East Village Blues – Chantal Thomas

J’avoue, je ne connaissais pas du tout Chantal Thomas (Prix fémina 2002 et auteure de plusieurs essais). C’est la couverture et le titre qui m’ont attirée : voir Andy Warhol et se rappeler le Velvet Undergound et ce quartier de Manhattan, il n’en fallait pas plus! Je devais aller à la découverte de « East Village Blues » de Chantal Thomas paru en avril 2019.

Chantal Thomas a choisit de raconter son voyage à la redécouverte de ce quartier qu’elle a habité dès juin 1976, au moment où le quartier accueillait les immigrants et les premiers Beatniks (littéralement membres du mouvement littéraire de la « Beat Génération » ). Plus tard, ce sont aussi les artistes et les hippies qui s’approprieront le quartier.

En convoquant ses souvenirs sans jamais cédé à la nostalgie, Chantal Thomas nous raconte, au cours de ses pérégrinations dans le quartier actuel, une époque où la liberté était un leitmotiv, où la libération sexuelle allait bouleverser à jamais les rapports entre les hommes et les femmes et l’homosexualité devenir normalité. Chantal Thomas raconte ce quartier au fil de ces fêtes sans fin et de ses rencontres improvisées où la parole se libérait.

Les citations de William Burroughs, Allan Ginsberg et Jack Kérouac, sont magnifiquement mises en situation tant la vie de ce quartier à ce moment là en épousaient les contours marginaux. Des traces sont encore visibles aujourd’hui. Les photos de graffitis d’Allen S. Weiss qui a accompagné ce retour, nous les rapportent comme autant de témoignages. L’étrangeté est encore présente malgré la gentrification du quartier : magnifique passage sur cette passante japonaise!

Manhattan est un personnage à part entière: la déambulation dans ces rues immenses dont on ne voit jamais la fin et qui finissent par se jeter dans la mer est une expérience inoubliable. Surtout, que la ville ne dort jamais !

Après la superbe exposition qui a eu lieu cet hiver sur Jean-Michel Basquiat à la Fondation Vuitton, on ne peut rester insensible à ce quartier qui a fait la réputation de la New-génération. J’ai moi-même découvert pour la première fois les USA en juillet 1976. Sur les conseils de mes amis américains, j’ai été très sage lors de mon séjour à Manhattan, évitant les nuits des quartiers de East Village, Greenwich et bien-sûr Harlem, réputé pour être mal famé et même dangereux. Par contre, je me souviens aussi des cafards qui envahissaient la salle de bains de ma chambre située à un étage pourtant élevé.

A l’époque, Lou Reed chantait « I said, hey babe, take a walk on the wild side
All right, huh ». Léonard Cohen fréquentait le « Chelsea Hotel », Bob Dylan, aussi. Patti Smith en publiant »Just Kids » (paru en 2010) a raconté l’ambiance artistique du lieu. Juste un moment de liberté, de découvertes et de foisonnement délivré sans mélancolie au fil des pas de Chantal Thomas et Allen S. Weiss ! Rien que du plaisir !

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Mon cœur, excellent conseiller, m’avait tôt informée que si la vie est un festin rien ne permet de prévoir combien de temps pour nous la table serait encore mise et le plus exquis encore à notre portée.

..je découvrais la force explosive , la fureur de consommation et de dépense, la fièvre d’oubli du week-end américain.

Ici, dans cet îlot à part, était enfin dissipée la pulsion ou l’obligation d’attente qui, dans tous les bals du monde, plaçait les filles en position servile et les transformait, au fur et à mesure que la soirée avançait et que diminuer leur chance d’avoir un cavalier, en mendiantes.

Plus de murs qui hurlent et vocifèrent, explosent, jouissent, mais des peaux couvertes de dessins, des corps dessinés.

Dans l’Empire du Bien, même les oiseaux de proie sont dotés de vertus bourgeoises.

Mais justement non, la vie n’est pas une party, Pas toujours, en tout cas. Elle est aussi une traversée usant d’attentes, monde de pièges, déchirée de souffrances , de deuils. Et c’est parce-qu’il y a ce savoir noir , ces gouffres pressentis, ce tremblement en bord de larmes, qu’il peut y avoir fête. Sans cela, il n’y aurait que des matins normaux.

L’éclat de la première fois. Pour que la magie opère, il n’est pas nécessaire de partir loin.

Cela me plaisait de pouvoir circuler aussi facilement et que le « chez soi » qui, en Europe, est indissociable d’une notion d’enracinement et de fermeture eût ici peu de réalité.

Les dieux domestiques de ces années , et au-delà, ne rechignaient pas au nomadisme.

L’East Village m’avait réconciliée avec ma violence, et j’en avais éprouvé un regain d’énergie, la pure gaité d’aller.

East Village Blues – Chantal Thomas

Éditeur : Seuil

Parution: 18 avril 2019

ISBN : 202140692X

Lecture : Avril 2019

8 commentaires

  1. il devrait me plaire. J’ai bien aimé « L’échange des princesses » de cette auteure et « les adieuxx à ma reine » m’attendent sur une étagère 🙂

  2. Merci pour cette présentation mais là suis obligée de faire l’impasse au besoin je saurai ou retrouvé…Bisous

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