Delphine Horvilleur – Il n’y a …

RENTRÉE LITTÉRAIRE

Il n’y a pas de Ajar

vagabondageautourdesoi.com - Delphine Horvilleur - Delphine Horvilleur s’empare du thème de l’identité pour produire un texte de colère, destiné à être joué sur scène dans un monologue incarné par le fils fictif d’Émile Ajar, écrivain fantoche, inventé par Roman Gary.

Quel superbe pied de nez que de s’interroger sur cette vague actuelle qui ne cesse de catégoriser pour nous enfermer dans des petites boîtes au point de ne plus pouvoir communiquer et échanger, en utilisant un personnage bidon, héros de papier, au talent crédible et reconnu par ses pairs.

Pour rappel, Roman Gary est le seul écrivain a avoir reçu le Goncourt sur deux noms différents aux sujets si différents prouvant par sa supercherie que la fiction peut permettre de se réinventer toute autre.

Abraham Ajar

Son personnage porte le prénom d’Abraham comme le père de tous les hommes, de tous les croyants, de toutes les chimères. Il reçoit dans une cave, comme dans le trou juif du livre de son père « La vie devant soi ». Et, il va s’appliquer à questionner l’identité.

L’identité, est-ce une religion, un parti, autres choses encore qui nous définissent. Delphine Horvilleur avec son personnage suggère que l’on puisse se réclamer fils ou fille de chimère d’un Dieu…de chimère d’un prophète… de chimère d’un clan….!

Comme à chaque fois que je découvre l’écriture de Delphine Horvilleur, je suis subjuguée par tant de simplicité mais aussi d’intelligence avec l’humour subtil qui la caractérise.

D’un sujet aussi sensible qui cristallise toutes les affirmations péremptoires qu’on entend de partout,  Delphine Horvilleur en tire, par son pas de côté, un conte limpide. A la lecture de ses lignes, on songe à Salman Rushdie, attaqué après cinq décennies de menaces pour un livre capable encore de monopoliser tant de haine au nom de l’identité.

Mais, Il n’y a pas de Ajar, comme il n’y a pas de hasard, démontre qu’au delà de nos filiations, ce sont aussi les livres qui nous fondent autant que notre ADN, nos croyances, notre culture ou notre antre !

Pour conclure,

Delphine Horvilleur signe le scénario d’un spectacle à voir cet automne au théâtre sur la place parisienne.  Pour le plaisir, de découvrir ce texte dans l’intimité de son propre univers, Il n’y a pas d’Ajar est un conte brillant sur cette illusion qu’est le concept, brandi de toutes parts, de l’identité.

Pour aller plus loin :

Théâtre du Rond-Point – Il n’y a pas d’Ajar

Mise en scène : Johanna Nizard, Arnaud Aldigé, Avec : Johanna Nizard

Voir aussi au théâtre de Suresnes

Delphine Horvilleur – Vivre avec nos morts

Remerciements

@editionsgrasset et @NetGalleyFrance pour #IlnyapasdAjar de #delphineHorvilleur

Puis quelques extraits

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Nous sommes pour toujours les enfants de nos parents, des mondes qu’ils ont construit et les univers détruits qu’ils ont pleurés, des deuils qu’ils ont eu à faire et des espoirs qu’ils ont placé dans les noms qu’ils nous ont donnés.
Mais nous sommes aussi, et pour toujours, les enfants des livres que nous avons lu, les fils et les filles des textes qui nous ont construits, de leurs mots et de leurs silences.

Un soir de décembre 1980, deux hommes seraient morts d’une balle dans la tête d’un seul.

Un idolâtre, tu sais, c’est quelqu’un qui croit que Dieu s’intéresse vraiment à ses problèmes, qu’il peut lui demander de l’argent, du succès ou un vélo électrique, du moment qu’il ne le vexe pas et le caresse avec ferveur dans le sens du poil.

Abraham à enseigné au monde qu’il fallait pouvoir rompre avec la filiation et des millions de gens, en son nom, refusent d’en faire autant.

