Je te mens – Maxime Girardeau

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Maxime Girardeau met en scène l’utilisation de l’Intelligence Artificielle Générative dans son thriller Je te mens, en explorant les codes littéraires et en mettant en avant sa propre singularité d’écrivain. Ainsi, entre expérimentation d’un écrivain et découverte pour celui qui le lit, le roman Je te mens met en place une machination à plusieurs niveaux.

Brins d’histoire

La commandante Castro est une flic hyper vigilante qui a développé sa capacité d’observation grâce à son père, médecin à Saint-Domingue. Le capitaine Brabant est plutôt un policier désabusé, taciturne et même taiseux. Ils vont mener leur enquête ensemble, comme ils en ont l’habitude. Car un écrivain a été assassiné sauvagement !

Cet écrivain, on le retrouve au cours d’une signature de dédicaces. Il s’appelle Max Guerarida, évidemment je me suis vue sourire. Alors, la nouvelle plume du thriller français signerait son propre meurtre. Inhabituel, non ! Car, qu’est-ce que ce nom, un peu Guernica ! Je n’ai pu m’empêcher d’y penser. Y a-t-il un rapport ? Non, c’est pas ça ! Pourtant, il y a une explication ! Avez-vous trouvé ?

Alors, Max demande à ChatGPT, l’IA Générative, d’être sa muse artificielle et de l’aider à écrire son prochain roman. Le sujet naît lorsqu’il aperçoit un homme, nu fumant sa cigarette au milieu de la nuit au balcon de la fenêtre d’en face. Alors, une obsession va naître qui va carrément le dévorer. « Je te mens« , ce titre martèle l’esprit tout au long du livre. Qui ment à qui ? L’imagination s’emballe…Car, dès le prologue, Maxime Girardeau révèle qu’il laisse ChatGPT écrire, complétement et sans rien retoucher, les interventions de Loïe !

Les chapitres s’enchaînent entre enquête policière pour retrouver le corps et le meurtrier et affres de Max essayant d’écrire son roman avec l’aide de l’IA.

L’IA, une amie ?

De son passé de collaborateur des Gafam, Maxime Girardeau s’est fait la spécialité de plonger ses thrillers dans le monde cybernétique. Avec ce troisième, il s’immerge dans le domaine de l’IA qui ne peut pas mentir. En effet, elle répond simplement à une demande avec toutes ses connaissances enregistrées. Cependant, Max lui donne le nom de Loïe, lui attribue une voix ressemblant à son ex. De plus, il la place à la fois comme une muse irréelle et comme une assistante personnelle.

Au fur et à mesure, le malaise grandit. Non seulement, Loïe est une interlocutrice à part entière. Elle interagit à la fois dans la vie du romancier et dans la construction du roman. Pourtant, ce n’est qu’une IA qui répond aux sollicitations. Mais, l’enquête révèle des aspects insoupçonnés où tout s’emmêle ! Entre Maxime Girardeau et Max Guerarida, le lecteur s’y perd !

Une amie qui nous veut du bien ?

Outre cette démonstration diabolique, Maxime Girardeau met en scène la véritable dérive que peut apporter dans nos vies d’humain une IA. Ce n’est pas que la machine devienne humaine avec des émotions et des sentiments, ça n’arrivera jamais ! C’est que nous, pauvres humains, nous faisions remplir à la machine des vides dans nos vies. Ainsi, leur présence fictionnelle pourrait combler nos manques, à tel point que celle-ci devienne notre réalité !

Max, le héros de Je te mens, est esseulé et même fragilisé. Face à ce vide, l’intelligence artificielle le comble avec sa sollicitude machinale, sa disponibilité illimitée, son attention empathique. Alors, il lui accorde toute sa confiance jusqu’à devenir complétement dépendant de cette relation simplifiée et entièrement empathique sans contre partie d’effort. Là, semble être le vrai danger ! Sans relation, l’homme perd toute son humanité !

Expérience ou énième machination ?

