
L’objet du délit d’Agnès Jaoui pose le problème de la recrudescence des agressions sexuelles. Sont-elles trop nombreuses ou même sont-elles justifiées ?
À partir de la mise en scène de l’opéra Les Noces de Figaro, Agnès Jaoui veut faire réfléchir en confrontant le point de vue des boomers aux jeunes générations, du féminisme du XXᵉ siècle à celui de la jeune génération, des relations difficiles entre les hommes et les femmes depuis #MeToo, etc.
Un organisateur, Poirier (Patrick Mille), décide de faire monter l’opéra Les Noces de Figaro par une jeune metteuse en scène Mirabelle (Claire Chust), dont le chef d’orchestre, Igor (Daniel Auteuil), est un maestro renommé et reconnu. Au cours des répétitions, dans les carrières de Lacoste, en plein Vaucluse, l’atmosphère se dégrade entre les chanteurs avec de plus en plus de remarques déplacées, certaines à connotations sexuelles, surtout de la part de Piazzoni/Le Comte Almaviva (Vincenzo Amato). Alors lorsque Sophie/Suzanne (Tiphaine Daviot) énonce son malaise lors d’une étreinte, tout s’emballe. Certaines dénonçant une agression sexuelle, d’autres minimisant le geste. Réunion, grève puis fuitage dans la presse, excuses ironiques et arrêt des répétitions, tout un tas d’événements bouleversent la préparation. Le spectacle aura-t-il lieu ?
Dommage !
En signant cette comédie, Agnès Jaoui cherchait à nous faire rire. Quelques fulgurances font sourire, seulement elles sont rares ! Mais, le sujet est difficile puisqu’ils nous divisent beaucoup, actuellement. Le manque de distance et de recul empêche le film de nous faire réfléchir. De plus, les personnages sont trop caricaturés, ce qui arrête la nuance.
Qu’Agnès Jaoui figure dans son film m’a un peu déstabilisée ! Certes, elle joue souvent dans ses films. Seulement, elle a choisi le rôle d’Hannah/La Comtesse. En prenant le rôle de la diva, femme au pouvoir reconnu, Agnès Jaoui illustre parfaitement le décalage d’une Fanny Ardant soutenant un Nicolas Bedos ou une Catherine Deneuve avec un Depardieu. L’actualité nous montre que les prédateurs ne s’en prennent pas à des femmes puissantes. Ils s’attaquent aux maquilleuses, aux seconds rôles, aux stagiaires, aux fans, etc. Quand en plus, son rôle s’oppose à la qualification d’agression, le malaise devient évident ! Difficile de faire réfléchir si, en même temps, on incarne un point de vue.
Eye Haïdara, dans le rôle de Cora/Chérubin incarne la nouvelle génération. Elle discute les insinuations. Elle dénonce les remarques déplacées. Et lorsque la chanteuse signale le malaise ressenti, à la suite de la façon dont le comte la tient, dans une scène, elle est la première en alerte et part au combat. Grâce aux combats de telles jeunes femmes, une main baladeuse dans les transports, un sifflotement dans la rue et la théorie du non qui veut dire oui sont complètement obsolètes. Et puis, après le #MeToo du cinéma, un coordinateur d’intimité doit veiller au respect des comédiens lors de tournages. Et, dans cette situation, cela aurait été bien utile ! Mais, le film n’en parle pas !
On remercie Agnès Jaoui d’avoir donné le rôle de l’homme du siècle dernier, stressé d’être, peut-être, à son tout dénoncé, à Daniel Auteuil qui joue avec grande finesse et subtilité.
Le sujet de L’Objet du délit devait nous amener à nuancer, réfléchir et tenter de comprendre le point de vue des uns et des autres. En réalité, en caricaturant trop les situations et en simplifiant les personnalités, le film ne fait que présenter des manières de penser qui restent irréconciliables.
