Charlie Chaplin

Charlie Chaplin

L’homme orchestre

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Inviter le maître du cinéma muet au Musée de la musique-Philharmonie de Paris n’est pas un paradoxe mais une passionnante façon de redécouvrir l’œuvre de l’artiste dans sa dimension musicale et, plus largement, dans son rapport étroit à la danse, au rythme, à la parole et au son, tous rigoureusement « orchestrés » dans chacune des œuvres de Chaplin. Dossier pédagogique

En effet, je connais bien l’œuvre de l’acteur et du réalisateur, mais beaucoup moins le côté danseur et musicien de Charlot. Et, pourtant …

 

 

 

 

 

 

 

Issu d’une famille de chanteurs de Music-Hall, Charlie Chaplin était dans la rue dès l’âge de 9 ans. Est-ce que Charlie Chaplin a trop lu Dickens, pour raconter sa jeunesse comme un de ses romans ?

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Troupe de Fred Karno – Charlie Chaplin est le troisième en partant du haut.

A 18 ans, il intègre la troupe de Fred Karno et découvre la pantomime. C’est le plus grand impresario britannique de l’époque. Charlie Chaplin apprend en regardant puis en imitant. Il débute le violon.

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Stan Laurel qui faisait partie de la tournée américaine raconte que Chaplin ne se séparait jamais de son violon et de son violoncelle. Il se promenait avec eux et tous ses biens, toujours. Il raconte aussi que Chaplin était un solitaire, toujours un peu à l’écart des autres.

Pendant cette tournée, j’avais avec moi mon violon et mon violoncelle. Depuis l’âge de seize ans, je m’exerçais de quatre à six heures par jour dans ma chambre. […] J’avais de grandes ambitions de devenir un artiste de concert ou, à défaut de cela, d’utiliser mes talents de violoniste dans un numéro de music-hall, mais à mesure que le temps passait je me rendais compte que je ne pourrais jamais être excellent et je renonçai. »
Charlie Chaplin dans Histoire de ma vie

Celui qui fait rire en prenant le cœur

En 1914, les premiers films sortent et les spectateurs l’appelle « L’idiot ». Charlie Chaplin raconte qu’avec la pantomime, il touche le rire et qu’il apprend à en jouer.

La Keystone, compagnie qui monte les premiers films en une journée filme sans scénarios, avec le même développement. Au milieu d’une fête de caisse à savon. Chaplin devait faire imbécile au milieu des voitures. C’est la toute première fois que le public assiste à une représentation de Charlot. Petit à petit, les enfants commencent à rire puis tout le public suit.

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Pages extraites de l’album Keystone réalisées dans les années de 1930/1940 pour montrer à des étudiants en histoire du cinéma le début de cet art. Aujourd’hui, ces documents montrent la naissance de Charlot.

@vagabondageautourdesoiSa silhouette le caractérise. Chaplin agit sur les émotions avec le personnage de pauvreté de the Tramp. Il l’a gardé de 1914 à 1940. Chaplin raconte qu’il voulait garder ses « grands pieds » de son personnage de mime. Il demande à sa costumière de lui trouver des chaussures trop grandes pour casser sa démarche souple et la rendre comique.

Ses éléments magiques sont la canne et le chapeau. Il décrit la création de son personnage née des contradictions comme un gentleman en guenilles : avec un haut plutôt aristocratique composé de son chapeau melon, un col cassé et sa veste trop étroite et le bas du clochard avec son pantalon bouffant et ses chaussures trop grandes. Son visage est grave avec sa moustache rétrécit. Son comportement (le salut avec son chapeau par exemple) montre à quel point « The Tramp » respecte le sens de sa dignité malgré sa pauvreté. Certains ont trouvé que Charlot est un dandy déchu mais digne

Son entrée officielle dans le monde du film long métrage se fait par l’intermédiaire d’une parodie du célèbre film de Cécil B DEMILLE « CARMEN », créer par Prosper Mérimée en 1845 mis en musique par Bizet en 1875. Ainsi né  » Charlot joue Carmen ».

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Charlot joue Carmen

Il aura fallu que quatre petites années pour que Chaplin devienne Charlot et soit connu de tous. Au début, son personnage est assez féroce puis petit à petit, la poésie apparait. Le succès est rapide et amène reconnaissance et aisance.

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Maquette d’une affiche avec le sourire cruel du début -1917-

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L’exposition insiste sur le corps toujours en mouvement et en équilibre de Charlot. Qu’il prenne un virage en angle droit sur un carrefour ou qu’il monte à un lampadaire poursuivi par un policier, le corps de Charlot est soumis à des forces contraires d’action – réaction avec le monde environnant. Les scènes en patins à roulettes dans « les Temps Modernes » en sont des exemples forts.

