
Vincent Vigneron signe, avec Rien que de grands tournesols, son premier livre publié : une biographie romancée consacrée au peintre Vincent van Gogh. D’un Vincent à l’autre, ce roman foisonnant recompose la vie de Van Gogh dans une langue en incandescence, lumineuse et en perpétuel débordement.
Entre ces deux Vincents, plus qu’une compréhension, une fusion, à un siècle et demi d’intervalle. Vincent Vigneron convie à entrer dès l’enfance dans la vie de van Gogh. Le lecteur sait alors qu’il ne regardera plus jamais les tableaux de l’artiste comme auparavant.
Errance, souffrance, rejet, désir d’absolu, la palette est grande pour rendre compte de la douleur que l’artiste a vécu. Cette touffe rousse, ces yeux bleus et ce visage émacié nous observe tout au long de la lecture. Ce Vincent-là interroge le lecteur sans être sûr qu’il puisse comprendre ses tourments.
Et Vincent Vigneron nous accompagne, nous enrôlant dans sa langue débordante, foisonnante. Elle épouse le délire de l’artiste pour décrire la trajectoire de cet OVNI artistique. Le travail de documentation est extrêmement sérieux. Il est complètement intégré pour rendre compte de la complexité d’une vie, et surtout de celle-ci.
Un récit époustouflant
Le lecteur est transporté dès les premières années de sa vie dans cette famille guindée, au cœur de la Hollande du XIXᵉ siècle. Il est l’aîné, à la suite d’un frère portant le même prénom mais effacé de la mémoire familiale. »Dans l’une des six cent cinquante-deux lettres échangées avec Théo, Vincent confiera toute la peine provoquée par la disgrâce tombée sur lui dès l’enfance et qu’il associera au rayon noir de ses parents aussi délétère qu’un feu de houilles. »
Vincent Vigneron décrit des ambiances de façon très étayée, celle des miséreux de tous les pays avec lesquels l’artiste cherche à se fondre, comme s’il voulait faire de leur misère son propre sacerdoce, des prostituées, des amis peintres qui l’entourent à Paris et ailleurs. Apprenti vendeur d’art puis apprenti pasteur, en réalité, ce Vincent-là n’aura cessé d’apprendre à supporter ses sautes d’humeur, sa soif d’amour, toujours absolue et et ses indécisions. Sauf, sauf lorsqu’il peint ! Alors, tout s’arrête, se délite et s’étire dans ce geste sur la toile, dans le choix des couleurs. Enfin, tout s’apaise. « Jaune du pont, bleu du ciel, et mélange infini de leurs atténuations dans les plans d’herbes et le miroir de l’eau. Un impasto blanc sur la gauche extrême compose un nuage inédit, pincer, claqué, tisonné, un nuage malade et tyrannique.«
Découvrir l’homme pour comprendre les tableaux
Le titre des tableaux en italique décuple encore le plaisir de la lecture avec cette conceptualisation fictionnelle. L’amoureux des Tournesols est aussi un fin lecteur cultivé. « Toujours, comme dans ses lettres, fourmille le vif d’un immense champ lexical, celui de la couleur, trois ou quatre entrées par alinéa, un fort lilas, un triste mauve, un reflet de cuir, la bosse d’un carmin impérial, un éclat de turquoise turc -car ça doit bien exister -, le rose périclité des carnations. »
Au fil des pages, dans cette proximité nouvelle avec l’artiste, le lecteur décèle le recul, et quelquefois l’ironie, même si le récit de son oreille coupée l’étreint fortement. Pourtant, l’écriture de Vincent Vigneron reste le plus souvent au plus près de la souffrance de cet homme. « Il est intimidant de voir quelqu’un peindre ne serait-ce qu’une cruche avec une intensité telle que les deux prochains coups de pinceau pourraient le tuer.«
Cette biographie romancée impressionne autant par la rigueur de sa documentation que par la puissance de sa langue. Vincent Vigneron ne raconte pas seulement la vie de Vincent van Gogh : il tente d’habiter son regard, ses élans, ses blessures et son rapport viscéral à la peinture. Ce faisant, il offre bien davantage qu’un roman consacré à un peintre de génie. Il donne envie de revenir aux toiles, de les contempler autrement, comme si chacune d’elles portait encore l’écho d’une existence consumée par la création.
Pourquoi le lire ?
Parce qu’il révèle l’homme derrière le mythe. Parce qu’il éclaire les tableaux par la vie de celui qui les a peints sans jamais tomber dans l’explication facile. Parce que la richesse de la documentation se fond dans un récit d’une rare intensité. Et surtout parce que Vincent Vigneron réussit à faire ressentir, plus qu’à raconter, l’urgence de peindre qui animait Vincent van Gogh. Une très belle découverte, aussi exigeante que lumineuse.
Remerciements
Aux éditions Robert Laffont
Puis quelques extraits