Alors, il reste l’opéra, l’esprit de troupe et le plaisir de chanter ensemble, qui amène de belles scènes de partage. Mais, il fallait tourner la page après Place publique (2018) et le travail avec Jean-Pierre Bacri. Évidemment, l’apparition de son nom à la fin du film, qui lui est dédié, nous fait regretter son humour pessimiste et grinçant mais paradoxalement exprimant une tendresse folle. Bref, on attendra le prochain !
En quelques mots
Avec L’Objet du délit, Agnès Jaoui aborde les tensions révélées par #MeToo à travers la mise en scène des Noces de Figaro. Malgré un sujet riche et actuel, le film peine à convaincre. Les personnages caricaturaux et le manque de nuance empêchent une véritable réflexion, même si quelques scènes musicales apportent chaleur et émotion.
Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

L’Objet du délit
Réalisateur : Agnès Jaoui
Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026
Acteurs : Agnès Jaoui- Daniel Auteuil – Eye Haïdara – Claire Chust – Oussama Kheddam – Lucie Gallo –
Pays : France – Durée : 2 h 15

Bonjour Matatoune. J’avais l’intention d’aller le voir au cinéma voisin, mais je vais m’en abstenir. Bon dimanche
Va-y quand -même. Tu me donneras ton avis . Bon début de semaine !
Petite déception donc. C’est un film que j’aurais aimé voir tout de même, le discours plutôt pondéré d’Agnès Jaoui ayant auparavant fait ses preuves (Place publique, le Goût des autres,…). Hélas, je me trouve emporté dans le flot des sorties mastodontes, ce weekend de Gaulle, et le prochain sans doute Spielberg.
Pour moi, peut-être De Gaulle, mais pas tout de suite ! J’attendrais votre retour 😉
Avis libéré, mais pas martyrisé.
A consulter à votre convenance sur le Tour d’écran 😉
J’y vais de ce pas découvrir cette chronique !
Dommage, d’habitude ses films sont très percutants. Bon week end
J’ai été moins conquise ! Bon week-end 🌳
Un film que j’aimerai voir depuis que j’ai entendu Agnès Jaoui en parler à la radio.
Ah, c’est à l’inverse que j’ai ressenti en l’écoutant. Tu me diras ..
Je suis déçue par certains de ses propos que j’ai lu dans la presse, du coup j’hésite à aller voir le film….
Oui, j’y suis allée en ayant lu et entendu ses propos et évidemment, ça influence mon ressenti !
Je vais aller le voir merci pour votre article
C’est un film qui nous force à nous interroger. Vous me direz ?
Je t’avoue que vu le contexte actuel, j’aurais préféré une autre orientation que la comédie ou alors une comédie percutante qui dénonce réellement sans tomber dans la caricature et donc la simplification. Je me contenterai donc de ton avis.
Ce n’est que mon simple avis. Mais, c’est sûr, trop de personnages monolithiques. J’attends de voir d’autres avis de la communauté…
Bonjour Matatoune, j’avais vu la bande-annonce de ce film et n’avais pas trop accroché aux quelques scènes. C’est vrai que le propos parait outrancier… Dommage car j’ai toujours bien aimé Agnès Jaoui, et avec son sens psychologique très aiguisé, elle aurait sûrement pu faire mieux. Merci pour cette présentation, Bonne soirée 🙂
Il fallait dépasser la perte créative de Bacri. Il aura été certainement très difficile à penser, à écrire et à réaliser pour elle sans lui. Maintenant, c’est fait ! À voir pour le prochain ! 😉
oui, de très bons acteurs et un scénario que l’on entend trop hélas. Merci pour cette critique objective.
C’est vrai que particulièrement dans le contexte actuel, pas simple d’avoir une œuvre nuancée et convaincante avec ce que tu décris de ce film.
C’est terrible : on commence par ne pas trop y croire, puis on lit des choses par ci, par là et on découvre que tout le monde savait, que tout le monde mettait en garde mais que tous ont gardé le silence. On a vraiment du chemin à faire pour que les choses changent, si un jour elles changeront !