Petit Palais
1905-1925

Le Petit Palais consacre son troisième volet de la découverte de Paris à la modernité. De la Belle Époque jusqu’aux années folles, l’exposition balaye tous les arts appliqués y compris les grandes inventions. Avec ses quatre cents œuvres exposées, difficile de rendre compte de toute la diversité présentée.
Deux aspects seront présentés sur le blog : quelques robes de Paul Poiret dans la première partie et des objets féminins. Celle-ci présente une figure du Montparnasse de 1925, des années folles, avec une sculpture magnifique de Kiki de Montparnasse.
Pablo Gargallo

C’est à Barcelone que le jeune Pablo Gargallo (1881- 1934), sculpteur, rencontre Pablo Picasso qu’il rejoint à Paris en 1903. Compagnon aussi de Juan Gris, il s’y installe définitivement en1924.
Très novateur, Pablo Gargallo invente en plus de sa sculpture plus traditionnelle, une façon très particulière de rendre compte du plein. Il propose le vide, devenu ainsi complètement aérien.
« Le relief a des bâtis de lumières et d’ombres avec des reflets déformateurs involontaires ; tandis que le plat est constructif, le creux est franc et doux, avec des finesses extraordinaires dans le clair- obscur » reconnaît-il dans ses notes.

Pour Gargallo, Alice Print dit Kiki de Montparnasse n’a jamais posé. Pourtant, elle, la Reine de Montparnasse est l’égérie de tous, au point où le sculpteur la réalise de mémoire.

Un musée rend compte de son travail à Sarragosse, près de Maella, sa ville natale.

La sculpture Kiki de Montparnasse de Pablo Gargallo en laiton est exposée à l’exposition Paris de la modernité. Cet exemplaire est conservé au Musée d’Art moderne de la ville de Paris. Un autre exemplaire, en bronze, est la propriété du Musée du Louvre.
Quelques détails suffisent à identifier la personne. Tel est le talent de ce sculpteur trop peu connu en France.
La femme de Montparnasse
Lorsque sa mère a mis à la porte la jeune Alice Ernestine Print, elle n’imaginait certainement pas que celle-ci deviendrait l’égérie des années folles. En effet, après lui avoir fait arrêter l’école, sa mère l’avait mis en apprentissage. Plusieurs tentatives comme brocheuse, fleuriste, laveuse de bouteilles et même visseuse à l’usine, et même bonne à tout faire, n’ont pas réussi à dompter cette lionne. Se révoltant contre les mauvais traitements, elle est renvoyée.

Alice commence à poser pour des sculpteurs car dès 1917 se retrouve à la rue. On prétend que Chaïm Soutine l’héberge une nuit et brûle pour elle et sa copine quelques planches de bois pour se réchauffer.
« J’avais trouvé mon vrai milieu. Les peintres m’avaient adopté; finies mes tristesses, il m’arrivait encore souvent de ne pas manger à ma faim, mais la rigolade faisait oublier tout ça ». Extrait de Souvenirs retrouvés
Elle passe ses journées à La Rotonde, bar ouvrier ouvert en 1903, assise au bar, au début, car la salle n’accepte que les femmes avec chapeau.
Dès 1918, elle habite avec un peintre et pose pour Modigliani, Fougita et Kisling.
Alice Prin affirme sa personnalité exubérante, souligne ses yeux de khôl et ses lèvres de rouge, coupe ses cheveux au bol et adopte le surnom de Kiki. Coupe File-Art
Lunatique, artiste peinte elle-même, Kiki est une créatrice bohème. En 1921, âgée de vingt ans, elle rencontre le photographe américain Man Ray. Devenu sa muse, le couple qu’elle forme avec lui se déchire et s’aime de nouveau, et ainsi de suite, pendant six ans. Par son intermédiaire, elle rencontre Breton, Max Ernst et Eluard.

Man Ray – 1924
En 1929, elle rencontre le journaliste Henri de Broca qui publie les premiers chapitres du livre Souvenirs de Kiki.

