Jean-Michel Audoual – Bleu silence

Rentrée littéraire 2021

vagabondageautourdesoi.com Jean-Michel Audoual Jean-Michel Audoual signe avec Bleu silence le récit émouvant d’une fillette mutique qui va devoir lutter avec sa parole pour lever le silence qui règne dans sa famille.

Voici Mickaëlla Pou ! Ça ne s’invente pas ! Ça commence en claquant comme Mick Jagger et ça peut finir en harcèlement de cours de récré. C’est le nom d’une enfant de dix ans, passionnée par les mots au point de les collectionner, de les savourer et de les déguster. Il en va de même avec les expressions qui s’animent soudain pour elle seule d’une vie autonome. Autant vous dire qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche ! Ça carbure sec dans sa tête, au point qu’elle doit les faire stationner dans son cahier rose, « un peu gonflé à cause de ces larmes dans l’interstice des lignes ».

Seulement voilà, on ne sait vraiment pas pourquoi, Mickaëlla est dite mutique, alors qu’elle raconte son histoire avec les mots de Jean-Michel Audoual. Ceci dit, comment rendre oral les mots lorsqu’on a une boule si grosse dans la gorge qu’elle laisse à peine passer le souffle ! Car, certains soirs, autant ne pas faire de bruit quand on respire !

Ces soirs-là, où Franck, le père, revient énervé, à moitié saoul cherchant les noises. Jusqu’au moment où il trouve un prétexte, une pacotille pour se détendre ! Heureusement, Grand-père Michou est toujours aux côtés de sa fille et de sa petite-fille. Il ronge son frein de ne pouvoir intervenir : elle le lui a interdit, persuadée que c’est la dernière fois. Et, puis, il a tant souffert enfant ! Pourtant, il sait qu’il doit pour les protéger garder le contact, être disponible, prêt à intervenir.

Ah, cette tendance des femmes à vouloir toujours les changer, les hommes  !

Et, puis, il y a cette amitié avec un Gris du Gabon, le perroquet finaud appelé Blabla. En plus d’avoir parfaitement compris le drame qui se joue dans la maison, il incarne la tendresse du grand-père lorsqu’il n’est pas là.

Bleu, comme la couleur laissée sur la peau d’une maman. Silence, comme le bruit que font les pensées de l’enfant lorsqu’il doit se taire ! Évidemment, c’est une façon singulière de parler des violences faites aux femmes et aux enfants dans le cadre feutré d’une famille habituée à taire tout. Car, sinon, la violence décuple.

Associer mutisme et impossibilité à partager le vécu ET la peur quotidienne est une façon bien efficace d’en montrer les ravages. Il permet de déjouer tous les arguments donnés par la mère pour ne pas tout faire pour arrêter cette situation. A la hauteur de cette gamine de dix ans, la brutalité au quotidien est inadmissible.

Bleu silence change le paradigme souvent revendiqué par les victimes. Souvent on ne dénonce pas car on impute à l’agresseur des circonstances qui pourraient expliquer ce type de comportement. La protection doit changer de camp. Il n’y a ni à expliquer ni à justifier. La violence est injustifiable. Le devoir de protection doit être due à la victime. Alors, lorsque la limite est posée, lelle permet à son tour de protéger l’agresseur de sa propre violence, comme l’Oncle et la Tatie.

Les chapitres sont courts et concis. Les situations s’alternent rendant très vivant et crédible ce récit. Jean-Michel Audoual aime les mots et les manie avec talent. Le lecteur attend avec impatience le moment où la fillette va retrouver une parole audible. Et, comme cela se produit, l’intrigue rebondit pour mieux souligner la dramaturgie de la situation vécue par cette famille.

Jean-Michel Audoual propose un récit émouvant mais nécessaire qui permet, encore et encore, de faire progresser l’aide aux victimes de violence. Son portrait de la fillette est très crédible et accentue sa démonstration. De plus, plutôt futée à l’intelligence vive, celle-ci est très attachante. La petite Mik hantera nos esprits longtemps !

Merci à Babelio et Eyrolles pour cette Masse critique particulière

 

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bDe toutes façons, j’aime les mots en général. Je les retiens par cœur, je les guette et ils s’assemblent dans ma tête, ils forment une grande famille qui me tient chaud.

Je me suis demandé s’il allait se taire, lui aussi, si on arrêtait de s’occuper de lui. Ce serait le comble.

Ce sont des mots qui ont l’air simples à prononcer. Les miens, ils sont là, tout au fond de mon ventre.

 

Ils couvent leur colère.

