Extraordinaire d’un homme ordinaire

Pour écrire ses mémoires, Paul Newman a choisi le scénariste Stewart Stern. Ce dernier avait signé, entre autres, le scénario de la fureur de vivre. Entre 1986 et 1991, les deux amis se rencontrent régulièrement. Même si en 1998, Paul Newman s’en débarrasse, son ami en a gardé une copie. Les enregistrements de ses rencontres ont été retrouvés dans la cave de la maison familiale en 2019.
Après un an de lecture, quatorze mille pages de ce récit ont été produites, le projet d’une biographie a de nouveau surgi. Sa présentation se fait par ordre chronologique, entrecoupée de témoignages très éclairants de membres de la famille, d’amis et de relations.
Le sous-titrage du livre est Une vie extraordinaire d’un homme ordinaire, et d’emblée, c’est la proximité avec l’acteur qui étonne. Peut-être, l’écrit produit à partir d’un oral permet-il cette impression, très agréable !
Le lecteur découvre un homme attachant qui choisit la sincérité pour évoquer sa vie et sa carrière. Arrivé vers la vieillesse, l’homme s’est assagi et peut réfléchir sur le chemin parcouru, les erreurs commises, les rendez-vous manqués et les regrets ressentis. Mais, ce qui affleure au cours des pages, c’est sa fragilité et ses doutes.
Biographie savoureuse !
Né dans la banlieue résidentielle de Cleaveland avec un père possédant son magasin, Newman-Stern, Paul n’évite pas les blessures. Celles de l’antisémitisme ambiant, il arrive à les dépasser. Celles de parents déséquilibrés resteront à jamais gravées.
Puis, la guerre vint le cueillir vers dix-sept ans. Après, du Pacifique à la faculté, au premier emploi dans un théâtre, à peine rémunéré, sa vie d’acteur était lancée.
Du décès de son fils aîné Scott, Paul l’évoque avec pudeur sans éviter de raconter son sentiment d’impuissance devant son mal-être. Ce sont les témoignages de l’entourage qui éclairent l’étendue complexe de cette relation difficile. Paul évoque aussi ses engagements politiques, ses déceptions.
Son addiction à l’alcool est abordée avec sincérité et les témoignages des amis et de la famille viennent éclairer l’ampleur de celle-ci.
Le dernier chapitre, sa fille l’écrit et raconte les dernières années de sa vie, après les révélations faites dans ses mémoires sonores.
En bref, la biographie de Paul Newman est étonnante d’authenticité, montrant un acteur aimé par tous dont les doutes et les inquiétudes ont motivé le perfectionniste de son métier. Au-delà de sa beauté, qu’il présente plus encombrante que le servant, l’homme demande à être connu. Et La vie extraordinaire d’un homme ordinaire de Paul Newman nous y aide magnifiquement !

Puis quelques extraits

Je suis convaincu que je souffre de troubles de l’apprentissage. Aujourd’hui encore, j’ai des difficultés à lire. Y compris à mémoriser un scénario.
Le petit boulot qui m’a sans doute le plus marqué, c’est ma tournée de livreur de journaux. J’étais un très bon cycliste et je desservais mon quartier. (…) J’en nourris un désir fervent d’être riche. Obscènement riche. À cause de tout ce beau monde auquel je livrais le journal, ce qui me paraissait tellement hors de portée, si proche et pourtant inaccessible.
Moi, par nature, je n’étais rien. Je n’étais pas un séducteur. Je n’étais pas un sportif. Je n’étais pas un intello. Je n’étais pas un meneur d’hommes. J’évaluais les choses à l’aune de ce que je n’étais pas. Je sentais en moi une lacune impossible à combler, à sonder, à comprendre. Je n’y pigeais rien. Je ne pigeais pas le message.
Et encore,
La salle à manger, c’était aussi l’endroit où, lui et moi, on se tapait la tête contre les murs. Littéralement. On faisait ça en cachette, jusqu’à ce que nos parents remarquent le creux dans la cloison. Il faut dire qu’on n’y allait pas de main morte ; on se connaît tellement fort que le plâtre s’effritait sous la tapisserie. On a du bien se bousiller la cervelle. C’était notre mur des lamentations à nous.
Des années plus tard, alors que ma carrière commençait à décoller, j’aurais pu me faire passer pour goy en changeant mon nom pour devenir le nouveau Tony Curtis (né Bernard Schwartz). Un nouveau Kirk Douglas ( alias Issur Danielovitch) .(…) J’aurais pu éradiquer ma judéité, effacer purement et simplement toute trace de cette origine qui m’avait causé tant de soucis mais j’ai préféré relever le défi de réussir sous mon vrai nom, de le brandir comme un emblème.
La guerre ne m’avait pas changé; (…) Je n’avais pas ressenti de danger, je n’avais pas l’impression d’en sortir grandi ni mûri. Je l’avais vécu comme une averse passagère, rien de plus.
Nous étions deux ploucs de province convaincus que ce qu’ils avaient à dire était terriblement important puisque c’était la première fois qu’ils le formulaient à haute voix.
Je n’ai jamais pris plaisir à jouer, à monter sur scène et à me lancer. Ce que j’appréciais, c’était le travail préparatoire : observer, entrer dans le détail, construire le personnage.
Ici en bref




Du côté des critiques
Du côté des blogs
Questions pratiques

Paul Newman – La vie extraordinaire d’un homme ordinaire
Éditeur : Éditions de la Table Ronde
X : @edTableRonde Instagram : @edlatableronde
Parution : 30 novembre 2023
EAN : 9791037110626
Lecture : Décembre 2023

Un livre qui semble très intéressant. Bonne soirée
J’ai aimé sa sincérité, sans fard, à décrire sa vie! Une autobiographie très intéressante !
Un grand…Bisous bisous
Oui et sa biographie ressemble à celle d’un homme ordinaire sauf que l’on connaît très bien ses personnages !
Bonne journée 😉
Je crois que j’ai vu peu de films de cet acteur.
C’était un acteur exigeant et perfectionniste. Sa filmographie témoigne d’une époque !
Bonjour Matatoune. Je lirais avec plaisir les mémoires de cet acteur que j’appréciais. Bonne journée.
Oui, cette biographie est plus qu’un énième récit d’un acteur, c’est le bilan d’un homme qui fait retour au soir de sa vie sur son vécu, Et, puisque on le connaît, du coup, c’est un moment rare de vérité !
Bonne journée 😉