@vagabondageautourdesoi@vagabondageautourdesoiEn 1916, Nijinsky passe en Californie avec les ballets russes. Il choisit de venir passer une après-midi dans les studios de Chaplin et le regarde travailler. Il revient le lendemain et ne dit toujours rien. Au bout de quatre demi-journées, Chaplin est récompensé puisqu’en partant, Nijinsky lui déclare qu’il est « un vrai danseur« . Il lui rend hommage dans « Une idylle aux champs » en 1919 avec la scène où Charlot rêve qu’il est entrainé par quatre nymphes. La danse qui s’en suit est un rappel au ballet « Un après-midi d’un fauve » .

@vagabondageautourdesoiLe succès époustouflant mondial de Charlot fait qu’il devient rapidement une figure moderne de la culture populaire. Fernand Léger décide de confectionner un Charlot de pièces découpées en bois et de le vendre pour se faire beaucoup d’argent.

Charlie Chaplin construit ses propres studios dans un coin Hollywood. Quand il avait une idée, il s’y enfermait créant, tournant, recommençant avec sa bande d’acteurs, ses machinistes et techniciens et son actrice préférée, dont il était amoureux. Pas de script, pas de scénarios. Juste une série d’improvisations filmées !  Seulement, le génie de Chaplin est de nous faire croire à la facilité de son art. Mais aussi, d’avoir cru à ses intuitions et à son talent. Et, la production gardait tous les rushs. Cette période est la plus productive. Les films qui viendront plus tard, comme « Les Lumières de la Ville » reprennent des bouts de gags filmés à cette période, ce qui signifie que Chaplin les a gardés dans son esprit tout ce temps…

Charlot est une figure d’immigrant. Il gardera toujours son côté britannique. La société américaine est puritaine mais Charlot incarne parfaitement le Self Made Man que l’Amérique adore rêver comme possible. Mais, Chaplin va garder son œil critique, anarchiste, malgré le succès. Le film « La ruée vers l’or » amorce ce regard ironique qui fera le succès des « Temps modernes » ou « les lumières de la ville ». Dans tous ses films, Chaplin montre le progrès mais en même temps les restrictions pour les plus démunis.

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Charlie Chaplin écrit et compose la musique d’une grande majorité de ses films. Pour lui la musique doit servir de contrepoint de charme et ne pas concurrencer le comique de l’image. L’un, l’autre doivent se répondre !

En 1927, « Le chanteur de jazz » est le premier film parlant. Chaplin est très dubitatif sur cette modernité. Il avait peur que lui, artiste mondial de la pantomime, il se trouve bloquer par le langage et avec quel langage s’exprimer, américain, chinois ou autre.  Il sort un grand film muet auquel il a ajouté lui-même la composition de la musique qu’il a composé. Ce film est « Les lumières de la Ville » (1931). En jouant de la guimbarde qui mime la voix humaine, Chaplin  se moque de ce début des « Talkings ». Ce fut un immense succès.

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La musique des lumières de la ville est composée par Chaplin. C’est sa voix pour ce film et sa tendresse s’exprime complétement dans cet extrait.

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La boîte à bruits des films de Chaplin

La vidéo ci dessous montre Chaplin réalisateur, conduisant son actrice inexpérimentée sur le chemin de la comédie.

Pas de nouveau film depuis 1931, le public attend toujours la voix de Chaplin. Depuis dix ans, le cinéma parle. Mais, personne ne connait la voix de Chaplin. Il s’est absorbé dans une tournée mondiale. Le vagabond « The Tramp » rencontre Paulette Goddart, son alter égo, une femme plus jeune avec laquelle il se mariera.

 

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Pendant le tournage, Paulette Goddart a la ingénieuse idée de lui écrire les paroles de la chanson de la musique du film sur ses manchettes de chemise. Lors de la scène, elles tombent. Chaplin regarde hors champs désespéré.  Paulette Goddart lui souffle de chanter quand même. Et il choisit de faire connaître sa voix avec un langage incompréhensible. En 1936, « Les temps modernes » connaissent un immense succès.

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« Smile » est la chanson  composée en 1936 sur la romance du Tramp pour Paulette Goddart et de la belle des « Temps modernes », avec des paroles écrites plu tard par John Turner et Geoffrey Parsons.

Prendre sa place dans le monde qui l’environne

« Le dictateur » marque un tournant dans la vie de réalisateur de Chaplin, l’autodidacte qui fait confiance à son instinct. C’est son premier film parlant mais aussi un film qui s’inscrit dans l’actualité mondiale.

