Le malheur du bas – Inès Bayard

WIN_20181001_14_51_52_ProMarie est une femme heureuse, comblée par son mari, Laurent, depuis plus de dix ans. C’est un avocat à la carrière prometteuse. Elle est conseillère financière en patrimoine appréciée par sa banque. Ils songent à avoir leur premier enfant.

Mais, le chapitre d’ouverture de ce premier roman décrit une situation différente. Il nous présente un infanticide et un empoisonnement prémédités qui devraient s’achever par le suicide de la criminelle, Marie.

 Entre, le viol dont elle a été victime. Le roman s’immerge dans le quotidien de Marie pour narrer sa descente aux enfers. De mensonges en non-dit, Marie va tout faire pour que rien ne change dans son quotidien et garder les apparences sauves.  Mais la vérité, son corps va le révéler. Ne pouvant utiliser les mots, cette souffrance va se dire par des vomissements, des saignements, et autres fluides qui vont lui faire une carapace. Personne, même pas sa mère, ne pourra la faire dévier de cette option mortifère. Personne ne lui tendra la main sauf une qui elle même cédera au nom de la liberté de Marie. ??? Ça s’appelle quand même non assistance à personne en danger! Mais, l’auteure continue à décrire son personnage et qui érige en diktat les apparences. Comme signifié au début, elle n’y arrive pas ! Du coup, la réalité se délite et la folie l’envahit.

Ce livre n’est pas dérangeant ! Il est insupportable ! J’ai sauté des pages. J’ai lu en diagonale. Tellement, il m’était impossible de rester voyeuse devant l’enfermement volontaire de cette femme.  Sa honte à parler et son souhait de cacher deviennent au fil des jours la seule action qui va absorber tout son quotidien. Mais, trop c’est trop !

En reprenant le processus d’une « Chanson douce » de Leila Slimani qui reçut le Goncourt en 2016, dire la fin au début, Inès Bayard nous plonge dans une tension insoutenable car le lecteur sait qu’il n’échappera pas à la fin annoncée.

Mais ce qui est injustifiable c’est la violence avec laquelle l’auteure décrit la déchéance du corps de son personnage au prix d’en perdre en crédibilité.

J’ai retrouvé cette violence  dans la description de la relation avec son enfant. Car, il y a dans les mots choisis, la façon de décrire une envie de l’auteure de déranger et de provoquer le malaise qui dessert la compréhension de son personnage.

Cette volonté de choquer, cette envie de pousser le malaise du lecteur à son paroxysme, jusqu’à provoquer l’écœurement m’ont beaucoup gênée! Loin de servir la compréhension de la psychologie de son héroïne, ces extrêmes m’ont empêchée d’être en empathie et d’accepter les circonstances atténuantes à ses meurtres. Idem, pour la méchanceté envers l’enfant, bien sûr réactionnelle au traumatisme de Marie et à la construction de son délire, l’auteure n’accorde à son personnage aucune ambivalence – amour/haine- susceptible d’accorder à son personnage en consistance humaine !

Suis-je passée à côté du roman de cette rentrée littéraire ? Certainement ! La tension du   » malheur du bas » m’a été intolérable. Pour moi,  Inès Bayard rate son propos. A vouloir trop dire et faire, son héroïne perd en humanité et en crédibilité.  Dommage, car il y avait tant à dire sur ce sujet, et surtout à encourager  les femmes à dire pour lever la souffrance !

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a noter

Le malheur du bas-Inès Bayard- 12

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Le malheur du bas – Inès Bayard

Éditeur : Albin Michel

Parution : Août 2018

ISBN : 2226437797

Lecture : septembre 2018

11 commentaires

  1. je vais donc passe mon tour… violence, voyeurisme and Co je trouve que ces thèmes envahissent trop la littérature en ce moment… reflet de violence de la société 🙁

  2. Bonjour Matatoune. Dès tes premiers mots j’ai pensé à « Chanson douce » que j’ai adoré. Les personnages étaient décrits avec une grade finesse et par moments je me suis mise à leur place. Merci pour ton ressenti sur celui-ci et bon dimanche

  3. Moi au contraire je n’ai pu lâcher le livre que j’ai lu d’une traite tant cette tension m’a happée ! Je pense que ce livre soit il passe soit non…

  4. Commentaire très juste. Il me faut faire le mien mais moi aussi je n’ai jamais été en empathie avec cette Marie dont je comprends la haine mais pas l’inertie.

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