Le dibbouk, c’est un revenant qui vous colle à la peau ou à l’esprit, un être dont l’âme s’est attachée à la vôtre pour une raison mystérieuse, et qui ne vous lâche plus. Il s’accroche et ne vous quitte plus. Il ne vous veut ni du mal, ni du bien. et vous accompagne simplement et hante votre existence, pour la parasiter ou l’agrandir, l’encombrer ou la soutenir

On est tous conçus par procréation littérairement assistée.

Et encore,

Le monologue qui suit, parole d’un homme qui se dit le fils d’Émile Ajar, est un hommage à toutes les filiation littéraires, à tous ceux qui, ayant existé ou pas nous ont enfantés par leurs mots. C’est le message d’un homme qui sait combien les fictions nous façonnent pour de vrai et nous empêchent de mourir.

…mais incontestablement au XXe siècle, il s’est surpassé. Il a brillé par son absence, comme jamais. Du très grand spectacle ! Copperfield peut toujours aller voir à Auschwitz si j’y suis. Il n’arrivera jamais à la cheville d’un être suprême qui s’est évaporé si parfaitement, et sans laisser aucune trace. Éclipse totale.

Et voilà le résultat : il y a des millions de gens qui cherchent dans la Bible, les Évangiles et le Coran une justification à toutes leurs consolidations identitaires, la formule magique de chacun-chez soi, un titre de propriété légitime pour être vraiment eux-mêmes . Ils s’accrochent à leur livre comme à un test ADN, qui les ancrerait quelque part. Un truc qui les fixerait dans l’existence.

(…) il est permis et salutaire de ne pas se laisser définir par son nom sa naissance. Permis et salutaire de se glisser dans la peau d’un autre qui n’a rien à voir avec nous. Permis et salutaire de juger un homme pour ce qu’il fait non pour ce dont il hérite .D’exiger pour l’autre une égalité non pas parce qu’elle est comme nous mais précisément parce qu’il n’est pas comme nous, et que son étrangeté nous oblige.

Et encore encore

Et le plus drôle, c’est que ceux qui me répète constamment que les peres fictifs, ça n’existe pas et qu’on est forcément l’enfant d’un homme, d’un vrai…ce sont des gens qui affirment tranquillement être les enfants de Moise, Jésus ou Lacan – des types dont l’existence n’a jamais été démontrée .

Et puis, ils sont capables de te décrire tout ce qui leur est arrivé, de te raconter dans le détail un bûcher de l’inquisition, un pogrom lituanien, et compter les morts, au million près. Ils se souviennent de milliards de choses que tous les autres ont oubliées. Tout est consigné , enregistré, commémoré…à part un tout petit détail : le nom de Dieu…De qui se moque-t-on ?

Certains pensent qu’on écrit pour se débarrasser de quelque chose ou de quelqu’un qui vus hante, mais c’est le contraire. On écrit toujours pour retenir, et poursuivre une conversation avec ce qui n’est plus là, un dialogue qui sans ça, la vie vous force à interrompre. On écrit parce que les mots consolident toujours les liens. Ça fait famille, beaucoup plus solidement que le sang et la filiation biologique.

Ici en bref

 

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

vagabondageautourdesoi.com - Delphine Horvilleur -
Premier extrait
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Second extrait
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Dernier extrait

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    Delphine Horvilleur -Il n’y a pas de Ajar

Éditeur : Grasset

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Parution : 14 septembre 2022

EAN : 9782246831563

Lecture : Septembre 2022

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16 commentaires

  1. Bonjour Matatoune, c’est avec plaisir que j’ai lu les citations.
    Avec toute mon amitié, je te souhaite un merveilleux mois d’octobre avec ses belles couleurs et je te remercie pour tes gentilles visites.
    Bon dimanche, bisous ♥

    • Merci à toi d’être passée ici. Oui on espère ce mois d’octobre serein même si des nuages s’accumulent dans notre ciel 🍁🍂🌼

    • Oui, je crois bien que cette dame m’impressionne pas sa culture mais aussi sa simplicité à dire, à expliquer ! 🙂

    • Oui traité de façon si simple avec humour, sans les crispations habituelles… Enfin 🙂

    • Ce thème est un sujet complétement épineux et Delphine Horvilleur le contourne allégrement !

    • J’ai bcp lu avant la rentrée, en fait grâce à NG. Je te rassure, le blog devrait reprendre bientôt son rythme habituel 🙂

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