
Les Feuilles mortes, cet air est juste fredonné dans le film de Marcel Carné Les Portes de la nuit par Yves Montand, en 1946. Il devient un tube planétaire en quelques années.
C’est une chanson qui nous ressemble
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais
De son enfance, Jacques Prévert garde le souvenir d’un frère aîné décédé et l’amour du cinéma. Joseph Kosma, musicien originaire de Hongrie, arrive à Paris en 1933, après un passage à Berlin et sa fuite du nazisme montant. Marcel Carné, orphelin de mère à cinq ans, essaie de reprendre l’artisanat d’ébénisterie de son père, mais obtient rapidement un diplôme de technicien photographe. Prévert est né avec le siècle, Kosma cinq après, et Carné un après ce dernier. Prévert écrit des poèmes, Kosma les met en musique. Les chansons étaient destinées au cinéma.
Réfugié, Kosma rencontre Prévert vers les années 1930. Prévert est un homme de bande, il l’intègre rapidement et lui fait découvrir le Montparnasse parisien. L’équipe Kosma-Prévert participe au film Jenny de Carné dès 1936. Pendant la guerre, Kosma doit se cacher pour échapper aux lois antijuives, mais grâce à des prête-noms, il participe avec Prévert et Carné à deux films aujourd’hui cultes : Les Visiteurs du soir et Les Enfants du Paradis.

Carné, qui cherche à faire jouer de nouveau Gabin, assiste avec lui au ballet de Roland Petit, Le Rendez-vous. Au cours du dîner qui suivit, Carné imagine de le porter à l’écran. Il reprend le thème principal du ballet pour le générique des Portes de la nuit et demande à Prévert et Kosma d’en composer un second qui reviendra comme un leitmotiv tout au long du film.
Un air de film
Carné se souvient : le musicien se met au piano et attaque doucement à mi-voix « Oh je voudrais tant que tu te souviennes, Des jours heureux où nous étions amis. » La mélodie s’élève doucement raconte Carné, nostalgique, prenante pour finir par devenir envoûtante. À peine Kosma a-t-il plaqué le dernier accord que, perdu dans un rêve, Gabin lui demande : — Rejoue encore… Dix fois au cours du repas, Kosma se remettra au piano. Jacques, heureux, savoure… Quant à moi, j’ai l’impression que, quoi qu’il arrive, je n’oublierai jamais la douceur de ces instants… Gabin se tourne vers Jacques : – De première, dit-il en hochant la tête… »
Le scénario et les dialogues sont signés Jacques Prévert. Les Portes de la nuit ne connaissent pas le succès escompté. On ne remarque même pas l’air des Feuilles mortes. Prévert est exaspéré. Ce sera sa dernière collaboration au cinéma.

Le 7 janvier 1948, Cora Vaucaire enregistre la première version intégrale avec son pianiste. Yves Montand la chantait déjà dans ses tours de chant. Il l’enregistre quelques mois plus tard et c’est un succès fulgurant. Il s’est vendu à un million d’exemplaires en cinq ans.
Autumn leaves
Sur un texte de Johnny Mercer, la chanson est reprise aux États-Unis en 1950. Seulement, elle devient rapidement un standard de jazz que les plus grands musiciens reprennent : Nat King Cole, Frank Sinatra et Cannonball Adderley avec Miles Davis.
Maître absolu de la guitare jazz sans accompagnement, Joe Pass donne une version somptueuse de la chanson de Kosma et Prévert.
En quelques mots :
Nées pour le film Les Portes de la nuit de Marcel Carné, Les Feuilles mortes de Jacques Prévert et Joseph Kosma passent d’abord inaperçues. Grâce à Yves Montand puis Cora Vaucaire, la chanson devient un immense succès avant de conquérir les États-Unis sous le titre Autumn Leaves et d’entrer dans la légende du jazz.

Bonjour Matatoune. Merci pour l’histoire de cette très belle chanson. Bonne journée
Cette chanson fait vraiment partir de notre patrimoine. Bon courage pour ce retour chez toi 🤞
J’aime écouter les chansons car derrière chaque chanson se cache une histoire
Oui et pour nous, des souvenirs ! 😉
Chaque chanson a son histoire et c’est chouette de la connaitre. Merci et bon weekend.
Merci . Oui une chanson, plus que tout autre œuvre d’art, sait nous saisir dans notre quotidien et donc imprimer notre mémoire. Excellente continuation
J’adore ! Avec toujours un petit pincement au cœur.
Les chansons sont toutes associées à des souvenirs qui peuvent être autant difficiles qu’heureux !
et quelle belle chanson ! je dirais presque … vivement l’automne !
😄 C’est vrai qu’en plein mois de juillet, c’est complètement anachronique 😄