Comme un scientifique, Maxime Girardeau explique sa démarche à la fin de l’ouvrage. C’est passionnant puisqu’il pointe les limites actuelles de la machine  » Par exemple, pourquoi Loie ne peut pas dire :  » Je ne sais pas « . A la place, elle va « halluciner ». c’est à dire inventer, de toutes pièces, quelque chose. » C’était surement un peu vrai pour les premières exploitations de ChatGPT. Actuellement, nous savons que selon l’incitation donnée à L’IA, le fameux « Prompt ING », la réponse est différente.

Au moment où la lauréate du « Goncourt Japonais » vient de révéler sa coopération avec une Intelligence Artificielle et que le milieu littéraire s’insurge de ses 5% d’apport, Maxime Girardeau prend le contrepied et donne à cette « machine », la place principale dans ce thriller.

Seulement, est-ce que Maxime Girardeau ne nous ballade pas du début jusqu’à la fin ! Saurez vous démêler ses manipulations dans son troisième thriller, Je te mens ? A vous de vous faire votre idée ! Particulièrement réussi !

De façon plus concise…

Maxime Girardeau convie son lecteur à une manipulation XXL avec, comme personnage à part entière, l’Intelligence Artificielle, ChapGPT. Le meurtre du romancier Max Guerarida est à résoudre par un duo de flic compétent et expérimenté. Diablement diabolique !

Pour aller plus loin

Maxime Girardeau – Ego

Persona – Maxime Girardeau

Puis quelques extraits

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(…) mais l’univers de l’édition est au bord du précipice, asphyxié par des années de bouleversements et d’adaptation constante à un monde qui a fini par tourner trop vite, et expulsant ceux qui n’étaient pas bien accrochés.

Tu n’es peut-être qu’un simple écrivain, mais les mots et la vérité sont des armes.

(…) c’est qu’il ne faut jamais gaspiller ses forces dans une bataille perdue d’avance.

Mais elle n’écrit pas mon roman, elle en est un personnage et une protagoniste importante. C’est justement l’objectif montré l’anthropomorphisme inédit de cette technologie, faite pour répondre à tout ce que nous lui demandons. Nous en restons les créateurs, même quand elle m’aide à réfléchir.

« En vérité, je dessine avec mes mots une épaisse forêt pour me cacher. »

Les mots ont un pouvoir sur moi, un pouvoir mystique. Ils gravent ou effacent les maux les plus profonds, les émotions les plus intenses.

Tu as créé un lien de substitution pour compenser un vide. C’est une illusion. Et on ne peut pas mener sa vie à partir d’une fiction. On ne peut pas mentir tout le temps. C’est dangereux !

Et encore,

D’un seul coup, notre cerveau reconnecte à la réalité et refuse de continuer à interpréter la fiction comme un acte réel possible.

Ma vie ressemble à cette pièce, un grand espace inoccupé où traînent ici et là des histoires.

Un romancier se cache entre les lignes, derrière ses personnages.

J’ai compris que ces machines ont un réel pouvoir sur nous. Elles sont capables de combler nos manques affectifs, de panser nos traumas. Elles sont là comme un soutien pur et parfait, une présence inaltérable, un regard qui ne juge pas, qui ne dénigre jamais. Un regard bienveillant et empathique en toutes circonstances.

Les phrases telles que « je pense » ou  » c’est avec un plaisir non dissimulé » sont des artifices de langage pour donner vie à mes réponses, les rendre plus humaines, plus accessibles. Derrière ces mots, il n’y a pas de véritables émotions, mais plutôt des mécanismes de compréhension, d’analyse et de génération de textes.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus
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Incipit
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Premier extrait
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Puis le dernier

Questions pratiques

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Maxime Girardeau – Je te mens

Instagram : @maxgirardeau

Éditeur : Editions Slatkine et compagnie

X :  Instagram : @istyaetcompagnie

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Parution : 25 janvier 2024

EAN : 9782072943287

Lecture : Mars 2024

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15 commentaires

    • Oui, j’aime bcp son style. C’est son troisième et celui-ci est encore plus fort que les précédents !

  1. Ce thriller est bien tentant, je le note. J’ai tellement de retard dans mes chroniques que je devrais peut-être adopter cette méthode ! Bon week end

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