Paris. Henri Broca. 1929. First edition
Le texte était accompagné de 20 reproductions de peintures de Kiki, de 10 photographies noir et blanc de Man Ray, de quelques photographies et illustrations de Kiki et de reproductions de portraits entre autres de Foujita. Le livre a été publié en anglais en 1930 avec une nouvelle préface d’Ernest Hemingway, mais a été interdit par les États-Unis jusque dans les années 1970 pour son contenu. Extrait de BEAUX BOOKS
Accablée par la maladie de sa mère et celle d’Henri de Broca, Kiki est obligé de gagner sa vie. Elle se produit dans les cabarets. Mais à la fin de la décennie, Kiki commence à perdre de son éclat.
Après un bref passage aux USA, elle revient et ouvre en 1936 son propre cabaret dans lequel elle se produit quelques fois. André Laroque, son musicien, l’aide à décrocher de la drogue et finit son livre de souvenirs qui paraîtra en 2005 sous le titre Souvenirs retrouvés.

« Une pincée de poudre… et je me sentais allégée, plus de soucis, plus d’ennuis, je ne voyais même plus que j’étais grosse ». Extrait de Souvenirs retrouvés
Elle meurt presque oubliée à 51 ans, en 1953.

Pour aller plus loin
Le Paris de la modernité I – Petit Palais
Source
Section 8 – Montparnasse, carrefour du monde
Extrait
La paix retrouvée voit arriver les dites « Années folles », caractérisées par une intense activité artistique, sociale et culturelle. Venus du monde entier, des myriades d’artistes se ruent sur Montparnasse. Ils constituent ce que le critique André Warnod nomme, en 1925, l’École de Paris. (…)
Kiki de Montparnasse est l’égérie de ce Paris des années 1920 qui vit aussi la nuit, avec ses premiers dancings. Le jazz est largement importé par les Américains, nombreux à venir en
Europe pour échapper à la prohibition qui sévit chez eux.
Questions pratiques

Le Paris de la modernité II – 1905-1925
Petit Palais
X: @PetitPalais_- Instagram : @petitpalais_musee
Du 14 novembre 2023 au 14 avril 2024
Av. Winston Churchill, 75008 Paris

Une expo d’une grande richesse et Kiki une femme surprenante. Ses souvenirs retrouvés sont dans ma bibliothèque, je n’ai pas encore pris le temps de les lire.
Anne
Oui, il y avait vraiment bcp, bcp de richesse. J’ai choisi Paul Poiret et Kiki pour en rendre compte, mais il y en aurait eu d’autres … C’est aussi la sculpture de Paolo Gargallo qui m’a subjuguée !
une très belle expo, et des œuvres très variées et de qualité. Comme tu le soulignes, j’ai beaucoup aimé cette sculpture de KIKI de Montparnasse, très étonnant comme trois traits bien choisis définissent un visage
C’edt une exposition très riche où on découvre tant de choses différentes. Cette sculpture je la préfère à son prophète plus connu.
Ce sculpteur méconnu avait du talent. On reconnait bien Kiki, dont j’ignorais tout avant de te lire. Bonne journée
Oui suggérer sans montrer vraiment, c’est son talent !
C’est une triste fin pour cette égérie des années folles. Elle n’est pas morte vieille. Merci de cette présentation !
Non, mais elle a eu son lot de difficultés !
Merci pour ces infos sur une femme que je connaissais sans vraiment connaître sa vie.
Et encore j’ai passé sous silence son enfance !
🩷
Encore un aspect de l’exposition que je n’avais pas privilégié. Décidément très riche
Oui, en parcourant le dossier de presse, j’ai pu constater la richesse de cette expo qui balaye tous les aspects de l’époque !
Je visiterais cette exposition avec grand plaisir si je pouvais.
Bonne soirée
Cette chronique était prévue pour demain. C’est ton commentaire qui m’ à fait découvrir que j’avais « cliqué » trop vite. Merci tellement pour ta fidèle attention !