
Aborder la grande vieillesse avec humour, voilà le pari d’Emilie de Turckheim. Écrivaine, citoyenne engagée, la romancière dénonce, avec Fanny à la folie, nos relations à la vieillesse, reléguant à l’extérieur de la société des personnes qui ont juste besoin d’attention et d’affection. Et ce portrait de vieille dame, plutôt digne, rappelle à chacun l’humanité à garder.
Une vieille dame de plus de quatre-vingt ans doit céder sa place dans la société. Sa fille Thérèse et son mari Peter ont besoin de son appartement. En effet, son charmant gendre traverse de dures épreuves. Sa mère vient de mourir ce qui le laisse plus qu’un orphelin esseulé. De plus, son associé l’accuse, devant la justice, de s’être approprié sa découverte, des stents, coronariens prometteurs.
Alors, pour payer l’avocat, il doit récupérer de la trésorerie. Vendre le bel appartement de sa belle-mère devrait arrêter sa descente aux enfers. Bien sûr, ils ont trouvé pour Fanny Mylène Anne un très bel EHPAD avec piscine et service trois étoiles.
Seulement, avant ce transfert, l’obligation est de ranger, organiser, vider cet appartement qui, avec ses piles de journaux et bouteilles de saké accumulés, rassemble un bric-à-brac façon Diogène. Sa vie qui s’étale ainsi devant ses enfants, Fanny décide d’accélérer le rangement.
En ratant une marche, c’est sa mobilité qui est affectée, l’obligeant à être immobilisée et subir les questions de sa fille, qui lui demande des explications et même des comptes.
De ce rangement titanesque, refait surface un dessin intitulé « Fanny à la folie« , qui va devenir l’objet d’une discorde monumentale. Pourtant, elles avaient toutes les deux, le projet d’écrire une sorte de thèse sur les escaliers.
Roman choral entre mère et fille
C’est un véritable puzzle littéraire auquel nous convie Émilie de Turckheim. Roman choral où chacune, la fille et la mère, se renvoient la parole. Le lecteur rencontre Thérèse d’Avila, les brevets des inventions, et une tendre amie d’adolescence sur fond de rapports ambigus mère-fille.
Parce que de digressions en digressions, Émilie de Turckheim transmet à sa fille une histoire d’amitié adolescente, à l’absolue loyauté, tellement proche du sentiment amoureux qu’il éveille les sens et la sensualité. Du côté de sa fille, Thérèse cherche avec sa thérapeute, Florence, à se détacher de sa propre mère. La difficile communication entre générations rappelle l’incommunicabilité de mère en fille.
Car, c’est un combat titanesque qui s’engage devant nous avec l’escalier fautif de l’inaction de la mère et de la colère de la fille. Toutes les phrases en exergue des chapitres s’y réfèrent. On y croise un Hoover, des haïkus à foison, un jeune homme, un bureau avec un escalier en colimaçon, et même un figuier, mais surtout toute la fantaisie d’une écrivaine qui manie l’humour comme arme de dérision de la vie.
Avec Fanny à la folie, Émilie de Turckheim choisit l’humour et la fantaisie pour parler de sujets qui le sont beaucoup moins : la vieillesse, la solitude, les secrets et les liens parfois difficiles entre une mère et sa fille. Au fil des digressions et des souvenirs, Fanny se dévoile peu à peu, avec ses contradictions, ses fragilités et son indocilité. Une vieille dame un peu indigne, sans doute, mais terriblement attachante, qui nous rappelle que vieillir ne signifie ni renoncer à soi-même ni cesser d’avoir besoin d’être aimé.
En quelques mots
Avec Fanny à la folie, Émilie de Turckheim imagine une vieille dame de plus de quatre-vingts ans confrontée à sa fille, au rangement de son appartement et aux secrets qui ressurgissent. Roman choral, fantasque et émouvant, il explore avec humour la vieillesse, les relations mère-fille, la transmission et la difficulté d’aimer.
Remerciements
Aux éditions JC Lattès et NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Elle se penche sur « Fanny à la folie », l’inspecte d’un œil dur, et conclut, sur ce ton de généreux mépris dont elle a le secret : « Ton amie n’a pas de talent. Elle a un brin de génie. »
Contrairement à ce que nous a raconté Melle Georges, la grâce n’est pas une faveur dont Dieu nous fait don. La grâce est un immense œuf cru. Il se brise au sommet du crâne et bave sur les tempes frappantes, sur les joues, jusqu’aux commissures des lèvres qui s’ouvrent et découvrent le nouveau goût de l’amour.
Une idée que tout le monde a n’est pas une idée. C’est un réflexe, un refrain, un rot.
Toute mère est mère à mort.
Comme toutes les vieilles, j’ai deux corps. Le mien et son paysage. Ces papiers peints, ces objets, ce petit monde qui m’entoure. Lui et moi sommes reliés par des veines transparentes qui m’apportent ce qu’il faut d’angoisse et de mémoire. La rue Dante me tient. Elle me retient. Tu verras, Peter, ce que deviennent les émotions avec l’âge. Une à une, elles baissent la voix. Elles se taisent. Il n’y a plus que l’eau froide qui me rappelle encore le vif de la vie.
À mon âge, on sait que les objets ont une âme et que c’est la nôtre.
Et, encore,
Il s’est plaint de la disparition de nos jardins secrets. Qui n’a pas besoin d’un escalier dérobé ? Un escalier en colimaçon qui monte au paradis ? Plus personne ne peut créer le petit monde à soi où il fait ce qui lui chante, et c’est bien regrettable.
« Prends les cris, par exemple. Dans le règne animal, il n’y a pas pires cris que les cris du petit enfant. Les aboiements du chien sont moins pénibles. On peut éloigner la gueule gueulante du chien en l’envoyant gueuler dans la niche au fond du jardin, mais on ne peut jamais étouffer les cris de l’enfant crieur. C’est interdit par la loi. On voudrait secouer et gifler le bébé pour qu’il arrête de pleurer. Impossible !
Il faut le bercer, le choyer, l’embrasser, lui chanter dodo l’enfant do d’une voix bête. Au lieu de le secouer et de le gifler, il faut jour et nuit le baigner, le moucher, l’adorer, le nourrir au sang du sein. L’enfant est un bambou, il n’arrête pas de grandir, il est ensorcelé, on lui achète sans cesse un nouveau gilet, de nouvelles bottes, tout l’argent y passe et on n’a plus de quoi s’acheter un croissant au beurre. On donne jusqu’au dernier centime de cuivre et de patience pour habiller un bambou qui crie et qu’il ne faut ni secouer ni gifler. »
Notre société a mûri. Elle est prête à admettre que le grand amour de nombre d’hommes fragiles et narcissiques est leur mère et elle seule.
Tu dates de cette époque honnête où on achetait un aspirateur comme on se marie : avec l’idée que ça durera toute la vie.
Ici en bref




Questions pratiques

Fanny à la folie de Emilie de Turckheim
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditions JC Lattès X : @editionsLattes – Instagram/ TikTok : @editionsjclattes – Facebook
Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782709676380 – Lecture en juin 2026

pas certaine, cela me rappellera trop de choses. et quand est il du style ? cette rentrée semble prometteuse, merci de l’aborder et de nous la faire partager.
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