Lors de sa tournée mondiale, Chaplin ne manque pas de comprendre la montée du fascisme. Il visite Berlin en 1931. La propagande allemande fait courir le bruit que Chaplin est juif. A partir de 1933, des brochures sont produites à Berlin où Chaplin est cité et une exposition était programmée. Les nazis ont créé de toutes pièces cette rumeur.

La moustache, fausse pour Chaplin, la taille petite, tout était fait pour faire la comparaison. Il aurait dit « Hitler est une mauvais imitation de moi. » Chaplin découvre ce petit bonhomme qui hurle devant la foule, sans aucun humour. Chaplin pense que quelqu’un dans sa situation est mort de trouille et a besoin de quelqu’un pour le rassurer. Il pensait que c’était Goering.

« C’était quelque chose de paradoxal, j’adore les paradoxes, c’est un élément essentiel des drames et le paradoxal provoque le rire » déclare-t-il.

« Plus l’imposteur auquel vous vous consacrez est de taille, plus vous avez de chance de faire un film drôle et il serait bien difficile de trouver un imposteur plus grand qu’Hitler. C ‘est la plus belle cible du monde pour la satire et la dérision C’est pourquoi j’ai beaucoup eu de plaisir à faire le « dictateur »

 

Chaplin fait ses adieux à Charlot dans les feux de la rampe en 1952. Le reste de sa carrière de réalisateur e d’acteur est chaotique. Pourtant, celle de musicien a perduré par l’adaptation d’une de ses musiques de « La Comtesse de Hong Kong » par Pétula Clark. 

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Charlot et la gamine

@vagabondageautourdesoiSources :

France culture : Grande traversée : Charlie Chaplin, the artist

 

@vagabondageautourdesoiQuestions pratiques :

Du au

Commissaire de l’exposition  : Sam Stourdzé
Commissaire associée  : Mathilde Thibault-Starzyk
Conseillère scientifique  : Kate Guyonvarch
Scénographie  : Freaks architecture

Une exposition à voir en famille

Venez jouer en famille dans l’exposition  !

  • Revêtez le costume du petit vagabond le temps de la visite
  • Bruitez un film muet
  • Rencontrez l’hologramme de Charlot
  • Créer votre propre Charlot cubiste à la manière de Fernand Léger
  • Comme Charlot, jouez avec les portes et découvrez des passages secrets…

20 commentaires

    • Charlot a une élégance innée malgré ses guenilles qui touche tous les âges et tous les publics. C’est fou le triomphe qu’il a connu . Belle soirée

  1. superbe ! j’adore!
    j’ai beaucoup de tendresse et d’admiration pour Charlie Chalin, quelle que soit l’époque…
    La danse des petits pains tout en délicatesse, ou quand il joue avec le globe terrestre….
    il est magistral dans le dictateur qui reste mon préféré.. Je connaissais moins ses talents de musicien…
    cette famille a beaucoup de talent.
    son petit-fils James Thierrée est un magnifique danseur (il joue dans « Chocolat » avec Omar Sy) j’ai vu sur ARTE il y a 2 ou 3 ans un extrait d’un ballet : un choc tant il est magique 🙂

    • Son spectacle Raoul est impressionnant ! L’exposition était magique : les petits découvraient charlot et les grands, c’était empoustouflant d’actualités !

  2. Bonjour Matatoune. Merci pour ce bel article qui donne envie de visiter cette exposition. Charlot ne me faisait pas rire, ou peu par rapport à Laurel et Hardy. Bonne journée

    • Merci à toi d’être passée..Oui, c’est bizarre ceux qui aiment Laurel et Hardy ne semblent pas vraiment trouver Charlot drôle. En fait, pour moi, Charlot est un personnage terriblement juste dans son interprétation grâce à la sensibilité de l’interprétation de Chaplin ! Un personnage qui m’émeut plus que je ne le trouve drôle…Terriblement humain ! Bonne journée

  3. Magnifique article ! On entre dans l’univers d’un artiste, incroyable pantomime et très grand mélomane : c’est ludique, intéressant, instructif et plein d’émotion – Merci pour ces belles photos également Tatoune 🙂

    • Merci beaucoup Lisa. Je suis ravie que cet article t’ai plu. C’ était une exposition très bien construite et interactive pour petits et grands. Très bonne journée !

    • Merci Frédéric. Je suis ravie que cet article te plaise et surtout merci aussi pour ces gentils mots. Très bonne journée.

  4. Ton article est très intéressant et fouillé comme toujours. On a un beau musée consacré à Chaplin en Suisse et c’est l un des plus visité.

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