C’est l’amour qui rend la vie digne d’être vécue ou, un rebours, insupportable, car de notre plein gré nous lui accordons ce pouvoir. C’est le grand pourvoyeur de sens, le salut offert à tous pour un prix modique, la déité aux yeux en amande dans l’une des mains est armée et courroucée.
Comme toujours, presque, sur la route, il est heureux. L’activité et le grand air empêchent la délectation morose. Chaque pas créé son propre but : mourir dans le pas suivant. Et le pas suivant est la preuve que l’on peut réussir quelque chose.
Les sermons prendront désormais l’apparence des tableaux.
Dans ces conditions, Théo, amaigrie par la fatigue nerveuse, fait tout son possible pour que son frère parte, qu’il aille s’aérer à la campagne, et pourquoi pas dans la maison familiale d’Émile Bernard à Asnières, à deux pas de l’atelier de Paul Signac, le peintre qui fait la lumière comme on ferait la neige.
Et, encore
Les parents n’ont que la réussite de Théo à la bouche. Théo le Bruxellois, Théo le Haguenois, Theo le fils rêvé, les aventures de Théo au pays des cinq soleils.
Vincent produit des chaises sur lesquelles il est impossible de s’asseoir.
Lui qui vient de terminer des séries de barges, de chaussures, de champs de blé avec et sans iris, avec et sans coquelicots, il conçoit l’idée des Tournesol, ses empereurs du beau temps, assis comme un infirme dans sa grotte parmi le silex rompu des premiers âges, devant des trombes d’eau, il imagine les dizaines de toiles qui suivront.
Dans l’une des six cent cinquante-deux lettres échangées avec Rhéo, Vincent confiera toute la peine provoquée par la disgrâce tombée sur lui dès l’enfance et qu’il associera au rayon noir de ses parents aussi délétère qu’un feu de houilles.
Ici en bref




Questions pratiques

Rien que de grands tournesols de Vincent Vigneron
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : Robert Laffont – X : @Robert_Laffont Instagram :@robert_laffont – Facebook
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782221284865 – Lecture en juillet 2026

J’apprécie ce peintre, je note cette biographie dont tu parles si bien. Bon dimanche
J’espère qu’elle saura te plaire et te divertir. Bonne semaine 🏘
Je me le note, c’est un de mes peintres préférés.
J’espère que son ton et son effervescence te plairont
On verra mais il n’y a pas de raison pour que ça ne me plaise pas.
Bonjour Matatoune. C’est un peintre qui me bouleverse et j’ai déjà lu plusieurs biographies de lui. Celle-ci doit être intéressante. Bonne journée
Elle est bcp moins conventionnelle que d’autres et montre bien l’errance du peintre qui se heurte à l’incompréhension des parents guindés dans leurs principes très rigides .
Excellent week-end !
Tu pousses à la consommation, là ! Les biographies, ce n’est pas trop mon truc. Un résumé en quelques pages me suffit généralement, mais Van Gogh, pourquoi pas?
C’est l’enthousiasme et la compréhension de cet écrivain pour l’artiste qui est prodigieuse !
Passionnant ! Je suis très intéressée car j’admire l’œuvre de Vincent Van Gogh.
Merci Marie Anne 🙏🌞
Alors, je te souhaite une excellente découverte ! Excellente continuation 🌞
Bonne idée quand on affectionne les biographies et le peintre en même temps !
Merci pour ton article intéressant.
Vraiment une excellente biographie !
Jeune, j’ai été bouleversée par ce peintre. il me touche moins maintenant mais cette biographie me semble parfaite pour décrypter la fascination qu’il exerce.
J’avoue ne pas savoir si les réponses à cette fascination se trouve dans cette biographie romancée. Mais, sûr pour Vincent Vigneron, il y a aussi de la fusion !
Merci, tu viens de trouver mon cadeau pour une amie qui adore le peintre. Elle lit peu mais une biographie romancée de son deuxième peintre préféré, je suis certaine que ça lui fera plaisir.
Ravie, même si celle-ci peut être trop débordante pour quelqu’un qui lit peu. Tu me diras …
[…] Rien que de grands tournesols : Vincent Vigneron fait revivre Vincent van Gogh dans un roman incande… […]