
Tout reste attaché à cette allée des Sycomores dans ce nouveau roman d’Olivier Adam, Et toute la vie devant nous.
Reprenant à cinquante ans son double de papier, Paul, l’écrivain, cannibale des histoires des autres, Olivier Adam revient sur des années de jeunesse dans ce lotissement de banlieue où un trio d’adolescents, les « inséparables », se forme avec les figures d’Alex et de Sarah. Paul et Sarah, en alternance, raconte leurs quarante années à partir de dates significatives 1985, 92, 95, etc, jusqu’à 2025.
Quarante ans à survoler les événements sociaux et politiques, à devenir adultes sans vraiment le vouloir, à essayer, sans cesse, de se cogner sur les murs que chacun avait bâti, tentant, avec plus ou moins de succès, de vieillir sans être trop abîmé.
Un secret dramatique scelle leur amour-amitié tellement fort que quarante ans après, ils décortiqueront encore leurs ressentis et leurs impressions, reliés à jamais par ce lien invisible.
La chambre de Paul donnant sur celle de Sarah, et vice-versa, c’est un double masculin, féminin qu’Olivier Adam offre de leur jeunesse et de leur vie adulte.
Seulement, la proximité des lieux empêchent justement aux mots de s’échanger. Et il faut ces nombreuses années d’écart pour enfin se dire l’essentiel qui aurait pu empêcher leur avenir de s’assombrir. Car, chacun porte une blessure que leur amour n’a jamais réussi à épancher.
Au-delà de la fresque sociale, et même politique, faite sur ces années là, Olivier Adam découvre la narration en s’adressant à l’autre. Aussi bien de la part de Paul que de Sarah, ils se répondent, dans un dialogue, qu’on imagine épistolaire, ce qui rend particulièrement vivant leur narration.
Du bel ouvrage qu’Olivier Adam offre avec Et toute la vie devant nous. Son écriture toujours juste sait émouvoir en racontant, encore, une histoire qui nous ressemble.
Pour aller plus loin

Il ne se passe jamais rien ici – Dessous les roses – Les roches rouges – Tout peut s’oublier
Une partie de badminton – Chanson de la ville silencieuse –
Puis quelques extraits

Nous ne réalisions pas à l’époque, je crois, combien ces populations censées se mélanger, dans une de ces villes de banlieue qu’on disait plutôt « mixte », vivaient en réalité tout à fait séparées les unes des autres.
Je sortais avec qui me le demander. Je ne ressentais ni chagrin, ni manque quand ça s’arrêtait. Comme si j’étais spectatrice de ma propre vie.
C’était Patrick modiano. Dans les mois qui ont suivi tu as lu tous ces livres, découverts d’autres hauteurs, et je crois que c’est comme ça qu’après la poésie tu as attrapé le virus plus du roman.(…) Mais on aurait dit que tu commençais seulement maintenant à déchiffrer un territoire qui n’appartenait qu’à toi.
Nous menions notre petite existence de lycéens de banlieue,avec nos rêves trop grands pour nous, alors que lui menait une double vie dont nous ignorions tout.
Et encore
Cette manière qu’ont certains acteurs, certaines actrices, de soudain se « rassembler » au mot moteur, ou, au moment d’entrer en scène. De se transfigurer. Alors que deux minutes plutôt, rien ne transparaissait. Alors que « dans la vie » ou les coulisses, ils semblaient presque banals, sans épaisseur ni vibration particulière.
À les entendre, ce respect de ta vie privée les honorait, relevait de la plus pure délicatesse. Aujourd’hui, je me dis qu’il s’agissait surtout d’une indifférence coupable. Quel parent résiste un journal intime livrer sur un plateau ? Quel parent ne cherche pas à savoir comment va vraiment son enfant ? À moins de s’en foutre, .À moins de ne s’intéresser qu’à lui-même.
La clairvoyance, le nez au milieu de la figure c’était toujours pour les autres. À nos propres yeux, nous n’étions jamais que ses personnages de Francis Bacon qu’Alex aimait tant. Tordus, flous, défigurés.
(…) nous sommes à un moment de l’histoire de l’art où l’œuvre en elle-même importe moins que la réflexion qui la fonde et qu’elle suscite.
Et les saloperies que débitait le pape sur le sida, les homosexuels, l’avortement, le rôle de la femme dans la société, l’appétit de censure réactionnaire qui agitait les fitèles et leurs accointances avec l’extrême droite n’arrangeaient rien.
Une page s’était tournée. C’est ce que font les enfants quand ils nous arrivent. I referment une page et en ouvre une autre. Tout change.
Ici en bref




Du côté des critiques : Libération
Questions pratiques

Olivier Adam – Et toute la vie devant moi
Rentrée littéraire 2025
Éditeur : Flammarion – X: @Ed_Flammarion Instagram : @flammarionlivres – Facebook
Parution : 14 août 2025 – EAN : 9782080490582 – Lecture : Septembre 2025

Un auteur dont je trouve toujours les écrits un peu pessimistes.
Oui, c’est sa marque de fabrique et celui-ci n’échappe pas à cet air un peu nostalgique. Néanmoins, son écriture décrit avec beaucoup d’acuité les rapports humains et ici, sur cette amitié-amour de quarante ans ! Du bel ouvrage !
Cool un nouvel Olivier Adam. Dans le titre général au tout début nous est remplacé par moi sans doute une petite erreur d’étourderie
Bolla
Merci de le signaler ! Je corrige ! 🙏
Je ne l’ai pas lu alors merci pour ton bel avis qui met en valeur cet ouvrage.
Bonne lecture à venir, peut-être !
C’est un auteur que j’apprécie. Je n’ai pas lu celui-ci par contre. Merci pour cette belle présentation Matatoune, bon weekend 🙂☀️📚
Comme toujours c’est parfaitement écrit au point qu’on en oublie la performance ! Il y a tout ici ce qu’on aime chez cet écrivain ! Une bonne lecture, peut-être, à venir, alors ! Merci bcp . Bon week-end également 📚❤️🙏
Un auteur que j’apprécie. Bon week end
Et celui-ci est réussi ! Bon week-end 📚 ❤️🙏