fiction ou de l’autofiction ? L’héroïne comme Manal Salamé utilise la photographie comme médium artistique. Elles sont toutes les deux franco-libanaises. Son éditeur précise que « ses travaux artistiques traitent de l’exil, l’absence, la quête identitaire et des mouvements sociaux« .
Manal Salamé transforme son habibi beyrouth en une quête identitaire, couronné depuis peu par le prix du roman de France Télévisions 2026. Un premier roman à la construction particulière qui raconte son Liban par les yeux de son autrice.
En quelques mots
Avec Habibi Beyrouth, Manal Salamé explore le déracinement, l’exil et la quête des origines. Amal, Franco-Libanaise de quarante ans, retourne au Liban après dix-sept années d’absence. Entre mémoire familiale, fractures historiques et questionnements identitaires, ce premier roman singulier interroge l’appartenance et la transmission dans un pays marqué par les divisions.
Puis quelques extraits

Nous sommes trois fois plus nombreux à travers le monde que dans notre propre pays. Jamais nous ne pourrions tenir sur 10 452 kilomètres carrés. Si nous rentrions tous au bercail en même temps, le navire qu’est le Liban coulerait sous notre poids.
Et qu’ici, avant d’être Libanais, votre identité est rivée à votre foi.
Quand je ferme les yeux, j’ai beau lutter, l’esprit dérive. Je viens d’effleurer la douleur de rentrer chez soi, et de sy retrouver en terre inconnue.
Peu importe qu’elle vous ait porté neuf mois, en 2021, une Libanaise ne peut toujours pas vous transmettre sa nationalité.
Mais, il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, toutes confessions, toutes classes sociales et tous bords politiques confondus : les apparences.
Et, encore,
Comme elle, j’apprends qu’au Liban tous les sujets s’abordent sous le prisme des confessions. Et qu’il ne suffit pas d’être juif chrétien ou musulman, mais qu’il existe aussi des sous-boîtes dans lesquelles nous sommes répertoriés et étiquetés pour motif de recensement.
Montre-leur, là-bas, ce qu’il reste de nous, ici. Et pas la misère, s’il te plait. Même si nos façades ont été pulvérisées, même si on est en colère, crois-moi. Il reste de l’espoir. C’est comme ça au Liban. Les crises passent, la vie reste. Habibi Beyrouth: la voilà ton histoire !
Une vis dans une paroi blanche, ça vous cheville.
Ici, la vie se passe sur les balcons et se contemple depuis les balcons. Il suffit d’y installer une chaise ou deux, orientées vers l’extérieur, une table pour y poser votre café et un cendrier. Puis, de vous asseoir et d’attendre. De là, vous verrez nos vies se déployer comme les draps et les culottes qu’on étend sur des cordes à sécher, sans pudeur. Certes, on lave notre linge sale en famille, mais on l’exhibe quand il est blanchi.
Ici en bref




Du côté des critiques : Libération
Questions pratiques

habibi beyrouth – Manal Salamé
Prix Roman France Télévision 2026
Editions La Tribu – Instagram : @latribu_editions
Parution : 4 mars 2026 – EAN : 9782487858459– Lecture en mai 2026

C’est un livre qui m’intéresse énormément.
Elle lie quête identitaire et histoire du Liban, passionnant !
Une auteure qui ne reconnaitra sans doute pas son pays quand elle y retournera.
Terrible !
Le thème m’intéresserait mais si « l’histoire est emmêlée », je préfère lire d’autres romans. Bonne journée
Comme tu veux ! A toi de choisir ! Excellente continuation 🌼
Bonjour Matatoune, l’exil et l’identité sont des sujets toujours riches et intéressants. Je connais mal l’histoire du Liban, qui semble très complexe et surtout douloureuse. Merci pour cette présentation 🙏 Excellente journée à toi ☀️📚📖✨️
Merci à toi pour ta fidélité. Un premier roman couronné par un prix prestigieux. De quoi attendre le prochain. Excellente continuation 🌼
Ah il y a tellement de livres qu ‘on voudrait lire et tellement peu de temps pour le faire !
Oui la lecture est exigeante en temps mais grand est le plaisir qu’on en retire! Merci pour votre fidélité ! Excellente continuation !
Ce thème de l’exil et des racines est intéressant d’autant qu’il est complexe dans son approche, puisqu’il doit y en avoir autant que de personnes concernées.
Oui c’est sûr. Le sien part d’une envie de conserver sa liberté et son indépendance dans un pays corseté par des usages religieux très implantés ! Et une histoire du Liban bouleversée et bouleversante !
Cela me donne envie de le lire
Alors, j’aurais plaisir à lire votre retour !
Je le note, tu me donnes envie de découvrir ce livre. J’ai eu la chance de visiter le Liban il y a fort longtemps. Bonne semaine
Oh quelle chance ! Un rêve pour moi qui restera dans l’imaginaire ! Excellente continuation 🌼
Effectivement, son livre semble très intéressant.
Elle était invitée à La Grande Librairie la semaine dernière.
Ah, je ne l’ai pas vue ! À regarder en poadcast ! Merci pour ton retour.
Encore un livre que tu me donnes envie
de lire
C’est gentil ! Celui-ci est à découvrir, en effet. Son retour du Liban est assez nouveau parce que son entrée est celui d’une femme indépendante, non mariée et sans enfant. Elle continue à affirmer sa liberté malgré le point des traditions, du communautarisme mais le relie à son passé.