 

J’écris ce que je crie pas.

 

On m’aurait enterrée comme j’étais née.

Dans un grand silence que tout le monde aurait partagé.

 

Malgré tout, j’étais très heureuse, parce que depuis hier, mes secrets sont plus enfermée dans le coffre- silence. Ils sont juste à portée de volonté.

C’est moi qui ai la clef.

 

La devise du Grand-père Michou est  » Si ce que tu as à dire, c’est pas plus beau que le silence, alors, tais-toi !  » Si quelqu’un l’applique c’est bien moi.

Alors, j’ai eu de nouveau ce sentiment que j’avais essayé de dissimuler au fond de moi et qui est sorti comme un gros bouton plein de pus. Ce sentiment , c’est la honte. Je savais qu’on pouvait avoir peur, je l’ai su certainement dès ma naissance mais la honte, c’est pas pareil. Elle soulève le cœur, elle prend les tripes, les intestins, elle tord l’estomac et quelquefois, elle fait vomir. Les jours suivants, on a plus entendu de symphonie. On ne pouvait plus rien partager. A part la peur.

(…) j’arrête de respirer. C’est comme si j’étais sous l’eau. En apnée de mon père.

Elle avait dans les yeux cette tristesse infinie des femmes qui subissent.

Je ne pouvais plus être complice de cette faute que j’avais pas commise.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

vagabondageautourdesoi.com Jean-Michel Audoual

Voici le premier extrait

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Puis un second
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Puis, le dernier

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Jean-Michel Audoual – Bleu silence

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Éditeur : Eyrolles

Twitter : @EyrollesLib Instagram : @librairie_eyrolles

Parution : 7 octobre 2021

EAN : 9782416001918

Lecture : Octobre 2021

Littérature contemporaine

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19 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Je trouve aussi que ce sujet est trop traité en ce moment et je préfère lire quelque chose de plus léger, même si c’est bien écrit et bien traité. Bon après-midi

    • Moi ça y est, je me suis plongée dans les polars qui viennent de sortir ! Bon week-end

  2. je le trouve sur mon site mais sous un autre titre *Bouches cousues
    Jean-Michel Audoual* c’est le même livre? Bisous

  3. Je rejoins les commentaires précédents le thème est tellement en vogue actuellement que l’on a le sentiment à force de lectures répétitives….. Je passe 🙂

    • Je comprends ! J’ai connu des fillettes atteintes de mutisme. Je connais la souffrance que cache ce manque de paroles audibles. Je suppose que c’est cette sensibilité que Babelio et les éditions Eyrolles sont venus chercher. Et, ils ont bien eu raison ! C’est un récit lumineux et solaire ! Mais, je respecte tout à fait ce choix. A la différence des libraires ou professionnels du livre, nous, blogueurs, en général, nous lisons pour notre plaisir ! C’est un doux sentiment qu’il faut préserver à tout prix et suivre ses envies et son intuition pour le choix de nos découvertes livresques.

      • Tout à fait et le risque de la profusion c’est que nous ne soyons justement plus touchée par la souffrance. Alors oui mais par petites touches, comme nous le faisons souvent sur certains sujets pour ne pas oublier, l’éviter et comprendre. 😉

    • Non, il n’est pas difficile. D’emblée, le lecteur sait que la fillette va reparler. Maintenant, le talent de l’écrivain est présent pour insérer ce rebondissement dans une intrigue. Néanmoins, un peu de légèreté peut être nécessaire ! Bonne journée

  4. Un thème très en vogue actuellement dans l’actualité littéraire… Ça a l’air bien écrit et les extraits sont très convaincants. Mais je préfère les thèmes un peu moins à la mode pour mes lectures.

    • Je respecte tout à fait ce choix ! Et, loin de moi l’idée d’imposer des lectures car l’envie doit être le principal critère de choix. Néanmoins, je pense aussi que la littérature peut faire évoluer le monde. Aussi, même si c’est un sujet à la mode, la description de la souffrance n’est pas une mode mais une réalité, surtout lorsque la fiction décrit si bien le quotidien de nombreux foyers ! Ceci dit, c’est vrai, j’ai envie de lecture plus légère, aussi 🙂

      • Je sais bien que vous n’imposez aucune lecture, pas de souci 🙂 Mais les éditeurs pourraient essayer de diversifier les thèmes de leurs livres. Pourquoi ne parler toujours que d’une seule et même chose ? Si au moins ces romans servaient à faire bouger la réalité et rendre les humains meilleurs ce serait très bien mais j’ai quelques doutes à ce propos. Bonne journée à vous !

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